M. TURCARET, LA BARONNE, MARINE
La BAROiNNE. — Je suis ravie de vous voir, monsieur Turcaret, pour vous faire des compliments sur les vers que vous m'avez envoyés.
M. TuRCARET, riant. — Ho, ho!
La baronne. — Savez-vous bien qu'ils sont du dernier galant? Jamais les Voiture ni les Pavillon' n'en ont fait de pareils.
M. Tlrcaret. — Vous plaisantez, apparemment?
La baronne. — Point du tout.
M. Turcaret. — Sérieusement, madame, les trouvez-vous bien tournés?
La baronne. — Le plus spirituellement du monde.
M. Tl'rcaret. — Ce sont pourtant les premiers vers que j'aie faits de ma vie.
La baronne. — On ne le dirait pas.
M". Turcaret. — Je n'ai pas voulu emprunter le secours de quelque auteur, comme "cela se pratique.
La baronne. — On le voit bien : les auteurs de profession ne pensent et ne s'expriment pas ainsi; on ne saurait les soupçonner de les avoir faits.
M. Turcaret. — J'ai voulu voir, par curiosité, si je serais capable d'en composer, et l'amour m'a ouvert l'esprit.
La baronne. — Vous êtes capable de tout, monsieur, et il n'y a rien d'impossible pour vous.
Marine. — Votre prose, monsieur, mérite aussi des compliments : elle vaut bien votre poésie au moins.
M. Tlrcaret. — Il est vrai que ma prose a son mérite; elle est signée et approuvée par quatre fermiers généraux.
Marine, à M. Turcaret. — Cette approbation vaut mieux que celle de l'Académie.
La baronne. — Pour moi, je n'approuve point votre prose, monsieur, et il me prend envie de vous quereller.
M. Turcaret. — D'où vient ^?
La baronne. — Avez-vous perdu la raison, de m'envoyer
1. Poète du XYni^ siècle. 2. EUi^ise, ^our d'oit liciit cela ?
250 It: Wlll'-' SIECI.h: PMt I.FS TH\Ti:s
un Itillel au porlcur? Vous faites tous les jours (|uoI(|u(> folio (■(Uiinio cela.
M. Ti lu;Alu^|■. — Vous vous nioijuez.
La hahonm:. — Di» combinn est-il, c(3 Itillel? Je n'ai pas pris garde à la somme, tant j'étais en colère contre vous.
M. TiKCARF/r. — Bon ! il n'est que de dix mille écus.
La bahonnne. — Comment, dix mille écus! Ah! si j'avais su cela, je vous l'aurais renvovi' siu--le-{'liain|).
M. TiucAKKT. — Fi doue!
La baronne. — Mais je vous le renverrai.
M. TuHCAHET, — Oh! vous l'avez reçu, vous ne le rendrez point.
Marine, bas, à part. — Oh ! pour cela, non.
La baronne. — Je suis plus ofTensée du motif que de la chose même.
M. Turcaret. — lié! pourquoi?
La baronne. — En m'accablant tous les jours de présents, il semble que vous vous imaginiez avoir besoin de ces lienslà pour m'allacher à vous.
M. Il rcaret, — Quelle pensée! Non, madame, ce n'est point dans cette vue que...
La baronne. — Mais vous vous trompez, m(jnsieur, je ne vous en aime pas davantage pour cela.
M. Turcaret. — Qu'elle est franche! qu'elle est sincère!
La baronne. — Je ne suis sensible qu'à vos empressements, qu'à vos soins...
M. Turcaret. — Quel bon cœur!
La baronne. — Qu'au seul plaisir de vous voir.
M. Turcaret. — Elle me charme... Adieu, charmante Philis*.
La baronne. — Quoi! Vous sortez sitôt?
M. Turcaret. -r- Oui, ma reine; je ne viens ici que pour vous saluer en passant. Je vais à une de nos assemblées, pour m'opposer à la réception d'un pied-plat, d'un homme de rien-, qu'on veut faire entrer dans notre compagnie. Je reviendrai dès que je pourrai m'échapper.
[// lui baise la main.)