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LA MESSE DANS SES RAPPORTS AYEC LA PASSION

(suite)

e grand dessein de l’amour de Jésus-Christ, perpétué au milieu de nous par les Saints Mystères de l’autel, a été, comme toutes ses œuvres, comme lui-même, annoncé dès l’origine des temps à la terre, et il a été symbolisé, préfiguré, représenté dans les temps de l’ancienne loi. Et c’est un spectacle qui confond la pensée, comme il est fécond en enseignements, que de voir toute l’antiquité juive occupée à une seule chose : annoncer la religion à venir, soit dans ses Symboles, soit dans son culte, soit dans ses écritures, et non pas seulement l’annoncer en général, mais figurer chacun de ses dogmes.

Pour le mystère qui nous occupe, rien n’est plus harmonieux ni plus admirable que cette conformité des types antiques avec la divine réalité qu’ils annonçaient à la terre.

Rien ne peut davantage nous donner une idée de la grandeur du mystère de nos autels, que les figures qui l’ont annoncé dans l’ancienne loi, et les prédictions qui, depuis les prophètes jusqu’à la fin de la vie du Sauveur, ont révélé à la terre le Sacrement nouveau qui allait lui être donné.

Dans l’Eucharistie on distingue le Sacrifice et le Sacrement.

L’ancienne loi préfigure le Sacrifice et le Sacrement.

La première figure du Sacrifice que nous rencontrons est celle d’Isaac.

Dieu dit à Abraham : « Prenez Isaac votre fils unique, qui vous est si cher, et allez en la terre de Vision et là vous me l’offrirez en holocauste sur une des montagnes que je vous montrerai. »

Isaac ayant coupé le bois qui devait servir à l’holocauste, s’en alla, portant sur ses épaules l’instrument de son sacrifice. Et Isaac fut couché sur ce bois. Isaac était le fils unique d’Abraham, et cher par-dessus toutes choses ici-bas.

Ce symbole annonçait le Sacrifice sanglant. Mais en voilà un plus étonnant qui figure le Sacrifice non sanglant.

Le roi de Justice, Melchisédech, apparaît un jour à Abraham, offrant en Sacrifice du pain et du vin, parce qu’il était prêtre du Dieu Très Haut. Proférons panera et vinum, erat enim Sacerdos Dei allissimi.

Ce prêtre mystérieux, sans généalogie, comme dit saint Paul, a été vu par tous les pères comme le type du Christ, et son Sacrifice comme le symbole de l’Eucharistie. Tous deux étaient ici-bas sans père terrestre, tous deux prêtres et pontifes, tous deux éter-

REVUE DE LA SAINTE-FACE

nels, rois de la justice et de la paix, tous deu^ enfin étaient sacrés pontifes pour l’Eternité, et formaient l’origine du sacerdoce nouveau. Tu es sacerdos in æternum secundum ordinem Melchisedech.

Avant le passage de la mer Rouge, un fait immense se produit dont Israël devait à jamais garder le souvenir en signe de leur délivrance et de leur rédemption.

Dieu avait frappé tous les premiers-nés d’Egypte ; seuls les Israélites qui avaient reçu ordre d’immoler l’agneau pascal, parce qu'ils avaient mis son sang sur les portes de leur maison, furent préservés du fléau.

Cet agneau immolé qui sauve le peuple, quel symbole !

Il devait être sans tache, absque macula.

Or ce sang allait être un signe qui devail distinguer les élus. Je verrai ce sang, et je passerai outre, etvidebo sanguinem et ircinsibo vos. Et vous observerez cette coutume tous les ans solennellement.

Et lorsque vos enfants vous diront : Mais quelle est donc cette religion? Et cum dixerint vobis filii vestri : Quæ est ista religio ? Vous leur direz : c’est la victime du passage du Seigneur, victima transitas Domini est.

L’application au Calvaire n’est-elle pas ici littérale?

Mais voici qui n’est plus seulement l’ombre et l’image, qui n’est plus symbolique : c’est une prophétie réelle, une promesse véritable, solennelle, entourée de toute la majesté et de la grandeur divines.

