Pf«é/rérfe. Profondément ému par. bonne justice
du blé à présent. — Que dites-vous? reprit l'acheteur : vous avez besoin de blé? j'en ai à vendre. Il n'y a que le prix qui vous étonnera peut-être; car vous saurez que le blé est extrêmement cher, et que la famine règne presque partout; mais rendez-moi mon argent, et je vous donnerai une mesure de blé, car je ne veux pas m'en défaire autrement, dussiez-vous crever de faim. »
Cependant' une maladie cruelle ravageait la contrée. Un médecin habile y arriva du pays voisin, et donna ses remèdes si à propos qu'il guérit tous ceux qui se mirent dans ses mains. Quand la maladie eut cessé, il alla chez tous ceux qu'il avait traités demander son salaire, mais il ne trouva que des refus. Il retourna dans son pays, et il y arriva accablé de fatigue d'un^ si long voyage. Mais bientôt après il apprit que la même maladie se faisait sentir de nouveau et, affligeait plus que jamais cette terre ingrate. Ils allèrent à lui cette fois et n'attendirent pas qu'il vînt chez eux. « Allez, leur dit-il, hommes injustes, vous avez dans l'âme un poison plus mortel que celui dont vous voulez guérir; vous ne méritez pas d'occuper une place sur la terre, parce que vous n'avez point d'humanité, et que les règles de l'équité vous sont inconnues : je croirais offenser les dieux qui vous punissent, si je m'opposais à la justice de leur colère. »
Tu as vu, mon cher Mirza, comment les Troglodytes périrent par leur méchanceté même, et furent les victimes de leurs propres injustices. De tant de familles il n'en resta que deux qui échappèrent aux malheurs de la nation. Il y avait dans ce pays deux hommes bien singuliers : ils avaient de l'humanité, ils connaissaient la justice, ils aimaient la vertu; autant liés par la droiture de leur cœur que par la corruption de celui des autres, ils voyaient la désolation générale et ne la ressentaient que par la pitié; c'était le motif d'une union nouvelle. Ils travaillaient avec une sollicitude commune pour l'intérêt commun; il n'avaient de différends que ceux qu'une douce et tendre amitié faisait naître; et, dans l'endroit du pays le plus écarté, séparés de
1. Cependant. Pendant ce temps. 2. D'un. Par un. Cf. p. 25, n. 3.
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leurs coiniialriolcs indignes lie leur |in''sencc, ils menaient une vie lioureuso et traïKiuillo. La lorre senihlail produire delle-iiiènie, cultivée par ces vertueuses mains.
Ils aimaient leurs femmes, et ils en' étaient tendrement chéris. Toute leur attention élait d'élever leurs enfants à la vertu^. Ils leur représentaient sans cesse les malheurs de leurs compatriotes et leur mettaient devant les yeux cet exemple si triste; ils leur faisaient surtout sentir que l'intérêt des particuliers se trouve toujours dans l'intérêt commun ; que vouloir s'en séparer, c'est vouloir se perdre; que la vertu n'est point une chose qui doive nous coiUer; qu'il ne faut point la regarder comme un exercice pénible, et que la justice pour autrui est une charité pour nous.
Ils eurent hientût la consolation des pères vertueux, qui est d'avoir des enfants qui leur ressemblent. Le jeune peuple qui s'éleva sous leurs yeux s'accrut par d'heureux mariages; le nombre augmenta, l'union fut toujours la même; et la vertu, bien loin de s'affaiblir dans la multitude, fut fortifiée, au contraire, par un grand nombre d'exemples.
Qui pourrait représenter ici le l)onheur de ces Troglodytes? Un peuple si juste devait être chéri des dieux. Dès qu'il ouvrit les yeux pour les connaître, il apprit à les craindre ; et la religion vint adoucir dans les mœurs ce que la nature y avait laissé de trop rude.
Ils instituèrent des fêtes en l'honneur des dieux. Les jeunes filles, ornées de fleurs, et, les jeunes garçons les célébraient par leurs danses et par les accords dune musique champêtre; on faisait ensuite des festins où la joie ne régnait pas moins que la frugalité. C'était dans ces assemblées que parlait la nature naïve; c'est là qu'on apprenait à donner le cœur et à le recevoir ; c'est là que la pudeur virginale faisait, en rougissant, un aveu surpris ^ mais Ijientùt confirmé par le consentement des pères; et c'est là que les tendres mères se plaisaientà prévoir de loin une union douce et fidèle...
Le soir, lorsque les troupeaux quittaient les prairies, et que les bœufs fatigués avaient ramené la charrue, ils s'assemblaient; et, dans un repas frugal, ils chantaient les