LA GREFFIÈRE, LISETTE
LISETTE. — Comment donc, madame, on dit que vous mettez en joie tout le village? Est-ce à cause de la fète^, •ou si vous avez quelque sujet particulier de vous réjouir?
La GREFFIERE. — J'ai reçu les plus agréables nouvelles...
Lisette. — Il y aurait de l'indiscrétion, peut-être, de vous demander ce que c'est, madame.
La GREFFIÈRE. — Qu'ou blâme les devineresses tant qu'on voudra, je suis fort contente de la Duverger, pour moi.
Lisette. — Comment donc, madame?
La GREFFIÈRE. — Nous y voilà parvenues, ma pauvre Lisette; nous y touchons du bout du doigt, ma chère enfant.
Lisette. — Et à quoi, madame?
La GREFFIÈRE. — A cet heureux temps que la Duverger m'a tant promis à la fin du siècle ^ et à mon bonheur.
Lisette. — Et! qu'a de commun la fin du siècle avec votre bonheur, madame?
La GREFFIÈRE. — Je n'ai pas eu de grands plaisirs pendant le cours de celui-ci ; mais je vais passer l'autre agréablement, sur ma parole.
Lisette. — Voilà de beaux projets !
La GREFFIÈRE. — Je suis déjà veuve, premièrement.
Lisette. — Cela promet, vous avez raison. - La GREFFIÈRE. — Et je ne le serai pas longtemps encore.
Lisette. — Comment donc, madame?
La GREFFIÈRE. — C'est la saison des révolutions que la
1. Principaux personnages : la Gref- financière dite élection), cousine delà
fière (veuve d'un greffier, fille d'un huis- Greffière; M™« Carmin, négociante;
sier),belle-sœurdeM. Blandineau, pro- Lisette, servante chez les Blandineau. cureur au Chàtelet ; M"»" Blandineau, 2. La scène se passe dans un village
sa sœur; l'élue (femme de l'élu, ma- de la Brie, le jour de la fête annuelle, gistrat ciiargé de répartir la taille en- 3. Les Bourgeoises de qiialilc furent
tre les paroisses d'une circonscription jouées en 1700.