XXII. — Laissez-moi seule, je veux parler au Dieu saint
arler au Dieu Saint , ce fut le plus grand bonheur de la petite Nellie pendant sa courte vie. Elle continue d’en jouir dans l’éternité sans fin.
Dès qu’elle connut le “ Dieu Saint ”, — et ce fut en même temps qu’elle connut sa mère, — dès qu’on lui eut appris que Jésus Dieu et Homme est présent au Tabernacle, que le bon Dieu est partout par sa divinité, sa puissance et son amour, qu’il voit tout, entend tout, lit jusqu’au fond des pensées et des cœurs, elle fut possédée du besoin de vivre avec Lui, de lui tenir compagnie, de lui parler. Comme Abraham, dont elle ne connaissait sans doute pas le nom mais dont elle avait la foi, elle redisait avec humilité : « Bien que je ne sois que cendre et poussière je parlerai à mon Seigneur (1). »
Jusqu’à l’heure où sa maladie plus douloureuse l’empècha de quitter sa petite chambre, peuplée d’images saintes, entourant son petit autel toujours fleuri, elle demanda chaque jour d’être portée à la chapelle : « Il faut que j’aille aujourd’hui dans la maison du Dieu Saint. Je veux m’entretenir avec Lui. » Son insistance disait le sérieux et l’ardeur de son amour qui la pressait de se retrouver devant le Tabernacle et la Face du Seigneur (2).
Plus tard, quand elle fut clouée sur son petit lit comme sur une croix, par un martyre qui l’unissait si intimement avec Jésus crucifié, — après les. joies ineffables de la Communion, — elle n’en connaissait pas de plus délicieuses que celles de prolonger ses actions de grâces pendant des heures entières, de multiplier ses oraisons et ses prières.
A mesure qu’elle avançait vers le terme de son épreuve terrestre, son désir de rester seule à seul avec le « Dieu Saint >> et de lui parler devenait plus intense et frappait davantage les Religieuses qui la soignaient si maternellement et s’édifiaient au contact de cette âme séraphique.
Tout en se prêtant charitablement à recevoir les visites des Sœurs et de ses compagnes et en se montrant particulièrement accueillante pour les personnes qui l’entretenaient de choses spirituelles, se recommandaient à ses prières ou lui confiaient leurs peines, elle voulait et savait se réserver de longs moments de solitude, de silence et d’oraison.
C’était touchant, c’était merveilleux d’entendre cette petite enfant de* quatre ans commander avec une affectueuse autorité à sa chère garde-
(1) Loquar ad Dominum meum, curri sim pulvis et cinis. ( Gen XVIII. 27.)
(2) Quando veniam et apparebo ante faciem Dei. ( P s XLT, 3.)
malade : «Allez maintenant à la chapelle, fermez bien la porte, et laissez-moi toute seule, parce que je veux parler au Dieu Saint. »
Admirable petite Nellie qui réalise à la lettre le précepte de Jésus dans son Evangile : « Lorsque vous voudrez prier , entrez dans votre chambre, et, la porte close, priez votre Pcre dans le secret , et votre Père qui voit dans le secret vous le rendra (1). »
Et quand, au retour de sa station à la chapelle, Miss Hall demandait à Nellie si elle n’avait pas eu peur de rester seule dans les ténèbres et si le temps ne lui avait pas paru trop long : « Oh ! non, protestait l’angélique enfant j’étais si heureuse de parler avec le Dieu Saint! »
Ce qu’étaient ces entretiens mystérieux et prolongés qui mettaient de si hautes pensées dans son esprit, de si profondes paroles sur ses lèvres, des flammes si ardentes dans son cœur, et de si douces larmes dans ses yeux, des reflets célestes sur son front, seuls les anges du Seigneur en pourraient dire les secrets...
Mais les chères Sœurs, témoins discrets et avisés de ces colloques qui ressemblaient à des extases, n’ont jamais douté que la petite Nellie ne fût favorisée d’un don d’oraison très élevé (2).
