‹ Le District de Saint-Lo Pendant la Révolution 1787 – An IVChapitre 312 sur 314 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Le déclin de la Monarchie dans l'arrondissement du district de Saint-Lo avait été illuminé par les idées de Liberté et d'Egalité. Dès l'assemblée d'élection les aspirations vers un nouvel ordre politique s'étaient manifestées. Elles éclatèrent plus violemment dans les cahiers de doléances. Elles dominent la période de monarchie constitutionnelle.

À partir de la proclamation de la Patrie en danger, tout change. Le régime d’exception a commencé. Les idées s’effacent devant l’action. On arrête les suspects. Les autorités se laissent absorber par le ravitaillement qui est réellement la question primordiale. L’Administration se consacre à la Défense nationale, qu’il s'agisse du recrutement, de la manufacture d'armes ou des poudres et salpêtres pour lesquels les communes montrent tant de négligence.

Tenant la frontière du côté anglais, le district n’a pas eu seulement à travailler à son propre ravitaillement, il a eu aussi à participer à celui du reste de la France et de ses armées, et cela, en dépit de la cupidité des paysans et des commerçants. Il Jui a fallu fournir son effort dans la lutte militaire. Il a, en effet, été menacé par l'invasion, non par l'invasion étrangère, mais par celle des Rebelles de la Vendée, des « Brigands », comme on les appelait, invasion véritable qui prend place dans le chapitre de la Défense nationale.

Malgré ces deux grands problèmes, l'Administration du district n’a négligé ni l’Assistance publique, ni lInstruction

publique, ni les Contributions, ni les Travaux publics. Elle essaya de lutter contre la misère, d'améliorer les hôpitaux. Elle distribua des secours aux indigents et veilla à l’exécution de mesures philanthropiques qui se heurtèrent souvent à lindifférence des communes.

En l'absence d’un plan général élaboré par le Gouvernement, elle ne put organiser l'instruction publique. L'éducation ne cessa cependant de rencontrer la sollicitude des autorités.

Le District apporta ses efforts à faire rentrer les contributions. Il s’appliqua à l'entretien des routes et à la construction de nouvelles voies sans résultat appréciable. :

L'histoire politique garde encore des obscurités. Il ÿ eut la lutte entre les partis avancés et les partis modérés, lutte qui dissimula sans doute en d’autres endroits qu’à Soulles des querelles personnelles. La Terreur fut moins violente. qu’ailleurs. On garda de lhumanité envers les détenus, et les enquêtes sont généralement consciencieuses. Les autorités semblent exemptes de corruption comme de violence. Le Fédéralisme avorta. La réaction thermidorienne ne fut point une Terreur blanche. Le Timbre-Sec a des bâtons ferrés, mais il n’y a pas de sang répandu, si ce n’est par les Chouans, qui dans leur férocité mutilent les officiers municipaux au milieu de l’inertie complice des habitants.

Quel fut l’état religieux du district? Il est difficile de le dire. La lutte fut très âpre dans les campagnes entre le nouveau clergé et les paysans. Au milieu d’escarmouches quotidiennes se déroulait le drame moral. On ferma les églises. La population, avec sa nature calme, se tut, mais l’esprit chrétien ne mourut pas, puisqu’en tant de lieux, lors de l’apaisement, les églises se rouvrirent, puisque pendant la fermeture même, on revêtait le dimanche des habits de fête, et qu’on oubliait de célébrer le décadi.

Pays de sentiments modérés, parlant peu par lui-même et par la «voix de ses administrateurs, le district de Saint-Lo malgré ses instincts pacifiques a servi la Patrie avec la levée de ses jeunes gens. Il s’est dressé en un seul bloc devant le Vendéen. Et enfin, il a maintenu l’ordre. L'ordre ! Tous dans ce coin de Basse-Normandie en ont eu le culte, bourgeois et paysans. Ce sont les Comités dits nationaux qui répriment l'anarchie à l'heure de la Grande Peur. C’est la municipalité de Saint-Lo qui rappelle la nécessité de la discipline au sujet de la journée de Nancy. Ce sont les habitants du petit village de La Haye-Bellefonds qui en termes saisissants proclament le devoir d’obéissance à la loi. Si le Fédéralisme n’a pas triomphé, les excès parisiens n’en ont pas moins été blâmés. Terre du respect de l'autorité et terre de l’honnêteté des administrateurs, cette terre Normande si Française a bien mérité de la Patrie.

Vu je 4 juillet 1922 Le Doyen de la Faculté des Lettres de l’Université de Paris F. BRUNOT Vu et permis d'imprimer Le Recteur de l’Académie de Paris PAAPPELL

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