Dieu annonce par son prophète Jérémie que le Christ fera avec son peuple une alliance différente de celle du Mont Sinaï. Les jours viendront, dit le Seigneur, auxquels je ferai une alliance nouvelle, alliance qui ne sera pas semblable à celle que je fis avec leurs pères, lorsque je les pris par la main, pour les faire sortir d’Egypte. Mais voici l’alliance que je ferai avec lui, lorsque ces jours seront venus. Je mettrai ma loi dans l’intérieur de chacun d’eux, je la graverai dans leur cœur. Je serai leur Dieu, ils seront mon peuple. Tous depuis le plus grand jusqu’aux plus petits me connaîtront : je leur pardonnerai leur péché et j’oublierai leur iniquité.

Or, dans cette alliance nouvelle les rites de la loi mosaïque devaient devenir inutiles, impraticables. Le Culte ancien allait être abrogé, l’arche elle-même serait délaissée. C’est l’Ecriture qui l’annonce, cet antique et vénérable sanctuaire des promesses et de la majesté de Dieu ne sera bientôt plus qu’un souvenir impuissant et dédaigné.

Par l’avènement du Christ-Rédempteur et par l’effet même de son sacrifice, toutes les offrandes, les oblations, les holocaustes, les victimes, les sacrifices enfin allaient cesser dans le temple de Jérusalem, et peu à peu, sur toute la terre. Daniel, Malachie,

annoncent, par suite de l’avènement et de la mort du Messie, la cessation des offrandes et des sacrifices, avec la destruction du sanctuaire. Malachie annonce l’oblation pure qui doit être offerte depuis le levant jusqu'au couchant, au nom de Dieu, dans toutes les nations et sur tous les points du globe.

Impossible de prophétiser plus explicitement le Sacrifice eucharistique.

Pour ce nouveau Sacrifice, le Messie doit établir un nouveau sacerdoce. L’Ecriture l’annonce et parfait ainsi ses révélations sur l’Eucharistie. Saint Paul dans sa magnifique épître aux Hébreux constate ce changement du sacerdoce. « Il paraît de plus en plus manifeste, en ce qu’il se lève un autre prêtre selon l’ordre de Melchisédech. Et amplius adhuc manifeslum est et secundum simililudinem Melchisedech exurgat alius sacerdos. •

Et de même que l’alliance dont Jésus-Christ est médiateur, est plus parfaite que la première, de même aussi il fallait un sacerdoce plus parfait, plus universel, plus puissant que celui d’Aaron.

Ainsi l’Ecriture Sainte ensessymboles et en ses prophéties annonçait le Sacrifice de la loi nouvelle, la divine Eucharistie qui devait, selon l’expression de saint Thomas, mettre fin aux rites anciens et à. la Pâque primitive.

Dans l’Auguste Mystère de nos autels, ce n’est pas seulement le Sacrifice, c'est aussi le Sacrement, c’est-à-dire l’union de Jésus- Christ avec l’homme par la manducation de son Corps et de son Sang, qui a été symbolisé dans l’ancienne loi.

Les effets merveilleux du pain et du vin avaient été préfigurés par de remarquables et touchants symboles.

Ce sont d’abord ces pains de proposition que le Seigneur voulait toujours avoir exposés à ses yeux, et pour lesquels il fit construire une table de bois précieux, couverte d’or très pur et entourée de sculptures délicates. Qu’étaient-ce que ces pains qu’il voulait toujours avoir devant les yeux, dans l’Arche, le sanctuaire même du temple, auprès des chandeliers d’or et des lampes qui devaient brûler jour et nuit?

Dans le désert, une nourriture merveilleuse tombe du Ciel pour nourrir les Hébreux ; elle était blanche comme la neige, et elle avait le goût de la plus pure farine mêlée avec le miel.

Et ce n’était pas là un accident passager. La nourriture céleste devait sans doute nourrir les Hébreux, mais elle était destinée surtout à symboliser cette nourriture venue elle-même du Ciel. Le Seigneur, en effet, ordonne qu’on garde la manne dans le Tabernacle, et il prononce cette parole prophétique qu’on ne peut médi-

1er sans entrer dans la contemplation et l’extase : Emplissez de manne un gomor et qu'on le garde pour les races à venir. [Impie gomor ex en, et cuslodiatur in futuras rétro generationes. )

Et Aaron, le grand représentant du sacerdoce antique, plaça cette manne dans un vase d’or, devant le Seigneur, afin de la conserver pour les races à venir, jusqu’au jour où l’ombre ayant fait place à la réalité, cette figure s’évanouira et nous montrera le prêtre catholique plaçant dans le vase d’or du tabernacle l’Eucharistie, nourriture vivante et divine des âmes.