Parler au Dieu Saint * c’est notre honneur, notre devoir, notre bonheur, notre sanctification.
Lui-même nous y invite par son Prophète : « Parlez au Seigneur votre Dieu (3). »
Il nous en fait une loi dans l’Évangile : « Il faut prier et ne jamais cesser cle prier (4). »
Pour nous y amener plus volontiers, Il affirme que sa conversation n'a pas d’amertume (5), mais au contraire qu’elle est plus douce que le miel (6).
Afin que notre confiance égale notre amour, Jésus daigne mettre sur nos lèvres la plus belle et la plus complète des formules qu'il récite le premier : « Notre Père (7). »
Et pour gagner définitivement nos cœurs à la prière assidue, Il va jusqu’à nous promettre de ne laisser aucune demande sans réponse (8), ■de parler Lui-même au cœur du fidèle qu’il ne conduit amoureusement dans la solitude du recueillement et de la prière que pour l’inonder de ses consolations et de ses grâces (9).
Comment dès lors ne pas nous ménager souvent l’occasion de « par-
(1) Tu autem cum oraveris intra in cubioulum tuum in abscondito : et Pater tuus qui videt in abscondito, reddet tibi. (Matt., vi, 6.)
(2) Lettre de la Eme Mère Supérieure de Cork à Sir Gr., juin 1911.
(3) Loquere ad Dominum Deum tuum. ( Exod ., IV, 15.)
(4) Oportet semper orare et non deficere. (LUC., XVIII, 1.)
(5) Non habet amaritudinem conversatio illius. ( Sap .. Vin, 16.)
(6) Dulcia eloquia tua super mel ori meo. (Ps. CXVIII, 103.)
(7) « A quoi pensez-vous ? demanda-t-on un jour à Sr Thérèse de l’Enfant- Jésus. — Je médite le Pater , répondit-elle. C’est si doux d’appeler le bon Dieu notre Père I » Et des larmes U’amour brillaient dans ses yeux.
(8) Petite et dabitur vobis. (Matt., vil, 7.) '
(9) Ecce ego lactabo eam, et ducam in solitudinem; et loquor ad cor ejus. (OSÉE, il, 14.)
REVUE DE LA SAINTE-FACE
1er au Dieu Saint » ? Quel est le chrétien qui ne peut redire après une autre aimable petite sainte :
Je puis tout obtenir lorsque dans le mystère
Je parle cœur à cœur avec mon divin Roi.
Cette douce oraison tout près du sanctuaire,
Voilà mon ciel à moi !..
Ce fut le « ciel » de l’angélique Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus comme ce fut celui de l’aimable petite Neliie.
Que ce soit aussi le nôtre.
Varier à Dieu, commme à un Père plein de sollicitude pour tous nos besoins spirituels et temporels.
Parler à Dieu comme à une mère remplie de tendresse et d’inépuisable amour.
Parler à Dieu comme à un ami d’une fidélité inébranlable, d’une amabilité incomparable, d’un dévouement qui ne se fatigue jamais.
Parler à Dieu comme à un consolateur délicat qui sait compatir à toutes les infirmités et adoucir les larmes les plus amères.
Parler à Dieu comme à un roi magnifique qui se plaît à combler de ses richesses toux ceux qui s’approchent avec confiance de son trône et qui couronne de son éternelle royauté toux ceux qui le servent jusqu’à la mort.
Parler à Dieu... ô grâce ! ô félicité ! c’est commencer ici-bas à l’ombre des sacrés Tabernacles ce que nous ferons éternellement dans le bienheureux Temple du Paradis.
F. Bernard des Ronces
î^espeet à la Croix I
O vous, qui que vous soyez, si vous n’adorez pas la croix avec nous, du moins ne l’insultez pas. Car, où irions-nous chercher désormais le secret d’oublier vos injustices, de vous pardonner et de vous chérir? Où les affligés iraient -ils chercher la consolation, les cœurs faibles l’assistance, les cœurs pénitents la miséricorde? Respect, respect à la croix! Car il y aura un jour où, lorsque tout vous abandonnera sur la terre, la croix de Jésus-Christ sera peut-être votre dernière consolation !
