‹ Le divorceChapitre 142 sur 151 · PT AS ENS SE · texte numérisé non relu

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séparation du temporel et du “spirituel, sans rompre € cette

belle unité de notre loi civile, qui. est Ja même pour tous

Vitaa eh

les citoyens, quelle que soit leur croyance, parce que ele st faite pour tous les membres de l'Etat, et non pour | les

sectes religieuses. C'est le Français qui contracte devant l'officier de lent civil; c'est le croyant catholique qui demande au prêtre de Dei son union. Si les obligations que ce dernier impose sont plus rigoureuses que les obligations civiles, n'est-ce pas là le rôle de la religion comme c’est celui de la morale ? Leur empire ne se prolonge-t-il pas toujours bien au-delà de la limite où s'arrête celui de

Hits loi ?

Et puis, il faut le remarquer, dans aucune matière, le

dogme catholique et la loi civile ne partent d'un principe

plus diamétralement opposé. Pour l’un, le célibat est plus

saint et plus parfait que le mariage ; l’autre encourage le __ mariage et tolère le célibat. L’un exige de l’homme qu’il L, lutte même contre les besoins de sa nature, et lui tient compte pour le ciel de chacune des privations qu’il s’impose ; l’autre met sa perfection à satisfaire tous les besoins de l’homme et à mettre le moins souvent possible la -passion individuelle aux prises avec l'ordre social. Aussi, estce une objection à peu près abandonnée contre le divorce, que celle de son incompatibilité avec le dogme catholique; et la loi de 1816, votée sous l'influence de cette idée, n’est cependant aujourd’hui défendue que par des considérations empruntées à la religion, mais non à la politique et

à la morale. C'est sous ce seul point de vue que la question peut désormais être sérieusement traitée. L'intérêt des mœurs, en général, l'intérêt de la femme, l'intérêt des enfants, tels sont les éléments de la discussion. Lei Le divorce, par cela seul qu’il offre aux époux l'évenel «unalt. tualité d’une dissolution du mariage avec la faculté d’en former un nouveau, est un véritable encouragement aux désordres intérieurs. On nese plie pas aux exigences d’un état qu’ on peut changer, et la loi se rend complice de notre penchant à l’inconstance, quand elle dépouille l'union conjugale du caractère de la perpétuité; elle fait naître le. mal auquel elle veut remédier. Tel est l'argument capital contre le divorce, celui qui se reproduit sous diverses formes dans les discours, les écrits qui ont eu pour but de le combattre. Cet argument n’est pas resté sans réponse. S'il est vrai, a-t-on dit, que l'époux socffrira moins patiemment le mal auquel il pourra se soustraire, il faut bien reconnaître aussi que rien ne corrompt comme le pouvoir de faire le mal impunément; que tel époux qui, certain de conserver sa victime sous sa main, se jouera de tous ses engagements, de tous ses devoirs, les respectera davantage #il sait que cette victime peut invoquer le secours de la loi, et demander à un autre le bonheur légitime qu'il lui avait promis. Si donc, dans certains cas, le divorce doit rendre l’époux plus rebelle à la persécution domestique, dans d’autres aussi il préviendra cette persécution même. Et puis, à côté de l'inconvénient même du divorce, il faut voir le danger de son absence et se souvenir que notre nature sait toujours se venger du despotisme des lois, soit par le crime, qui est une réaction violente, soit par la corruption, qui est une sourde protestation. ; D'ailleurs, quels sont les caractères que la perspective d'un nouveau mariage portera à jeter le trouble au sei

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de la famille: ? Ce ne seront pas, à coup sûr, les caractères religieux et résignés : la passion seule ou l’immoralité pourraient se préoccuper de cet avenir de liberté. La passion ? Mais elle ne sait pas calculer et combiner des chances légales; elle est aveugle, et si elle ne l'était pas, elle se souviendrait que l’adultère, aux termes de la loi, sépare les deux complices par une barrière insurmontable, bien loin de les rapprocher. L’immoralité? Maïs quel besoin pour elle du divorce? La séparation lui offre tous les à TRS que le divorce lui offrirait et, de plus, cette sé- curité que les enfants qui naîtront pendant sa durée recevront un père de la loi.

