M-"" BLANDINEAU, LA GREFFIÈRE, L'ÉLUE, M-"" CARMIN, LISETTE
M""* Carmin. — Bonjour, ma chère madame Blandineau.
M™'' Blandineau. — Madame Carmin, voire 1res humble servante.
M"' Carmin. — Je ne puis pas être de votre souper, je m'en retourne à Paris; je viens prendre congé de vous, mes chères enfants.
La greffière. — Ah ! ne partez que demain, je vous prie; vous ne me refuserez point d'être témoin...
M™* Carmin. — Je ne puis différer mon départ : je viens de recevoir des nouvelles d'une affaire dont j'attendais la conclusion avec impatience; elle est finie, il faut que je parte.
L'élue. — Eh! quelle affaire, madame Carmin? Sont-ce des laines de Hollande, d'Angleterre, qui vous arrivent?
M™* Carmin. — Ah! fi donc! rien moins que cela, mesdames. Je quitte le négoce, je m'y suis enrichie. Cela est au-dessous de moi, à l'heure qu'il est : j'achète une charge à mon mari, je me fais présidente.
M'"'' Blandineau. — Vous, présidente, madame Carmin?
M"* Carmin. — Moi-même.
L'élue. — M""* Carmin, présidente !
W^" Carmin. — Oui, madame.
La greffière. — Et moi, comtesse, madame Carmin.
M™" Carmin. — Vous, comtesse, madame?
La greffière. — Oui, madame la présidente.
M""* Carmin. — J'en suis ravie, madame la comtesse.
M""* Blandineau. — Et moi je suffoque, je n'en puis plus.
L'ÉLUE. — Il y a pour en mourir ', je n'en reviendrai point.
Lisette. — Voilà de belles fortunes. Eh! M"'" Carmin remplira bien cette place-là.
M™^ Carmin. — Oh ! ce ne sera pas moi qui exercerai, ce sera mon mari ; mais je lui recommanderai certaines affaires.
La greffière. — Il sera bon d'être de vos amies.
M"^ Carmin. — Ce n'est qu'une charge de campagne, à la