O Croix sainte, Croix auguste, Croix adorable ! Non, jamais, rien ne pourra vous éloigner de nos lèvres ni de nos cœurs! Et quand on vous briserait sous nos yeux, nous recueillerions avec respect, avec amour, vos débris sacrés! Et si on nous arrachait ces (débris, on ne pourrait nous empêcher de mettre nos bras en croix sur notre poitrine, et de vous adorer toujours! Et si on empêchait cela, dans le fond de nos cœurs, nous vous ferions un asile inaccessible à la violence! Et si on voulait étouffer ce cœur, eh bien, avec bonheur, nous mêlerions notre sang au sang de Jésus-Christ et Le dernier battement de ce cœur, le dernier mouvement de nos lèvres, le dernier regard de nos yeux vous chercheraient encore pour vous adorer. Mgr Dupanloup.
d’après un auteur du XVIIe sièele
— Les Juifs crachent au Visage de Jésus- Christ.
’est la marque du dernier mépris et de l’extrême aversion qu’on a pour une personne de lui cracher a i visage, et l’on ne peut faire une plus grande injure ni un plus signalé affront, à un homme que de lui cracher à la face ; car c’est, le couvrir de honte et de confusion comme un infâme. Les Juifs ne faisaient cet affront à une personne que pour marquer qu’elle était en horreur et en exécration au monde. Quand un frère refusait d’épouser la veuve de son frère demeurée sans enfants, elle lui crachait au visage en punition de l’affront qu’il lui faisait et à son frère par ce refus.
Les Juifs ne peuvent mieux témoigner le mépris et l’horreur qu’ils, avaient de la sagesse et de la doctrine de Jésus-Christ, qu’en lui crachant au Visage. Les anges ne se peuvent lasser de contempler la beauté du Visage de Jésus-Christ ; les patriarches et les prophètes ont demandé à Dieu avec un très ardent désir, depuis le commencement, du monde, de le voir. Après qu’il est venu, et qu’il a prouvé par la sainteté de sa conduite, et par tant de signalés miracles, qu’il est levéritable Messie, promis et envoyé de Dieu pour être le Maître et le Rédempteur des hommes, on lui crache à la Face par le dernier mépris et même plusieurs fois. O patience ! ô humilité du Fils de Dieu! qui se voit traité par cette canaille comme s’il eût été l’opprobre du monde ou quelque misérable scélérat !
11 n’est pas d’homme patient qui ne tâche de détourner ou découvrir son visage pour éviter la confusion qu’on lui fait en lui crachant à la figure, et il ne s’en trouvera jamais qui demeure ferme, constant et inébranlable comme un rocher, offrant sans résistance son visage à cette infamie, et pendant un long temps. Le divin Jésus non seulement n’a point détourné son sacré Visage de ceux qui le couvraient d’injures et de crachats, il a même présenté son Visage pour recevoir cet affront et cette grande ignominie, se tenant au milieu des soldats comme une pierre dure et insensible, exposé à toutes les violences, autant qu’ils ont voulu.
Les pharisiens ayant arrêté de garder Jésus toute la nuit pour le faire conduire au président le lendemain, ils gagèrent les gardes et les. soldats, leur donnèrent du vin en abondance, et les traitèrent bien afin qu’ils le gardassent la nuit; et comme ces insolents et ces effrontés connaissaient la haine et l’horreur des princes et des prêtres contre notre Sauveur, ils s’animèrent par ce motif â lui faire plus, d’outrages et à le traiter avec plus d’indignité, le couvrant d’ignobles, crachats, se moquant et se raillant de sa personne et de ses miracles, de ses prophéties et de sa doctrine par des chansons insolentes et par des injures plus atroces, l’affligeant de soufflets et de coups de poings.
