‹ Le divin SauveurChapitre 12 sur 103 · LE VERBE S EST FAIT HOMME DANS LA PLENITUDE DES TEMPS · texte numérisé non relu

LE VERBE S EST FAIT HOMME DANS LA PLENITUDE DES TEMPS

Ubi venit plenitudo temporis, misit Deus Fiïium stium (1).

«« Lorsque les temps furent accomplis, Dieu envoya son Fils. »

Après le péché d'Adam, Dieu attendit quatre mille ans avant d'envoyer son Fils racheter le monde perdu. Considérons quelles ténèbres et quels maux régnèrent pendant tout ce temps sur la terre. Le vrai Dieu n'était ni adoré, ni même connu, si ce n'est à peine dans un coin du monde; partoùl régnait l'idolâtrie : les démons, les animaux, des pierres, voilà les dieux que l'on adorait.

Mais, admirons ici la sagesse divine : elle diffère la venue du Rédempteur pour nous la rendre plus salutaire ; elle la diffère, afin que l'on comprenne mieux la malice du péché, la nécessité du remède et la bonté du Sauveur. Si Jésus-Christ était venu aussitôt après le péché d'Adam, on aurait peu apprécié la grandeur de ce bienfait. Remercions donc le Seigneur de ce que, dans son infinie bonté, il nous a l'ait naître après la venue du Rédempteur.

Le voilà enfin venu, ce temps de bénédiction appel»'' la PLÉNITUDE des temps. Quand fut venue la plénitude des temps, dit saint Paul, Dieu envoya son FlU racheter ceux </ui riaient sous le joug de la lui. Cette expression, la plénitude des temps,

(1) Gai., 4,4.

marque la plénitude, de la grâce que lo Fils de Dieu est venu communiquer aux hommes par la rédemption.

Déjà l'ange est envoyé en ambassade, dans la petite ville de Nazareth, à la vierge Marie, pour lui annoncer la venue du Verbe, qui veut s'incarner dans son sein. L'ange la salue en l'appelant Pleine de grâce. Bénie entre toutes les femmes. En entendant ces louanges, l'humble Vierge, choisie pour être la Mère du Fils de Dieu, se trouble à cause de sa profonde humilité; mais Fange la rassure et lui dit qu'elle a trouvé grâce auprès de Dieu, c'est-à-dire cette grâce d'où devaient résulter la paix entre Dieu et les hommes, et la réparation des ruines causées par le péché. Il lui révèle ensuite le nom de Jésus, ou Sauveur, qu'elle devra donner à son Fils : vocabis nomen ejus Jesum; il ajoute que ce Fils est le propre Fils de Dieu, qui doit racheter le monde. Enfin, Marie consent à devenir la Mère d'un tel Fils : Fiat mihi secundum verbum tuum. « qu'il soit fait en moi selon votre parole. » Au même instant, le Verbe s'est fait chair, Et verbum caro factum est (i).

Rendons grâces au Fils de Dieu; mais rendons grâces aussi à cette Vierge bénie qui, en consentant à être la Mère d'un tel Fils, consent également à être notre Mère, une Mère de douleurs, car elle sait que son divin Fils doit souffrir et mourir pour le salut des hommes.

(1) Luc, 1, 31.

AFFECTIONS ET PRIERES

0 Verbe divin, fait homme pour moi, quoique je vous voie si humilié et devenu petit enfant dans le sein de Marie, je crois à votre divinité, je vous reconnais pour mon Seigneur et Roi, Roi d'amour. Mon doux Sauveur, c'est pour régner sur nos cœurs que vous vous revêtez de notre chair mortelle. Ah! régnez aussi sur mon cœur. Il fut autrefois sous l'empire de votre ennemi; mais maintenant il est à vous, et je veux qu'il soit toujours à vous, que désormais vous en soyez l'unique Maître. Les autres rois régnent par la force des armes, vous, au contraire, vous venez régner par la force de l'amour. C'esC dans une • labié que vous voulez naître, pauvre et abandonné; vous n'aurez pour berceau qu'une cm lie avec un peu de paille : tout cet extérieur si humble nous le dit bien, c'est sur nos cœurs que vous voulez régner.

Ah! mon Roi fait Enfant, comment ai-je pu me révolter tant de fois contre vous, comment ai-je pu vivre si longtemps dans votre inimitié, prive de votre -race, après que, pour m'obligera vous aimer, vous vous êtes dépouillé de votre Majesté infinie, vous vous êtes humilié jusqu'à nous apparaître petit enfant dans une étable, ouvrier dans un atelier, et enfin condamné à mourir crucifié? < )h ' maintenant que je suis, comme j'en ai la confiance, délivré de l'esclavage du démon, tout mon bonheur sera de vivre sous l'aimable joug «le votre sainte volonté, dans les douces chaînes de votre

amour.

0 Jésus, ô mon Roi, infiniment aimable, prenez possession de mon cœur; je vous le consacre sans réserve. Je veux toujours vous servir, et vous servir par amour : Votre majesté commande le respect et la crainte, mais votre bonté réclame encore plus fortement l'amour de nos cœurs. O mon Roi, vous êtes et vous serez à jamais mon unique amour.

