‹ Le divin SauveurChapitre 96 sur 103 · COLLOQUE AVEC LE PERE ETERNEL SUR JESUS MORT EN CROIX · texte numérisé non relu

COLLOQUE AVEC LE PERE ETERNEL SUR JESUS MORT EN CROIX

Arrêtons-nous quelques instants à contempler notre Sauveur mort sur la croix; entretenons-nous de lui avec Dieu son Père»

(I) Pro omnibus înoituus est Ghristus, ut et qui vi-vunt, jam non sihi vivant, sed ei qui pro ipsis mortuus est et resurrexit. (//, Cor., 5, 15.)

Père éternel! « jetez les yeux sur la lace de voire Christ. » Respice in faciem Christi tut (1). Regardez votre Fils unique. Pour accomplir votre volonté en sauvant l'homme perdu par le péché, il descendit sur la terre, il s'est revêtu de la nature humaine el avec elle il a pris toutes nos misères honnis le péché. En un mot il s'est fait homme, il a voulu passer toute sa vie parmi les hommes et se montrer le plus pauvre, le plus méprisé, le plus ailligé d'entre eux. Cette vie si pénible, comment l'a-t-il terminée? Ah! vous le voyez: les hommes eux-mêmes onl déchiré son corps à coups de fouets; ils lui ont enfoncé des épines dans la tête; ils ont percé de clous ses pieds et ses mains et l'ont attaché à une croix. Il est mort de douleur, après s'être vu traité comme le plus méprisable des hommes le plus vil scélérat, tourné en dérision comme un Taux prophète, outragé comme un imposteur sacrilège parce qu'il s'était dit voir»1 Fils. Condamné par un juge inique, il expira dans les horreurs d'un supplice cruel et infamant, comme s'il eût été le plus insigne malfaiteur.

El vous-même, vous son divin Père, combien n'avez-vous pas rendu sa morl plus amère et plus triste en lui refusant toute consolation! Ditesnous : en quoi vous a-l-il donc manqué, ce Fils unique, pour mériter un si dur châtiment? Vous qui connaissez son innocence, sa sainteté, pourquoi l'avez-vous traité sans miséricorde? Ali! j'entends votre réponse : Propter scelus populi mai pcrcnm eum î . •• C'est pour le crime de mon peuple que je l'ai frappé. « Certes, mon Fils m'

fi 53, s.

méritait et ne pouvait mériter le moindre châtiment, étant l'innocence même, la sainteté même; mais un sévère châtiment vous était dû, à vous coupables de tant de péchés. Vous méritiez la mort éternelle; et moi, pour ne pas voir à jamais perdues des créatures que j 'aime malgré leurs fautes, pour les délivrer d'un si affreux malheur j'ai livré mon Fils à cette vie si pleine d'afflictions et à cette mort si douloureuse. Considérez-donc, o hommes, combien je vous ai aimés! Mon Fils lui-même ne vous l'a-t-il pas dit : Sic Deus dilexit mundum, vt Filium suum unigenitum daret (1). « Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné pour lui son Fils unique. »

AFFECTIONS ET PRIÈRES

Permettez que je m'adresse maintenant à vous, ô Jésus, mon Rédempteur! Je vous vois sur cette croix abandonné de tout le monde, pâle et défiguré, sans parole, sans souffle, sans vie, sans une seule goutte de sang, l'ayant versé entièrement, comme vous l'aviez prédit : Hic est sanguis meus Novi Testamenti, qui pro multis r/fundetur (2). « Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu jusqu'à la dernière goutte pour un grand nombre. » Vous n'avez plus de vie, parce que vous l'avez sacrifiée pour rendre la vie à mon âme que mes péchés avaient tuée. Vous n'avez plus de sang, parce que vous l'avez répandu pour laver mon âme et la purifier de toutes ses souillures. Mais, qui donc a pu vous décider à donner ainsi votre vie et tout votre sang pour de

(1) Jo., 3. 1G.

(2) Marc, 14, 24.

misérables pécheurs tels que nous? — A cette question, j'entends votre Apôtre me répondre : Dilexit nos, et tradidit semetipsum pro nobis (1). « Il nous a aimés, et voilà pourquoi il s'est livré pour nous. »

Mon bien-aimé Rédempteur, vous vous êtes donné tout à moi par amour; par amour aussi je me donne tout à vous. Pour me sauver vous avez sacrifié votre vie; pour vous glorifier je veux mourir quand et comme il vous plaira. Vous n'avez rien négligé afin de gagner mon amour; et moi, j'ai sacrifié le vôtre à des créatures de néant. Mon Jésus, je m'en repens de tout mon cœur; pardonnez-moi par les mérites de votre Passion, et en signe de pardon accordez-moi la grâce de vous aimer. Par reflet de votre grâce, je me sens un vif désir de vous aimer et je prends la résolution d'être tout à vous. Mais je connais ma faiblesse, je sais que mille fois je vous ai trahi; vous seul pouvez me soutenir et me rendre fidèle. Aidez-moi • loue, ô mon Amour; faites que Jç vous aime, je ne vous demande rien de plus.