REVUE DE LA SAINTE-FACE
« Adorable Jésus qui, pour purifier nos âmes de la tache du péché ■et pour payer la vaine gloire des personnes du sexe dans l’affection d’une beauté fragile, avez souffert avec une beauté invincible de puants crachats sur votre beau et vénérable Visage, donnez-moi la grâce de fuir l’orgueil et le luxe, et de ne souiller jamais votre image qui est mon âme, par aucune pensée de vanité ou d’impureté. »
(A suivre). R. P. Antonin Thomas.
Recommandations de Prières
Notre Saint Père le Pape. — Le triomphe de la Sainte Eglise ; la conversion de ses ennemis ; le salut des pécheurs. — Les Evêques et les Prêtres du monde entier. — Les OEuvres sacerdotales et eucharistiques. — La diffusion de la Sainte Face et de nos deux Revues : « Le Sacerdoce » et « Le Divin Crucifié ». — Le Congrès eucharistique international qui se tiendra à Lourdes du 22 au 26 juillet. — Les zélateurs de la Sainte-Face ; leurs intentions, leur apostolat. — Les catholiques de France ; les congrégations religieuses et les écoles chrétiennes menacées de nouvelles proscriptions et fermetures. — Les enfants privés de l’enseignement chrétien. — Le succès d’une mission importante pour la gloire du bon Dieu. — L’heureuse issue d’une affaire grave pour le salut de plusieurs âmes. — Deux décisions importantes. — Une famille menacée de grands périls par les agissements d’un des siens. — Un foyer attristé par de grandes épreuves morales. — La persévérance des efforts d’une âme vers une conversion sincère. — Le retour d’un pécheur qui refuse tout secours religieux. — La conversion de nombreux pécheurs. — Les intérêts spirituels et temporels de deux familles religieuses. — La guérison complète d’un jeune homme dangereusement malade. — Le rétablissement de deux mères de famille. — Le voyage périlleux d’un missionnaire à travers des solitudes. — Une mission persécutée par un gouvernement maçonnique. — La persévérance de plusieurs nouveaux convertis. — Le pèlerinage de plusieurs malades à Lourdes. — La force et la résignation pour une pauvre malade. — Plusieurs malades menacés d’opérations graves, Le rétablissement d’une jeune fille très affaiblie. — Plusieurs enfants de la première Communion. — Les intérêts spirituels et temporels de nos zélateurs et abonnés. — Les nombreuses intentions qui nous ont été recommandées par correspondance.
On demande des actions de grâces pour de nombreuses grâces obtenues, en particulier deux conversions et trois guérisons.
O Dieu, notre Protecteur , regardez-nous dans la Face de votre Christ !
PRIONS POUR NOS MORTS
Les Evêques et les Prêtres décédés dans le courant du mois de Juin. — Les parents décédés des familles de nos zélateurs de la Sainte-Face et de nos abonnés. — M. Dubois à Paris, père d’une de nos zélatrices.
Pie Jesu Domine, dona eis requiem !
ItA DIFFUSION DE ItA SAINTE-FACE
Exposition publique de F Image de la Sainte- Face.
Rouen. — « Je suis bien profondément heureuse de vous demander trois grandes gravures de la Sainte- Face pour trois églises. Ce divin visage produit une telle impression dans les âmes, que je voudrais voir cette gravure exposée dans toutes les églises. Je ne puis comprendre comment elle ne sert point de modèle pour toutes les reproductions du visage de Notre-Seigneur, tant on se sent pénétré de la vérité, de la divinité de ces traits... Oh ! que Jésus soit béni qui a réservé à nos temps l’admirable connaissance de ses traits divins reproduits et miraculeusement conservés sur le Saint Suaire de Turin... »
Chamhoutet. — «Je commence par vous remercier des ferventes prières qui ont été dites à mon intention par les associés de l'OEuvre, car mon ardent désir est enfin exaucé. Le cadre que je désirais faire placer dans l’église de Chamhoutet est en partie p^yé. Ce sont mes bonnes petites élèves qui m’ont aidée à recueillir les offrandes des familles si chrétiennes de la paroisse. Aussi en récompense je leur ai promis une petite image de la Sainte-Face. Je me réjouis des hommages qui vont être rendus quotidiennement à cette Face aimable par notre chrétienne population ; quelle consolation pour mon cœur de leur faire connaître les traits véritables de notre Jésus, et aussi de travailler à augmenter la foi et l’amour dans ces âmes si bien préparées à recevoir cette nouvelle grâce. » C. S.
