Sur le lac de Sienne
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agitation, la plungoaient dans une rêverie délicieuse, où ka nuit me surprenait souvent; sans que je m'en lusse aperçu. Le llux et le rellux de celte eau, son bruit continu, mais renflé par intervalles, frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi, et sullisaienl pour me l'aire sentir avec plaisir mon existence, sans prendre' la peine de penser. De temps ti autre naissait quelque faible et courte rédexion sur rinstabilité des choses de ce monde, dont la surface des eaux m'ollVait l'image; mais bientôt ces impressions légères s'efl'açaienl dans luniroriuité du mouvement continu qui me berçait, et qui, sans aucun concours actif de mon àme, ne laissait pas de mattacher au point qu'appelé par l'heure et par le signal convenu, je ne pouvais m'arracher de là sans elVort.
Après le souper, quand la soirée était belle, nous allions encore tous ensemble- faire quelque tour de promenade sur la terrasse, pour y respirer l'air du lac et la fraîcheur. On se reposait dans le pavillon, on riait, on causait, on chantait quelque vieille chanson [qui valait bien le tortillage^ moderne, et enfin l'on s'allait coucher content de sa journée et n'en désirant qu'une semblalde pour le lendemain.
Telle est, laissant à part les visites imprévues et importunes, la manière dont j'ai passé mon temps dans cette île durant le séjour que j'y ai fait. Qu'on me dise à présent ce qu'il y a là d'assez attrayant pour exciter dans mon cœur des regrets si vifs, si tendres et si durables, qu'au bout de quinze ans il m'est impossible de songer à celte habitation chérie sans m'y sentir à chaque fois transporter encore par les élans du désir.
[Rêveries d'un promeneur solilaire, cinquième promenade.)
1. Sans prendre. Cf. p. 35, n. 5. 3. Torlilldije. Contournemcnt, affcc-
2. L'ile avait pour seuls habilanls talion. un receveur el sa famille.