‹ Le divin SauveurChapitre 1 sur 103 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La vie des saints nous présente l'exemple des plus admirables vertus. Nous y voyons les martyrs paraître avec intrépidité devant les tyrans pour confesser leur foi et se rire des plus terribles menaces comme des plus séduisantes promesses. Ces généreux athlètes vont au supplice avec autant de joie que les partisans du monde courent à leurs plaisirs. C'est ainsi qu'ils affrontent les chevalets, Les ongles de fer, les lames rougies au feu et la dent des lions.

A côté des martyrs, nous admirons les confesseurs. Et, d'abord, ces anachorètes qui, dans les déserts, ont pratiqué au plus haut degré, le détachement et l'abnégation. A La suite des anachorètes nous voyons les religieux cénobites. Renonçant à leur Liberté, ce bien si cher à l'homme, ils ont déposé leur volonté entre les mains d'un supérieur dont ils veulent dépendre en tout. Ils se sont en même temps interdil L'usage arbitraire des

biens de ee monde el les plaisirs des sens.

pour suivre plus aisément et imiter plus parfaitement leur divin Maître et Modèle, Jésus- Christ.

Dans le monde même, que d'âmes généreuses entrent résolument dans les âpres sentiers de la perfection et pratiquent les conseils évangéliques dans une mesure que les mondains ne sauraient comprendre !

Où donc tous ces héros de la foi, tous ces disciples de Jésus-Christ et de son Évangile, dont nous lisons la vie avec tant d'édification, ont-ils puisé ce courage et cette générosité qui les transportèrent dans ces sphères sublimes, au-dessus de notre humaine nature? Le mot de l'énigme, si on peut ainsi parler, c'est cette parole de Jésus-Christ : Ignem veni mittere in terram, et quid volo, nisi ut accendatur? « Je suis venu jeter le feu sur la terre; et quelle est ma volonté, sinon qu'il brûle (i)? » Oui, ces âmes ont reçu une étincelle de ce feu de la divine charité; cette étincelle, grâce à leur généreux concours, est devenue une flamme, et cette flamme, un incendie d'amour. Or, l'amour divin dans un cœur est fort comme la mort, dit l'Esprit-Saint : Fortis est ut mors dilectio (2). Rien ne lui résiste. Une âme qui aime

(1) Luc, 12, 49.

(2) Cant., 8, 6.

fortement possède; en elle-même toutes les énergies; il n'est au service de Dieu sacrifice si difficile qu'elle ne puisse accomplir, il n'est entreprise qu'elle ne puisse mener à bonne fin.

Mais cette étincelle de la divine charité, pour devenir flamme et incendie, doit trouver un aliment qui lui convienne. Où donc l'âme trouvera-t-elle ce précieux aliment? Le Psalniisle nous le dit : In meditatione mea exardescet ignis; « Dans ma méditation s'allumera le feu (i). » — Saint Alphonse de Liguori, ce grand docteur de l'Eglise, consommé dans la direction des âmes, l'a parfaitement compris. Aussi, dans ses œuvres ascétiques, recommande-t-il à tous les chrétiens l'exercice de l'oraison, la méditation, la communication intime et fréquente avec Dieu. A tous, il répète cette parole de l'Esprit-Saint : Souvenez-vous de vos fins dernières, et vous ne pécherez jamais (2). En même temps il s'est proposé de développer dans beaucoup d'âmes un feu plus ardent, le désir de la perfection, la pratique spéciale de l'amour envers Jésus- Christ. — Ce feu sacré, nous dit le sainl Docteur, embrasera vos Ames, si vous méditez

Bfemorare novissima tua. et in œtemum non peccabis. (Bccli., 7, 4°»)

fréquemment les grands mystères de l'Incarnation, de la Rédemption et de la divine Eucharistie.

Telle était l'estime toute spéciale de saint Alphonse pour la méditation sur la Passion de Jésus-Christ, au point de vue du salut et de la perfection, qu'il impose à ses fils, les religieux du Très Saint Rédempteur, l'obligation de consacrer chaque jour une de leurs trois oraisons quotidiennes à la contemplation de Jésus crucifié.

Sur l'incarnation, la naissance et l'enfance de Notre-Seigneur, saint Alphonse a composé des méditations en règle, ayant pour Premier Point une Considération, et pour Second Point des Affections et Prières. — Ses écrits sur la Passion revêtent une tout autre forme. Le saint Docteur a écrit sur ce sujet si important trois Traités principaux, lesquels sont divisés en Chapitres dont il est parfois difficile dans la lecture de communauté d'extraire des Considérations d'une longueur convenable à un Premier Point, et des Affections et Prières également suffisantes pour un Second Point.

Cela étant, nous avons pensé rendre service non seulement à nos confrères les Religieux rédemptoristes, mais encore à bon nombre d'autres personnes, soit religieuses,

soii séculières, qui voudront méditer le grand mystère de noire Rédemption, on leur présentant sous forme de Méditations ces divers traités de saint Alphonse.