Blendecques. — « La belle gravure de la Sainte-Face que j’ai ofierte à l'École libre attire la visite des enfants et des parents. Tous veulent contempler les traits de Jésus ; et demandent ensuite à s’en procurer les images. Ce tableau est placé aux pieds de notre Seigneur en Croix, l’effet est admirable et tous sont pénétrés de respect. C’est donc Jésus plus connu, partant plus aimé et moins offensé : oh ! quel doux apostolat pour mon cœur !...
Plouguerneau. — « Je suis heureuse de vous demander un grand et beau tableau de la Sainte-Face pour notre église paroissiale, et 100 petites images de la Sainte-Face afin d’en distribuer dans les familles. On ne peut sans émotion contempler cette divine Face de notre adorable Jésus ; j’espère donc quelque bien de mon modeste apostolat, mais surtout de l’exposition de la sainte Image dans notre belle église, Puissent tous les cœurs que Notre- Seigneur voudra bien attendrir au souvenir de sa cruelle Passion s’embraser d’amour pour lui! .. » F. P.
Kent (Angleterre). — « Si vous saviez comme depuis un an la dévotion à la Sainte-Face de Jésus a augmenté rien que chez nous et parmi nos enfants. C’est à la Sainte-Face que l’on s’adresse pour l’obtention de toutes grâces, surtout dans les cas désespérés, aussi est-elle entourée et honorée dans notre chapelle. Et puisque votre désir est de propager de plus en plus cette sublime dévotion, je vous dirai tout de suite que trois de ces belles Images seraient reçues dans différents couvents avec joie et reconnaissance. »
p. S te A.
Singapore. — « Veuillez m’adresser par notre R. P. Procureur à Marseille deux images de la Sainte-Face, avec encadrement très beau. L’une est destinée à l’oratoire de Monseigneur; l’autre à remplacer, dans mon église, celle que i’y plaçai l’an dernier, mais dont l’encadrement fait par un indigène n'est pas digne de la précieuse image. Les principales familles de mes chrétiens ont la Sainte-Face à la place d'honneur dans leur maison; plusieurs d’entre elles enlretiennent une lampe et font leurs prières en commun devant cette image. J’attends l’arrivée des dernières gravures demandées pour faire de nouveaux heureux. Petit à petit, j’espère pouvoir mettre la Sainte-Face dans toutes les maisons, convaincu du grand bien qui résultera pour mes paroissiens de la dévotion à la Face sacrée du Sauveur... » R. P. M.
yjlr.i:e2t:e2
lie Bois de la Sainte Croix
(Conte grec)
ss balles tombent dru comme grêle. A chaque instant le capitaine se retourne, jette un coup d’œil sur ses palikares et, chaque fois, c’est pour voir l’un d’eux tomber mort dans les moissons.
« Encore un ! » Ces deux seuls mots sortent de sa bouche. « Encore un ! » redit-il à voix basse, et sa poitrine nue se gonfle pour laisser échapper un soupir, le dernier salut du capitaine à ses braves qu’il a tenus sur ses genoux autrefois quand ils étaient enfants. Il ne faut pas croire qu’il ait peur. Qu’importe que les Turcs soient quatre cents et que de ses palikares sept déjà soient morts et quatre blessés ! Ne lui en reste-t-il pas dix avec dix fusils qui frappent juste et dont pas une balle ne s’égare ?
— Du cœur, les enfants, tirez et ils vont s’enfuir. Ils ne se doutent pas que nous sommes si peu. Que personne ne s’arrête, car nous serions perdus.
Il décharge son fusil, le recharge en une seconde et le décharge encore. Et ses deux balles vont droit au but. Mais à quoi bon ? Un gémissement s’exhale près de lui et le fils de sa sœur s’affaisse parmi les épis qui s’écartent puis le recouvrent.