O Marie, ma Mère, faites que je sois tout à Jésus.

LXXXI11 LE CŒUR m : .iksis i:sr PERCE nY.M. i \\< i

Pila te, ayant appris que ta sentence* portée contre les trois condamnés fcvail reçu son exécution, envoya <l<-s soldais pour leur rompre les jambes, comme il était d'usage fin'/, les Juifs. Us firent d'abord subir ci' traitement aux deux larrons,

Quant à Jésus, le voyant déjà mort, ils le lui épargnèrent; « mais l'un d'eux, dit saint Jean, lui ouvrit le côté d'un coup de lance; et à l'instant il en sortit du sang et de l'eau. » Sed unus militant lancea latus ejus aperuit, et continuo exivit sanguis et aqua (1). La lance du soldat, comme il fut révélé à sainte Brigitte, alla frapper directement le cœur de Jésus-Christ.

Saint Jean, racontant ce fait, dit que la lance ouvrit le côté, latus aperuit. C'est à dessein et très justement, dit saint Augustin, que l'Ëvangéliste employa cette expression, parce qu'alors s'ouvrit la porte de la vie, le cœur du Sauveur, d'où sont sortis les sacrements par lesquels on arrive à la vie éternelle (2). Le sang et l'eau, qui sortirent du côté de Jésus-Christ, étaient la figure des sacrements : l'eau étant le symbole du baptême, le premier des sacrements; et le sang celui de l'Eucharistie, le plus grand des sacrements. — Parlant ailleurs de l'Eucharistie, le même saint Augustin remarque que le sacrifice de nos autels n'a pas moins d'efficacité aujourd'hui auprès de Dieu, que le sang et l'eau qui jaillirent du côté de Jésus quand on le perça de la lance (3).

Cette blessure visible, pourquoi Jésus-Christ a-t-il voulu la recevoir? « Afin, répond saint Bernard, que par cette blessure visible nous voyions l'invisible blessure de son cœur. Qui donc, con-

(1) Jo., 10, 34.

(2) Ut illic quodam modo \ït<e ostium panderetur, unde Racramenta Ecclesire manavorunt sine quibus ad vitani non intratur. [In Jo ,tr. 120.)

(3) Non minus liodie in eonsnooln Pat ris ohlatio illa est efttcax quam die qun de sauciato latere sanguis et aqua exivit. {l'jid.)

clut-il, n'aimerait ce cœur que son amour pour nous a si profondément blessé (i)? »

AFFECTIONS BT PRIÈRES.

Mon bien-aimé Jésus, si je contemple votre personne sacrée, je ne vois que plaies et que sang; si je pénètre dans votre cœur, je le trouve rempli d'ailliction et navré de tristesse. Je lis sur votre croix que vous êtes roi; mais, où son! Les marques de votre royauté? je ne vous vois d'autre trône que ce bois ignominieux, d'autre pourpre que votre chair ensanglantée, d'autre couronne que ce faisceau d'épines qui vous martyrise. En vérité fout cet appareil montre bien que vous êtes |{<>i, mais Roi d'amour; cette croix, ces clous, cette couronne, ces plaies parlent de votre amour. Qui donc pourrait, o Jésus, vous reconnaissant pour son Dieu comme vous l'êtes en effet, vous regarder sur la croix sans produire un acte d'amour? Oh! quelles flèches de feu vous lancez aux fîmes du liant de ce trône d'amour! combien de cœurs n'avez- vous pas attirés à vous du haut de la croix! comme vous-même l'aviez prédil : Lorsque jr serai élevé </<■ terre} sur la croix, j'attirerai tout d moi (2).

O plaies de mon Jésus, ô admirables louinaises

d'amour, enfermez-moi, et laites que je brûle non du l'eu de l'enfer que j'ai mérité mais de saintes

(D Propterea ruloeratum est, ut, per valons risibile, viilmis n morts InvlâtbUe rideamas; carnale ergp fuhuis spirituale ostendit. — ftnis lllud cor tara vulneratum non diligat?(JWo. de Pose, <-. 3.1

1 i ego, m exaltatus raero a terra, omoia triham ad meipsum. /o., t-. 32.)

flammes d'amour pour ce Dieu qui a bien voulu mourir pour moi dans les tourments. De grâce, mon cher Rédempteur, ne rejetez pas un pécheur qui, marri de vous avoir offensé, ne désire à présent que de vous aimer. Je vous aime, Bonté infinie; je vous aime, Amour infini! Écoutez-moi, mon Jésus : Je vous aime, je vous aime, je vous aime.

0 Marie, ô Mère du bel amour, procurez-moi plus d'amour, faites que je me consume pour ce Dieu qui mourut consumé d'amour pour moi.