Quant aux droits de la femme, les objections qu'on en tire partent d de deux principes opposés. Les résultats du divorce, disent les uns, ne sont pas égaux pour les deux

époux; homme sort du mariage avec son autorité et sa force, la femme n’en sort pas avec toute sa dignité; et de

tout ce qu’elle y a porté, pureté virginale, jeunesse, beauté, fécondité, fortune, elle ne retrouve que son argent.

Est-ce une loi protectrice de l’ordre, disent les autres, que la loi qui, dans un acte aussi important que celui de la dissolution du mariage, donne un droit égal, ou, pour mieux dire, une juridiction éventuelle à l'épouse, d’où naît inévitablement une prétention habituelle à l'égalité, et par conséquent l'anarchie domestique ?

A la première de ces objections, on peut répondre que si c’est la femme qui est exposée à perdre le plus par le divorce, c’est elle aussi qui a le plus besoin de ce secours de la loi. Le divorce ne rend pas à la femme sa virginité, sa pureté, cela est vrai; il la jette dans le monde dans cette situation fausse qui n’est ni celle de la fille, ni celle de la femme ou de la veuve : eh bien ! c’est une garantie que la fename ne recourra pas à ce moyen extrême sans la

plus impérieuse nécessité. A la seconde objection, la réponse est dans ces deux mots: la prééminencé du mari sur la femme ne peut jamais être le droit d’oppression du fort sur le faible.

Reste l'intérêt des enfants. Ici, nous devons rappeler que le désordre existe quand il s'agit d'y remédier ; que la famille est troublée ; que la question n’est pas pr la réconciliation et la rupture, mais entre un mode de rupture et un autre. | |

L'intérêt des enfants est compromis dès que le désordre existe, leur intérêt moral par les mauvais exemples qu’ils reçoivent, leur intérêt de fortune par les dissipations que le dérèglement entraîne d'ordinaire après lui.

Si vous offrez le choix aux époux entre la séparation et le divorce, ce choix sera dicté par la croyance religieuse de chacun. Celui à qui sa foi défendra de contracter un

nouveau mariage pendant la vie de son époux, celui-là

seul optera pour la séparation, et c’est alors que la sépa-

ration sera vraiment empreinte de plus de piété, de plus

de moralité même que le divorce, Car le célibat qu’elle impose sera un célibat volontaire, un sacrifice accepté. Maïs si vous faites de la séparation la loi générale, la loi unique et inflexible, alors vous jetez pêle-mêle dans la séparation c de corps, et les croyances qui acceptent le sa- Crifice, et les natures qui.sy refusent... Ne parlez plus de cébibat volontaire, c’est d'autre chose qu’il est maintenant question, c'est de l’adultère public et permanent. Ce n est plus alors la religion qui impose une privation à qui elle promet une récompense, c'est la loi qui inflige une peine perpétuelle 2 au malheur : c'est elle qui légalise en quelque

sorte le crime par l'excuse de la nécessité, et qui combine

avec les causes générales de corruption, les incompatibilités individuelles. Et alors, quels exémples pour les en-

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fants ! quelle influence pour leur éducation et leur avenir! La loi a voulu empêcher l'introduction d’une marâtre dans

la famille, et elle a ouvert la porte à une concubine. Elle a craint que l'éducation des enfants ne fût confiée à une sévérité trop inflexible, et elle leur met sous les yeux le spectacle de la dépravation et de l’immoralité.

Et qu’on ne fasse pas valoir contre le divorce cette scission de la famille qui va séparer les enfants, soit du père, soit de la mère, qui va répartir des frères et des sœurs autour de deux foyers où ils ne recevront d’autres enseignements que ceux du ressentiment et dela haine. Ces maux, qui ne sont que trop réels, ce n’est pas le divorce qui les a créés; ils existent presque tous au cas de secondes noces

comme au cas de divorce, et la séparation n’y sait pas.

plus de remède que lui.

Au reste, une considération puissante domine toute

cette question du divorce. Le divorce ne sera jamais réclamé é que dans les pays où al aura un. intérêt. et5ll n'a d'ir intérêt que | là où le mariage € est respecté. Dans les pays

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