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le sentiment de la réalité objective de Tobjet de la croyance ; en d'autres termes, le grand X de l'inaccessible qui est au delà de mon moi conscient s'incarnera plus nettement, plus complètement dans mon intellect et y prendra des formes plus précises. C'est possible, mais il me semble que même alors je ne pourrai oublier que ces formes intellectuelles ne sont que des formes et n'ont pas en soi de réalité hors de mon intellect... Précisément parce que je suis devenu agnostique, et que toute forme intellectuelle de l'inaccessible n'est plus pour moi qu'une simple représentation, sans valeur en soi, de la réalité, je me sens sur un terrain solide. Je fais, là l'expérience que je n'ai pas hfaire^ mais à recevoir^ ; que je n'ai pas l'initiative, mais le devoir d'attendre et d'écouter ; que la source de la vie est au delà de mon moi conscient, pour moi, pour tous les homrries. Je veux croire que de cette source sort le bien et le bonheur (j'en ai fait même quelque incomplète expérience) ; voilà où ma volonté à moi intervient comme facteur ; c'est là mon auto-suggestion^ puisque foi et auto-suggestion sont nécessairement synonymes; mais il n'y a pas là chez moi de raisonnement, c'est un acte instinctif. »
Philosophie^ dira-t-on, et non religion ! — Osera-t-
1. p. 334 à 336. — Cette attitude réceptive (sans que d'ailleurs la question soit tranchée ou même agitée si c'est de quelqu'un ou de quelque chose que Ton reçoit) ne serait-elle pas une des caractéristiques du sentiment religieux, le sentiment moral étant plutôt une attitude di activité par initiative individuelle ?
i90 PRÉDOMIWANCE DE L'ÉLÉMENT ACTIF
on le prétendre pour des millions de bouddhistes eêde jaïnislesquinesesont paspréoccnpés * de Texistenee de Dieu ou Tool rormellement niée"? Voilà ccrie*, à Tétat de faits incontestables, ïa religron i»dépe»danle et la morale tndépewrfanle (îndé|>emiantes dte foute idée de personnalité d'îvine).
On ne saurait domr s^étonner de la tendance moderne à chercher dans les seules données psychologiques, l'explication des phénomènes relrgi'eux. (Test ce que M. VV\ Jamres a tenté après une longue étude des « variétés n de l'expérience religieuse. Ne peut-on, dit-il, isoler un « minimum » que toutes les religions contiennent comme leur (c noyau », et au sujet duquel tous soient d'accord?
Oui ; ce minimum^ c'est le fait que la partie supérieure de notre nature est en rapport intrme avec (( un plus yy d'où peut lui venir un accroissemeitt d'e vie.
Nature de ce plus ^ de ce rapport, du mode d'^inrfoir, tout cela prête à interprétatfons et hypothèses d'oeil résultent précisément les diversités irréductiMes '
i. Gfr. Oldenberg, Le Bouddha (F. Alcan). 2* partie, cEi. n, p, 257^27* 2. Histoire des religions de Ghantepie de la Sausaaye, p. 363 : « La conception du monde des Jaïnas est, comme celle du Sânkhya, complète- Bieiii athée ~ » — doctrine analogue da Colins (« Socialisme rationnel ») et ses disciples : pour eux aussi, « la religion est le lien des actions d'une vie à une autre vie» (Colins, lettre de juin 1858), mais ils n'admettent pas l'existence de Dieu.
5. « Il an EmersffTL were fopeedto b«» Westey,^ of a Moody foreed to he- a Whitman, the total human con»cwusness:ofthff divine would a\xSbs. The^ divine can meen no skigte qualiljy:, it must mea.it a groia^ oi qua>^ Kties, by being cbatrapiens of which» in alternation, diffëseat nsen. may ail find worthy missions. » P. 487.
eiïtre les formes religietFses, mais dès qu'il y a se»timent de ce plus et du profit que* hous c» tirons pour développer notre vife, il y a religion. CegiieTon peut aussi affirmer, c'est que ce ph^ est la continuation s^bconsciente de Bfotre vie cowseiefite.