LA SÉPULTURE ET LA RESURRECTION DE JESUS- CHRIST SOURCES DE SALUTAIRES ENSEIGNE- MENTS.

Le Fils de Dieu est venu dans ce monde non seulement pour nous racheter mais encore pour nous enseigner par son exemple toutes les vertus, surtout l'humilité et la pauvreté compagne inséparable de l'humilité. Voilà pourquoi il voulut naître pauvre dans une étable, vivre trente ans pauvre sous le toit d'un artisan, mourir pauvre sur une croix, après avoir vu les soldats se partager ses vêtements; C'est enfin pour nous enseigner à pratiquer parfaitement ces vertus de pauvreté et d'humilité, qu'il voulut recevoir en aumône le linceul dans lequel on l'ensevelit et le tombeau qui devait servir à sa sépulture.

Désireux de se rendre semblables à Jésus pauvre et humilié, les saints ont méprisé les richesses et les honneurs terrestres afin d'aller un jour avec leur divin Maître jouir des richesses et des honneurs célestes, que Dieu a préparés pour ceux dont

— Xu —

il est aimé, biens ineffables dont saint Paul a dit : Oculus non vidit, née au ris audivit, née in cor hominis ascendit quœ prssparavit Deus Us qui diligunt Muni (1). « L'œil de l'homme n'a point vu, son oreille n'a point entendu, son cœur ne peut concevoir quels biens Dieu prépare à ceux qui l'aiment. »

Jésus-Christ ressuscita le troisième jour. Par sa résurrection, il s'acquit tout pouvoir au ciel et sur la terre, et cela non seulement comme Dieu mais aussi comme homme; il a ainsi pour sujets tous les anges et tous les hommes. Réjouissons-nous de voir ainsi glorifié celui qui est notre Sauveur, notre Père, notre meilleur ami. Réjouissons-nous, et en môme temps rendons au Seigneur les plus vives actions de grâces, car la résurrection de l< sus-Christ est un gage certain de notre propre résurrection et de la gloire dont nous espérons jouir un jour au ciel, en corps et en âme. C'est cette espérance qui a donné aux saints martyrs courage et force pour souffrir avec joie tous 1rs maux de cette vie et les tourments les plus cruels inventés par les tyrans. Mais, soyons-en bien persuades, celui-là ne goûtera pas les joies célestes avec Jésus-Christ, qui ne veut pas souffrir ici-bas avec Jésus-Christ; et il ne sera pas couronné avec Jésus-Christ, dit l'Apôtre, celui qui n'aura pas voulu soutenir jusqu'à la fin le bon combat avec Jésus-Christ. Bi quicertat in agone, non coronatur nisi légitime certaverit (2).

Vyons donc soin de nous maintenir constam-

(i) /. Cor., 2, 9.

î II. /////.. 2,

ment dans la grâce de Dieu ; et pour cela n'oublions pas que sans la persévérance dans la prière il n'y a pas de persévérance dans la grâce, et sans cette persévérance dans la grâce, point de salut.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

0 Dieu, mon Créateur et mon Rédempteur, c'est en vue du ciel que vous nous avez créés; c'est pour nous conduire au ciel que vous nous avez ensuite rachetés et délivrés de l'enfer. Et moi, oubliant votre générosité à mon égard, je vous ai outragé en face par d'innombrables péchés; ainsi j'ai renoncé au ciel, me condamnant de nouveau à l'enfer. Mais, bénie soit à jamais votre miséricorde infinie, qui m'a tant de fois pardonné, comme j'en ai la douce confiance, et m'a ainsi retiré de l'enfer. Ah! mon Jésus, que je voudrais ne vous avoir jamais offensé! que ne vous ai-je toujours aimé! Ma consolation, c'est de penser que vous me donnez encore le temps de vous aimer. Je vous aime donc, ô amour de mon âme, je vous aime de tout mon cœur; je vous aime plus que moi-même. Vous voulez que je me sauve et que j'aille vous aimer éternellement au ciel, dans ce royaume de l'amour! Combien je vous remercie de tant de bonté ; je vous prie de m'aider à vous aimer le reste de mes jours; je veux vous aimer beaucoup en cette vie pour vous aimer beaucoup dans l'éternité.

Ah! mon Jésus, quand donc viendra le jour où je me verrai délivré du danger de vous perdre, tout consumé d'amour pour votre beauté infinie, dont la claire vue me mettra dans la nécessité de

vous aimer? 0 douce nécessité, ô heureuse, 6 aimable, ô désirable nécessité, qui me délivrera de toute crainte de vous déplaire encore et me contraindra suavement à vous aimer de toutes mes forces ! Ma conscience m'effraie, elle me crie : comment peux-tu prétendre au ciel, séjour de toute pureté? — Mais, mon oien-aimé Rédempteur, vos mérites sont mon espérance.

0 Reine du Ciel, ô Marie, votre intercession est toute-puissante auprès de Dieu : c'est en elle que je me confie.

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