Cette manne avait toute la douceur et toute la suavité de l’Eucharistie.

Mais voici deux symboles de l’Ecriture qui doivent nous montrer sa puissance et sa force.

C’était la nuit. Gédéon veillait dans son camp, quand tout dormait autour de lui. Il était inquiet et agité. Le Seigneur lui apparut et lui dit : « Levez-vous et descendez dans le camp des ennemis, parce que j’ai livré les Madianites entre vos mains. Que si vous craignez d’y aller seul, prenez avec vous votre serviteur Phara. Et lorsque vous aurez entendu ce que les Madianites diront, vous en deviendrez plus fort, et vous descendrez avec plus d’assurance pour attaquer le camp des ennemis. »

Gédéon, prenant donc avec lui son serviteur Phara, s’en alla à l’endroit du camp où étaient les sentinelles de l’armée.

Les Madianites, les Amalécites et tous les peuples de l’Orient étaient étendus dans la vallée, comme une multitude de sauter relies, avec des chameaux sans nombre, comme le sable qui est sur le rivage de la mer. El lorsque Gédéon se fut approché, il entendit un soldat qui contait à un autre le songe qu’il venait d’avoir et qui lui rapportait ce qu’il avait vu : « J’ai eu un songe, dit il, et il me semblait que je voyais comme un pain d’orge cuit sous la cendre, qui roulait en bas, et descendait dans le camp des Madianites ; et y ayant rencontré une tente, il l'a ébranlée et jetée tout à fait à terre. »

Celui à qui il parlait répondit : « Tout cela n’est autre chose que l’épée de Gédéon, fils de Joas Israélite. »

Mais nous devons dire avec un saint Père : c’est la force même de Dieu, sa plus grande force, l’Eucharistie. Ce n’est plus seulement la pierre de Daniel, c’est le pain, le pain des forts, des vaillants, des enfants de Dieu.

Mais voici une figure plus complète encore et plus expressive.

Elie venait d’être cause de la mort de tous les prophètes de Baal. Jézabel furieuse jura sa perte. Elie eut comme un mouvement de crainte; il courut à l’aventure et arriva dans le désert, après une journée de marche, exténué, triste, découragé, appelant la mort à son secours. De tristes souvenirs l’assiégeaient :

« C'est assez vivre, Seigneur, enlevez mon âme ; je ne suis pas meilleur que mes pères. »

Et il se jeta par terre, et il s’endormit à l’ombre d’un genévrier. En même temps un ange le toucha et lui dif : « Levez-vous et mangez, car il vous reste un grand chemin à faire. » Et il lui présenta un pain cuit sous la cendre. Elie s’étant levé, mangea et but, et, fortifié par cette nourriture, il marcha 40 jours et 40 nuits, jusqu’à ce qu’il arrivât à Horeb, la montagne de Dieu.

N’est-ce pas, en une frappante image, l’histoire de l’Eucharistie, ce pain des anges devenu la nourriture du voyageur.

Mais voici que toutes ces promesses, toutes ces figures, vont recevoir une bien autre portée et vont être résumées par une bouche plus haute et plus puissante, par la bouche même de Jésus-Christ lui-même.

« Je suis le pain de vie. Vos pères ont mangé la manne dans le désert et ils sont morts. Ici est le pain vivant descendu du Ciel; si quelqu’un en mange, il ne meurt point. Je suis le pain vivant descendu du Ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai est ma chair livrée pour le salut du monde. Si vous ne mangez la chair du fils de l’homme et si vous ne buvez son sang, vous n’aurez point la vie én vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. Ma chair est véritablement une nourriture, et mon sang est véritablement un breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et je demeurerai en lui. »

Voilà les promesses de Jésus-Christ que symbolisaient dans leur poétique et puissant langage les figures de l’ancienne loi, et que devaient réaliser les augustes mystères de l’autel.

O Jésus, fleur de Jessé, agneau sans tache, Emmanuel, fontaine scellée et toujours jaillissante, manne délicieuse, fournaise qui embrasez, rocher qui désaltérez, pain qui faites germer l’innocence. pain qui donnez la force, fraternel banquet, viatique, salut ! Salut, ô Jésus, au nom de tous les siècles qui vous ont précédé et qui ont chanté vos ineffables beautés dans l’amour eucharistique.

Stanislas de Holland.

(. A suivre.)

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