Il n'est pas besoin, à notre époque, de justifier cette affirmation : que nous n« prenons conscience que d'une porti'on restreinte de notre vie psychique totale, maïs que cette prise de conscience peut s'"enrichir sans cesse, soit d'une manière que nous appelons noî^male : la mémoire, par exemple ; soit d'une manière anormale : riw^piration (artistique, morale, religieuse), ou eacore ces^ invasions subites de TincÎMiscient sous forme dfe pensées, de paroles ou d'impulsions^ si fréquentes dans la vie religieuse ; soit enfin d'une manière qire nous ne saurions nommer anorm'ale ou normale, que l'on pourrait peut-être appeler méthodique, puisqu'elle est déterminée pair ee9tafn& procédés spéciaux, tels que la réflexion, ïa iBéditatibn, h> prière.
Or, que eoHstaton«-nouy dans cette énumération ?
4. Gfir. les doux cRapitres de W. James sur la. Conversion (Lectures IX etX). La iradujction française du livra par M. Âbauzit vient de paraître chez F. Alcan. Les références au texte anglais y sont établies à la table des matières. — Cfr. Aussi Arch. psych., octobre 1903 ; observât. IV du D» Ptoumoy: (c C'est un jeudi, entre- quatre et cinq heures après midi, sur le troltoir dte telle rue, devant telle entrée, que cette éclairçfe s'e-st faite 50Mrfam€mF/^^ d'ans mon ciel obscurci. » Observ. V : « Et soudain, il me revint, comme un écho lointain, une parole que j'avais entendu Gitfep : H y a deux hommes en moi. »... « Tout à coup, j'éprouvai un sentiment de soulèvement au-dessus de raxsi^méme, je senti? la présence de Dieu-. »• Observ. VI : « Une force irrésistible me poussait et contrebalançait toutesF mes habitudes do raornesae*. » Ees récits â& conversons surtout sont^ plein» de faits analogues' ; ils abondent dun^ toute vie morale et religieuse un peu- intense.
i9î PRÉDOMINANCE DE L'ÉLÉMENT ACTIF
L'inévitable mélange de choses appelées religieuses et d'autres dites non religieuses. El nous voyons par là-même qu'un commun phénomène réside e»
elles toutes, donc que la religion possède, aussi bien que les autres formes, une base expérimentale.
Cela paraît incontestable. Néanmoins, ce minimum^ ce nucleus commun, très utile k déterminer lorsqu'il s'agit d'établir un point de contact entre la religion et les sciences devient tout à fait insuffisant s'il s'agit d'expliquer à nos consciences à nous notre religion *.
L'intervention de l'inconscient, du « plus » vital qui augmente notre vie, est commune, nous venons de le dire, aux phénomènes religieux et à des phénomènes qui ne sont point de cet ordre, comme la mémoire. Le fameux nucleus est donc aussi insuffisant comme explication psychologique de la religion, que la notion de vertébré est insuffisante, au point de vue physiologique, à exprimer la différence^ entre un mammifère et un poisson. Enfin W. James est le premier à remarquer que dans cette grande région « subliminale et transmarginale », on trouve de tout et « côte à côte, des dragons et des sera-
1. Une théorie analogue est exposée dans Religions of primilivepeoples de Daniel Brinton (New-York et Londres. Putnam's Sons 1897). Mais, de môme que l'auteur reconnaît que l'animal ne reçoit pas deculte en tant que simple animal (p. 161), ni le fétiche en tant que simple objet matériel (p, 132), nous répondrons : ce n'est point rinconscient (ou subconscient) en tant qu'inconscient, et ce n'est point n'importe quoi venant de l'inconscient, qui est appelé religieux, mais ce qui apparaît comme meilleur. C'est d'ailleurs par un acte de foi en l'idée de perfection vivante et agissante dans l'âme, môme en dehors de toute personnalisation, que Brinton termine son étude.