Ma bien-aimée Souveraine, Marie, c'est de vous que j'attends la grâce d'être toujours fidèle au bienaimé Roi de mon cœur.

1" Jeudi

l'abaissement DE JÉSUS.

Semetipsum exinanivit, formam servi accipiens (1).

« Il s'est anéanti, prenant la forme de serviteur. »

Le Verbe éternel descend sur la terre pour sauver l'homme. Et d'où descend-il? — A summo cœlo (2). « Du plus haut des cieux, » dit le Psalmiste. Il descend du sein de Dieu son Père, où il fut engendré de toute éternité. — Où descend-il? — Dans le sein d'une vierge, fille d'Adam. Comparé au sein de Dieu, ce sein de la Vierge n'est qu'horreur; c'est ce que chante l'Eglise : Non horruisti Virginis uterum. « Vous n'avez pas eu horreur du sein d'une vierge. » En effet, dans le sein de son Père, le Verbe est Dieu comme lui, immense, tout-

(1) PML, 2, 1.

[2) Ps., 18, 7.

puissant, infiniment heureux, souverain Maître de l'univers, en tout égal à son Père ; mais dans le sein de Marie, il est créature, il est petit, faible, souffrant; il est serviteur, et, comme tel, inférieur à son Père.

On regarde comme un prodige d'humilité, que saint Alexis, fils d'un sénateur romain, ait voulu vivre comme serviteur dans la maison de son père, mais qu'est-ce que cette humilité auprès de celle de Jésus-Christ? Entre le fils et le serviteur d'un homme, il y a bien quelque différence; mais entre Dieu et un serviteur de Dieu, la distance est infinie. Bien plus, le Fils de Dieu, non content de se faire le serviteur de son Père, voulut encore se soumettre à ses créatures, à Marie et à Joseph : « Il leur était soumis, » dit l'Évangile. Et erat subditus Mis (1). Il se soumit même à l'injuste sentence de Pilate qui le condamna à mort. Il obéit aux bourreaux qui le flagellèrent, le couronnèrent d'épines et le crucifièrent.

Pourrions-nous encore refuser de servir cet aimable Seigneur, qui pour nous, s'est assujetti à tant de servitudes et si douloureuses et si humiliantes? Au service d'un Maître si grand et si aimant, préférerons-nous l'esclavage du démon qui, lui, n'aime pas ses esclaves, mais les hait, les tyrannise, les rend malheureux en cette vie et dans l'autre? Ah! si telle fut autrefois notre folie, hâtons-nous de secouer ce honteux esclavage. Puisque la grâce de Jésus-Christ nous a libérés de la servitude de l'enfer, acceptons, baisons avec amom 1rs douces chaînes qui nous lient au service

1) Luc, 2, 51.

de Dieu, et qui nous assureront une couronne éternelle dans le royaume des élus.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

Mon bien-aimé Jésus, vous êtes le Roi du ciel et de la terre; mais, pour l'amour de moi, vous vous êtes fait serviteur : vous avez obéi même aux bourreaux qui ont déchiré vos chairs, percé votre tête de cruelles épines, et cloué vos membres sur la croix où vous êtes mort de douleur. Je vous adore comme mon Seigneur et mon Dieu ; mais je rougis de paraître devant vous quand il me souvient d'avoir tant de fois, pour quelques méprisables satisfactions, rompu les douces chaînes qui m'attachaient à vous, et refusé de vous servir. Vous me le reprochez, je l'entends : Dirupisti vincula mea et dixisti; non serviam (\). « Tu as rompu mes liens et tu as dit : non, je ne servirai pas. » Toutefois j'ose espérer mon pardon, ô mon Sauveur, car vous avez promis de ne mépriser jamais un cœur contrit et humilié. O Jésus, je le reconnais, j'ai eu mille fois tort de vous déplaire; par mes péchés, j'ai mérité l'enfer. Punissez-moi donc puisque je le mérite, mais ne me privez pas de votre grâce et de votre amour. Je me repens souverainement de vous avoir méprisé. De tout mon cœur je vous aime. Je prends la résolution de ne servir et de n'aimer que vous seul.

Mon Jésus, attachez-vous mon cœur par les douces chaînes de votre amour, et ne permettez pas qu'il m'arrive encore de les secouer pour fuir

(1) Jér., 2. 20.

loin de vous. Je vous aime par-dessus toutes choses, ô mon libérateur; je préfère rester votre serviteur que de devenir le maître de l'univers; que servirait le monde entier, à qui est privé de votre grâce? Très doux Jésus, ne permettez pas que je sois jamais séparé de vous. C'est la grâce que je vous demande maintenant; je veux vous la demander toujours : ne permettez pas que je sois jamais séparé de vous. Ne permittas me separari a te.

De vous auss: je l'attends, ô Marie, ma Mère; faites, par votre intercession, que j'éloigne à jamais le malheur de briser avec Dieu.

1" Vendredi

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