SCÈNE 12e LEFÈVRE, GUILLAUME GUILLAUME
Comment ? mon oncle? Qu'est-ce qu’on vient de me dire ? quoi ? serait-ce vrai? Vous voulez divorcer ?
LEFÈVRE Ça t'étonne, ça mon p'tit ?
GUILLAUME Mais voyons, mon oncle, vous n’y pensez pas ? | LEFÈVRE À cause donc, mon n’veu que j'n’y pense pas ? GUILLAUME
Parce que vous n'avez pas le cœur de quitter ma pauvre tante qui vient d'entrer chez nous, elle pleure, elle se désole.
RE
LEFÉVRE
Ah! ça dis donc, mon n’veu, sais tu que tu es un tant soit peu girouette... Ce matin tu m'parlais bleu et ce soir tu m'réponds tout rouge ?... Tu me prêchais le divorce comme une chose des plus aimables et utile pour la société et à présent tu changes,de culotte ?
GUILLAUME (à part)
Diable de vieux! C’est qu’il y tient ?... Et c’est moi qui suis cause de cela (haut). Voyons, mon oncle, j’ai eu tort, le plus grand tort de vous parler ainsi, je m'en repens bien sincèrement et pour vous le prouver, je dois vous dire que je viens de faire la paix avec Thérèse ma femme, je lui ai demandé pardon de tous mes torts, elle m'a pardonné en pleurant de joie et, à dater de ce jour, je dis adieu à tous ces faux plaisirs, je me remets à l'ouvrage, je veux vivre heureux auprès de ma femme! Voyons, mon oncle, revenez de votre erreur ; imitez-moi, allez retrouver votre femme, ma pauvre tante et nous serons tous heureux
LEFÈVRE
C'est beau çal... C’est sensible!... Si j'avais le temps je pleurerais !... Moi!... retourner auprès de ma femme!... Mais non !... Mais non!... mon neveu, j'ai trop d’énergie!... Tu ne sais donc pas que Madame Lefèvre infectait avec moi un air de supériorité qui ne m’alait pas du tout? Mais, pas du tout ? du tout ?.. Et qu'une fois qu’elle avait dit oui, il n’ avait pas moyen de dire non ?... Je ne veux plus vivre ainsi, c’est trop abject !.. Le divorce étant dans les lois du royaume, je profite des lois du royaume !... A bas les monopoles !... Une fois n'est pas coutume !
Couper
Jusqu'à ce jour je fus trop bête !
Je suis las du conjungo
Chez moi, ce n’était qu'un casse tête - Et je n’était qu'un zéro
Rester avec ma femme
Non, non, ça n'se peut plus J'aimerai mieux sur mon âme Le Choléra Morbus !
GUILLAUME (à part)
A-t-on vû un vieil entêté semblable ? Mais, mon oncle, divorcer après quarante cinq ans de mariage ? y pensez vous ? Qu'’allez vous faire ?
LEFÈVRE
Ce que je vas faire ?.. Je ne suis pas en peine, j'ai des bras et des jambes, j'irai poser des fonds de culottes dans les cours étrangères !
GUILLAUME
Mais, mon oncle, réfléchissez…
LEFÈVRE
Hein ?... Refléchir ?.. Tout est réfléchi !..." Non! Non! Une fois n’est pas coutume, adieu mon n’veu.….. j'men vas chercher mon paquet.
(il sort)
SCÈNF 13°
GUILLAUME (seul)
Diable ! C'est que le bonhomme est capable de partir. Mais où diable peut-il aller ?.. oh! oui, c’est ma faute, mais y aurait jamais pensé que le père Lefèvre irait se fourrer
ans la tête de divorcer, de quitter sa femme... Ah! bath!
bath! C'est une folie et je ne le souffrirai pas, allons, il faut
arranger ça! Ah! j'ai une autre chose, c’est mon ouvrier . Rémi, il s’est tellement mis dans la tête queje voulais divorcer, qu'il en a parlé à plusieurs de ses amis et qu’il a la forme intentiow de venir ce soir faire sa demande à Thérèse (il rit) ah! ah ! ah ! Oui, mais j'ai prévenu tout cela, un voyage lui fera du bien, le pauvre Rémi, ne s’attend pas au tour que je lui ai joué à la commission des récompenses nationales ! Mais quel est ce bruit ?... c'est comme une batterie de cuisine en révolte 7... Mais Dieu me pardonne, je ne me trompe pas... oui... oui... c’est mon oncle !... Ah bien, ma parole d'honneur, c'est impayable !