— Du cœur, les enfants ! dit il d’une voix qui ressemble à un mugissement.
Mais à l’instant où il charge, une balle s’enfonce toute brûlante dans sa main gauche. Tant pis, n’y est-il pas habitué ? Il serre les dents spasmodiquement pour comprimer sa douleur de peur que les enfants n’aillent perdre la tête en apprenant que leur capitaine est blessé. Seul son premier palikare le voit, court à lui aussitôt, et lui bande la main.
Il charge de nouveau et tire. Il recharge et tire encore. Mais il entend souvent des gémissements et il a peur de se retourner craignant que ses yeux ne rencontrent un autre mort.
— Ah ! il ne restera personne du village, personne pour courir là-bas leur dire de fuir, personne pour prendre les femmes et les conduire dans la montagne.
Les balles pleuvent sans cesse, mais les fusils des chrétiens se taisent l’un après l’autre.
— Ah ! si nous avions seulement quelques pierres pour nous construire un rempart, nous ferions reculer les Turcs.
Chaque instant qui passe sans un coup de fusil des siens semble lui dire : « Il n’est donc resté personne ? » Mais chaque coup de fusil qu’il entend partir près de lui lui cause la joie la plus douce.
— Du cœur, les enfants !
Mais qui peut l’entendre ? Tous sont blessés ou morts. Il a peur de se retourner pour les voir. Il craint de ne trouver personne debout et alors qui ira au village dire aux femmes et aux enfants de fuir pour ne pas tomber aux mains du pacha. Une idée lui vient. S’il y envoyait Yannakis, son palikare bien-aimé. Aucune balle turque ne pourra l’at-
teindre, car il porte dans un scapulaire bénit du Bois de la Sainte Croix. Les balles, comme si c’étaient des grains de raisin, le touchent et tombent à ses pieds. C’est lui, pense-t-il, qu’il faut envoyer. Il appelle :
— Yannakis, hé ! Yannakis.
Mais personne ne lui répond. Il se retourne. Que voit-il? A trois pas de lui, une large blessure au front, Yannakis se débat, agonise. A cette vue, ses genoux plient sous lui, son cœur se fend et il gémit.
— Ah ! le Christ lui-même nous a rejetés ! Nous sommes perdus !
— Mais non ! le Précieux Bois, même si c’est un Turc qui le porte, ne laisse pas approcher les balles. Pardonne-moi, mon Dieu, Qu’un autre y aille !
— Nicolas, Yorgakis, Costas !
Nul ne répond ! Pas un coup de fusil ! Sur les vingt, plus un n’est vivant.
— Yorgakis, Costas !
Bien. Les Turcs tirent encore, mais sans avancer. Comment se douteraient-ils que tous les chrétiens sont morts l’un après l’autre?
— Ils nous ont dressé quelque embuscade, disent-ils entre eux. Arrêtons-nous pour voir.
Et ils n’aperçoivent qu’un chrétien, le capitaine, qui écarte les épis et qui se penche de place en place. Ils le visent tous et tirent. Mais lui, tranquillement, comme si la grêle des balles était une pluie légère, se penche et regarde ses braves un à un. Plus de quinze sont morts ; les autres ont deux ou trois blessures chacun et agonisent. Et personne qu’il puisse envoyer au village dire aux femmes et aux enfants de s’enfuir.
— Mon Dieu! pardonne-moi de les laisser seuls, mais si je n’y vais pas, qui sauvera les autres ?
11 fait un signe de croix et part. Pour arriver au village, il faut qu’il passe devant l’ennemi. Les balles tombent comme une averse autour du capitaine qui court. Les Turcs visent et tirent tous sur lui, mais ils restent comme cloués à leurs places et tremblent. Jamais, en effet, ils n’ont vu pareille chose et ils s’étonnent qu’aucune balle n’atteigne un homme qui pourtant ne porte pas une armature de fer et qui non plus n’est pas de pierre. Après une course d’une he ure,le capitaine arrive au village.