phins ». L'intervention de Tinconscient n'est donc pas toujours heureuse. Cela permet, d'ailleurs, de comprendre pourquoi la conscience religieuse a cru au diable aussi bien qu'à Dieu. En effet, c'est une tendance naturelle à ceux qui éprouvent d'une manière plus ou moins intense et fréquente ces envahissements de l'inconscient, de les personnifier, de leur donner un nom\ d'en parler à la troisième personne et de bien se défendre d'être la même personne qu'eux. Rien de plus naturel donc que la personnification des bonnes ou des mauvaises tendances : Dieu et le diable ^
W. James l'a bien senti et il a complété la constatation psychologique par un « over-belief », une a hypothèse » personnelle :
Les dernières limites de notre être, dit-il, plon-
1. Gfr. P. Janet, U automatisme psychologique i' éd'il. (F. Âican, 1903^ p. 131 et suivantes.
2. L'ignorance des dédoublements de personnalité amenait nos pères & se croire obligés d'expliquer surnaturellement des phénomènes qui ne nous paraissent avoir rien que de naturel, celui par exemple de reprendre un écrit interrompu, sans voir ce que l'on avant fait déjà, et néanmoins avec suite dans les idées et les phrases (Gfr. pour Ruysbrœck, ch. xiii de sa Vie dans le Livre des XIJ béguines (Guylits), p. 45 ; ,— pour saint François de Sales Revue d'hist. et litt. 'relig.y mars-avril 1906, p. 179). Cette ignorance persiste de nos jours. On emploie, avec candeur, tous les procédés de suggestion et l'on crie au miracle, comme dans ces lignes : « Il y a une puissance incomparable dans ces strophes entonnées spontanément, et qui sont reprisesjindéfiniment jusqu'à dix et
vingt fois de suite, tantôt par une voix, tantôt par une autre C'est
une succession ininterrompue de cantiques, de solos, de prières, de lectures, d'allocutions, sans que jamais il y ait ni arrêt, ni heurt, ni fausse note. S'il y a une fausse note, c'est-à-dire une allocution qui ne soit pas dans le ton et qui traîne en longueur, un chant entonné par n'importe qui a vite fait de la noyer dans l'harmonie. » Et après cet aveu dénué d'artifices, le pasteur Lorstch ajoute : « D'où vient cette unité extraordinaire ? G'est qu'il y a là quelqu'un invisible mais présent qui dirige. » (Le 7'éveil du pays de Galles, Valence, Ducros, 1905, p. 59).
IIÉDERT. — Divin. 13
m PBÉDOMIKANCB DE L'ÉLÉMENT ACTIF
geotdans une tout autre dimeosioa d'existence que le monde que nous pouvons senUr et comprendre. Nommons-le : raysUque, surnaturel, coHime Von voudra. Dans la mesure où nos impulsions idéales ont leur origine dans ceUe région (et il en est ainsi pour la plupart dentie elles, car nous nous trouvons les posséder sans pouvoir expliquer comment), nous appartenons à cette région dans un sens plus intime qu'au monde sensible, car nous appartenons dans le sens le plus intime à ce à quoi apparUennent nos idéaux. Pourtant, cette région invisible n'est pas seulement idéale, car elle produit des effets en ce monde. Lorsque nous communions avec elle, l'action s'exerce sur nos personnalités finies : nous devenons un nouvel homme et notre régénération a ses conséquences, relativement à noire conduite, dans le monde naturel. Or ce qui produit des effets dans une réalité peut être appelé réalité, et il n'y a aucune excuse philosophique qui permettrait d'appeler irréel le monde mystique et invisible ' .
W. James a donc été forcé de compléter * son explication, de transformer son genre vague en espèce précise en distinguant dans nos tendances, les tendances idéales des autres impulsions. L'intervention de l'inconscient n'explique le sentiment reli-