Arch. Manche. L 56, Reg. directoire département, fo
municipalité peignait la détresse des habitants d’une manière poignante et se plaignait en termes violents des communes qui se refusaient à l’approvisionner. Cette ardente municipalité ne cessait d’ailleurs d'envoyer commissaires sur commissaires au District, On ignore quelle fut la conduite de l'Administration vis-à-vis de l’ancienne cité des Matignon. Elle était déjà fort occupée à ravitailler le chef-lieu et à maintenir le calme chez les citoyens affamés de Saint-Lo. On l’a vu précédemment, elle avait invité à la tranquillité les esprits surexcités de Torigni. Peut-être ne s’apitoyait-elle pas plus sur les tableaux dramatiques de Torigni que sur la misère générale alors.
Torigni ne semble pas, en effet, avoir obtenu grand chose. Les pauvres gens ont tellement souffert, déclarait le 14 fructidor le Conseil de la commune, qu’il leur a fallu mendier journellement un morceau de pain dans la campagne. Ceux qui, faute de hardiesse, n’ont pas voulu le faire ont été réduits à manger avec leur famille un peu de légumes et de laitage. « Les laboureurs sont sans pitié et n’apportent aucun secours. L’impatience du peuple est extrême contre eux. La dernière réquisition a été en déficit de 664 quintaux 17 livres en toutes espèces de grains sur 870 quintaux requis. Le directeur de l’hospice fut nommé commissaire pour aller exposer au District la triste situation de Torigni qui « depuis si longtemps lutte contre la famine, ouvrage de l’égoïsme des cultivateurs circonvoisins. La tranquillité et la vie des citoyens sont en cause » !. Le 15 fructidor, le juge de paix du canton de Torigni dans une lettre au Comité de législation de la Convention nationale écrivait : « L'infraction aux lois et la rapacité de tous les meuniers ont pesé horriblement sur tous les citoyens qui achètent du blé pour leur subsistance. Les meuniers outre leurs fraudes
4. Arch. municipales Torigni-sur-Vire. Fragment du registre du Conseil général de Torigni, f° 1 et suivants.
ordinaires, ont émouturé en nature et revendu des grains et des farines à un prix excessif ! ».
Le 28 fructidor, à la suite des réclamations d’un grand nombre de citoyens au sujet de la pénurie des grains, le Conseil de la commune se réunit extraordinairement. La halle était vide ce jour là. « 1.600 à 1.800 personnes qui ne récoltent pas, déclarait la municipalité, sont dépourvues de blé au milieu d’une récolte qui leur promettait un sort plus doux ». Le défieit était de 449 quintaux 12 livres. Il n’y avait même pas « de quoi faire un repas ». La patience du peuple est à bout, ajoutaitelle ; le Conseil va demander au Directoire du district d’être
armé de pouvoirs lui permettant d’avoir raison par la force des
résistances des cultivateurs vu que leurs oreilles sont fermées au cri de la nature et aux plaintes de leurs frères mourant de faim. Il n’y a plus de temps à perdre. Les citoyens sont sur le point de se transporter dans les communes pour prendre des grains ». Un commissaire fut donc envoyé au Directoire du district pour obtenir l'autorisation de faire marcher les détachements de la garde nationale pour exiger des communes l'exécution des réquisitions.
Le troisième jour complémentaire de Pan IIT, pour que le peu de blé apporté aux halles ne fût pas enlevé par les plus forts et les plus habiles au détriment des faibles et des timides qui seraient exposés à mourir de faim, « conformément aux principes d'égalité et d'humanité que tout républicain doit avoir pour son frère », le Conseil de la commune décida que les grains seraient répartis entre les sections de la ville, qu'ils seraient transportés en un lieu commode de chaque section et
que là ils seraient distribués selon le nombre des membres de chaque famille ?.