— Fuyez, crie-t-il de loin ; les Turcs viennent, fuyez!
Masio, sa fille entendant sa voix, accourt.
— Yannakis, qu’est devenu Yannakis, mon père ?
Le jeune homme était son fiancé. Que va-t-il lui dire ? Mais avant qu’il ait trouvé une réponse, Mario a vu au cou de son père le scapulaire contenant le précieux Bois.
— Ah ! crie-t-elle, mon Yannakis est mort !
Et elle tombe évanouie dans les bras de son père. Le capitaine regarde le scapulaire; il réfléchit et ses yeux se remplissent de larmes.
— C’est lui qui me l’a passé au cou tantôt sans que je m’en aperçoive. Il a fait cela pour sauver son capitaine, pour sauver le père de Mario !
Jean Damberghis.
( Traduit du grec moderne par Pierre Baudry.)
(La Semaine Littéraire.)
Le Gérant : E. Derenne.
“ LE SACERDOCE
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Bulletin de l’Union Sacerdotale
paraissant du 15 au 20 de chaque mois Abonnement : France, 5 francs ; Étranger, 6 francs.-
Par son titre seul, qui en indique le but et l’esprit, cette Revue se recommande d’ellemême à l’attention bienveillante du Clergé. Le Sacerdoce, traité à ses divers points de vue, est un programme étendu et un sujet des plus attrayants pour tous ceux que le Seigneur a honorés d’une aussi haute dignité.
Réunir comme en un faisceau et traiter sous ses aspects divers tout ce qui a trait au Sacerdoce, en Jésus et dans le Prêtre, telle est la pensée-mère de la Revue. La première partie comprend des études et considérations diverses sur Jésus, Prêtre Eternel, Prêtre et Victime pendant sa vie mortelle et dans l’Eucharistie, — sur la Très Sainte Vierge dans ses rapports avec Jésus, le Souverain Prêtre, et avec les Prêtres, — sur le Prêtre, son origine, son caractère sacré, ses devoirs d’état, ses vertus distinctives, ses moyens de sanctification, sa mission, etc.
La deuxième partie traite d’une vertu spéciale et caractéristique : la charité fraternelle sacerdotale , tant au point de vue théorique que pratique. Et c’est ainsi que la Revue « Le Sacerdoce » est l’organe officiel de tous les Membres de Y Union Sacerdotale , dont le but, hautement encouragé par S. S. Pie X, est de développer la charité fraternelle entre les Membres du Clergé.
La troisième partie, éminemment pratique, s’occupe des OEuvres Sacerdotales en général, établies ou à établir pour la sanctification, le soutien et le soulagement des Prêtres,
et en particulier de l’importante question de la vie commune dans le Clergé.
La quatrième partie enfin est une tribune libre où seront étudiées successivement des questions relatives au Clergé et où les Confrères, désireux de se prêter un fraternel concours, pourront librement communiquer leurs idées et échanger leurs vues.
Des articles variés, d’actualité et d’édification commune, v. g., sur la Réforme du Bréviaire, les décrets de Rome, les exhortations du Pape au Clergé, les événements de l’Eglise pouvant intéresser plus particulièrement les Prêtres, les Congrès sacerdotaux, les retraites mensuelles sacerdotales, etc., trouveront également place dans ces pages écrites, pour la plus grande gloire de Jésus, Prêtre et Victime, dans les ârhes sacerdotales.
La Revue « Le Sacerdoce », par son grand format, son beau papier, son impression soignée et sa couverture en couleur, mérite d’être classée parmi les plus belles revues. La magnifique gravure de la Cène qui orne la couverture, rend bien la-pensée de perfec tion et de charité sacerdotales dans l’union des cœurs en Jésus, qui inspire la Revue. Le texte qui l’encadre est tout un programme, en même temps qu’une prière : Domine Jesu , fons totius Sacerdotii et charitatis, fac ut charitate fraternitatis invicem diligamus.
Il est à souhaiter de voir cette Revue entre les mains de tous les Prêtres.