‹ Le Dix-huitième siècle par les textes, morceaux choisisChapitre 30 sur 340 · Disposés il. Sans doute, avec le signification · texte numérisé non relu

Disposés il. Sans doute, avec le signification

sens de disposés pour. A, dans la lan- 3. Etonnés. Cf. p. 14, n, 1.

était d'abord' prise par un autre, qui, outre la cause commune, avait encore une mort particulière à venger.

Tel fut le combat de rinjuslice et de la vertu. Ces peuples lâches, qui ne cherchaient que le butin, n'eurent pas honte de fuir, et ils cédèrent à la vertu des Troglodytes, même sans en être touchés. . *

Comme le peuple grossissait tous les jours, les Troglodytes crurent qu'il était à propos de se choisir un roi : ils convinrent qu'il fallait déférer la couronne à celui qui était le plus juste, et ils jetèrent tous les yeux sur un vieillard vénérable par son Age el par une longue vertu. Il n'avait pas voulu se trouver à cette assemblée; il s'était retiré dans sa maison, le cœur serré de tristesse.

Lorsqu'on lui envoya des députés pour lui apprendre le choix qu'on avait fait de lui : « A Dieu ne plaise, dit-il, que je fasse ce tort aux Troglodytes, que^ l'on puisse croire qu'il n'y a personne parmi eux de plus juste que moi! Vous me déférez la couronne; et, si vous le voulez absolument, il faudra bien que je la prenne; mais comptez que je mourrai de douleur d'avoir vu en naissant les Troglodytes libres et de les voir aujourd'hui assujettis. » A ces mots, il se mit à répandre un torrent de larmes. « Malheureux jour ! disait-il, et pourquoi ai-je tant vécu? » Puis il s'écria d'une voix sévère : « Je vois bien ce que c'est, ô Troglodytes I votre vertu commence à vous peser. Dans l'état oii vous êtes, n'ayant point de chef, il faut que vous soyez vertueux malgré vous^ : sans cela, vous ne sauriez subsister, et vous tomberiez dans le malheur de vos premiers pères. Mais ce joug vous parait trop dur : vous aimez mieux être soumis à un prince et obéir à ses lois, moins rigides que vos mœurs. Vous savez que pour lors vous pourrez contenter votre ambition, acquérir des richesses et languir dans une lâche volupté, et que, pourvu que vous évitiez de tomber dans les grands crimes, vous n'aurez pas besoin de la vertu. » Il s'arrêta un moment,

1. D'abord. Tout d'abord, tout de 3. On sait que le gouvernement désuite. Usage alors très fréquent. mocratique, selon Montesquieu, a pour

2. Que. Dépend de ce tort. Ce tort principe la vertu, consistant en ceci que.

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cl ses larmes conloriMil |ilns que jamais. « Et que prélendezvous' que je fasse? Coiiimenl se peut-il que je couiuiandc quelque chose à un Troglodyte? Voule/.-vous qu'il fasse une atlion vertueuse parce que je la lui commande, lui qui la ferait tout de môme sans moi ol par le seul ponclianl de la nature? 0 Troglodytes I je suis à la fin de mes jours, mon sang est glacé dans mes veines, je vais hientùl revoir vos sacrés aïeux; pourquoi voulez-vous que je les afflige, et que je sois obligé de leur dire que je vous ai laissés sous un autre joug que crlui de la vertu? »

[Lellres persanes ; lettres X-\IV.)

« COMMKNT PKl.T-ON ÊTRE PEHSAN î ))

IIICA A IDIiËN

A Smyrnp.

Les habitiinls de Paris sont d'une curiosité qui va jusqu'à l'extravagance. Lorsque j'arrivai, je fus regardé comme si j'avais été envoyé du^ ciel : vieillards, hommes, femmes, enfants, tous voulaient me voir. Si je sortais, tout le monde se mettait aux fenêtres; si j'étais aux Tuileries, je voyais aussitôt un cercle se former autour de moi; les femmes mêmes faisaient un arc-en-ciel nuancé de mille couleurs qui m'entourait. Si j'étais au spectacle, je trouvais d'abord' cent lorgnettes dressées contre ma figure; enfin jamais homme n"a tant été vu que moi. Je souriais quelquefois d'entendre des gens qui n'étaient presque jamais sortis de leur chambre, qui disaient entre eux : « Il faut avouer qu'il a l'air bien persan. » Chose admirable! je trouvais de mes portraits partout; je me voyais multiplié dans toutes les boutiques, sur toutes les cheminées, tant on craignait de ne m'avoir pas assez vu.

Tant d'honueurs ne laissentpas d'être à charge : je ne me croyais pas un homme si curieux et si rare, et, quoique j'aie

1. Prétendez-vous. Voulez-vous , 2. Du ciel. Par le ciel. Cf. p. 25, n. 3.

comptez-vous. 3./>'rt//orrf.Toutcrabord.Gf. p.55,n.l.

très bonne opinion de moi, je ne me serais jamais imaginé que je dusse troubler le repos d'une grande ville où je n'étais point connu. Cela me fit résoudre de quitter l'habit persan et d'en endosser un à l'européenne pour voir s'il resterait encore dans ma physionomie quelque chose d'admirable. Cet essai me fit connaître ce que je valais réellement. Libre de tous ornements étrangers, je me vis apprécié au plus juste. J'eus sujet de me plaindre de mon tailleur, qui m'avait fait perdre en un instant l'attention et l'estime publiques, car j'entrai tout à coup dans un néant affreux. Je demeurais quelquefois une heure dans une compagnie sans qu'on m'eût regardé et qu'on m'eût mis en occasion d'ouvrir la bouche ; mais si quelqu'un, par hasard, apprenait à la compagnie que j'étais Persan, j'entendais aussitôt autour de moi un bourdonnement : « Ahl ah! monsieur est Persan! C'est une chose bien extraordinaire! Comment peut-on être Persan! »

{Ihid., lettre XXX.)

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