Pour donner à nos lecteurs quelque chose d'assez complet, nous commencerons notre ouvrage par les Méditations de saint Alphonse sur l'Incarnation, la naissance et la sainte enfance du Sauveur. Nous donnerons ensuite comme seconde Partie, un travail dont l'agencement, ainsi que nous venons de le faire entendre, nous est plus personnel. C'est un recueil puisé tout entier dans les différents écrits de notre saint Docteur sur la Passion de Jésus-Christ ; recueil que nous avons jugé bon de diviser en trois paragraphes.

Nous avons dû les classer dans l'ordre suivan t pour donner deux volumes à peu près égaux :

i° Les Circonstances de la Passion, avec sept méditations préliminaires.

2° La Cause principale de la Passion, ou l'amour de Dieu pour les hommes ;

3° Les effets de la Passion.

La troisième partie de notre livre comprendra une série de méditations de saint Alphonse sur l'Eucharistie, et sa Neu vaine au Sacré-Cœur. Enfin, comme Appendice, nous reproduirons la Neuvaine au Saint-Esprit, composée aussi par notre saint Auteur.

Pour l'usage quotidien de notre ouvrage, nous croyons utile de proposer le plan suivant, correspondant en partie aux différentes époques de l'année liturgique :

Du premier dimanche de l'A vent jusqu'à Pâques : notre premier volume, pouvant fournir des méditations jusqu'au 8 avril.

Après Pâques notre deuxième volume ainsi détaillé :

à) De Pâques à l'Ascension ; choix de quarante méditations dans la Cause de la Rédemption et les Effets de la Passion.

b) Du lendemain de l'Ascension à la Pentecôte : l'Appendice, Neuvaine au Saint-Esprit.

c) Du lundi de la Pentecôte au quatrième dimanche après la Pentecôte : la troisième partie de l'ouvrage, YEucharistie et le Sacré-Cœur.

Du quatrième dimanche après la Pentecôte au premier dimanche de l'Avent; toute la seconde Partie, premier et deuxième volumes.

Peut-être serons-nous agréable à plusieurs en indiquant sommairement de quelles parties des Œuvres ascétiques de saint Alphonse nous avons tiré nos méditations. (Nous renvoyons à l'édition italienne et à la traduction la plus connue, celle du P. Dujardin, Rédemptoriste, revue et rééditée par le P. Saintrain, de la même Congrégation.)

Les Méditations sur l'Incarnation sont la simple et fidèle traduction des Méditations de saint Alphonse pour le temps de l'Avent, de Noël et de l'Epiphanie. (Trad., t. IV.)

Pour les méditations du premier paragraphe de la deuxième Partie Circonstances de la Passion. nous avons en quelque sorte fondu ensemble la première, la deuxième et moitié de la quatrième parties du traité italien Réflexions et Affections. (Trad., t. V, ire, 2e et 3e, parties.), prenant chaque

méditation dans Pane ou l'autre do ces parties, selon que le développement des idées était plus en rapport avec le titre adopté.

Les méditations du deuxième paragraphe delà deuxième Partie : Cause de la Rédemption ont été puisées çà et là, dans différents traités, mais le plus grand nombre dans la première partie du traité Réflexions et Affections sur la Passion. (Trad., t. V.)

Les méditations du troisième paragraphe de la deuxième partie : Effets de la Passion sont tirées, le plus grand nombre, des Réflexions et Affections, fin de la quatrième partie. (Trad., t. V, 3e partie.) Quelques-unes sont de la première partie de ce traité, et quelques-unes de plusieurs autres traités : Préparation à la mort, Voie du salut, etc.

UOctave de l'Eucharistie et la Neuvaine au Sacré- Cœur, qui entrent dans la troisième Partie de notre ouvrage, ainsi que l'Appendice, Neuvaine au Saint- Esprit sont tirées textuellement du traité Neuvaines et Méditations. (Trad., t, VI.) Les dix autres méditations sur l'Eucharistie sont tirées en partie du chapitre deuxième de la Pratique de V Amour envers Jésus-Christ; les autres de différents traites.

Pour les prières, dont aucune n'est répétée dans le cours de cet ouvrage, nous les avons prises autant que possible à la suite des Considérations. Mais, comme elles eussent été très Insuffisantes, du moins celles qui ont une étendue à peu près convenable, nous avons exploité et presque épuisé deux Opuscules de saint Alphonse : Traits de feu et Pieux sentiments.

Nous demandons à notre Divin Sauvsuh

de vouloir bien bénir ce modesle travail. VA si, aux yeux des aines pieuses, nous axons

réussi à leur présenter un livre qui puisse les aider à croître en amour pour Jésus-Christ, nous les remercions d'avance de leur bienveillant accueil. Nous leur souhaitons d'avancer à grands pas, par le moyen de ces méditations, dans le chemin de la perfection, lequel conduit sûrement à la bienheureuse éternité.

Saint-Nicolas-du-Port, le 8 décembre 1896, fête de l'Immaculée-Conception de la Bienheureuse Vierge Marie.

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