LE TRICTRAC ET LES ÉCHECS
Le ciel devient-il sombre? Eli bien! dans ce salon, Près d'un chêne brûlant j'insulte à l'aquilon ; Dans cette chaude enceinte, avec goût éclairée, Mille heureux passe-temps abrègent la soirée. J'entends ce jeu bruyant où, le cornet en main, L'adroit joueur calcule un hasard incertain. Chacun sur le damier fixe d'un œil avide Les cases, les couleurs, et le plein et le vide : Les disques noirs et blancs volent du blanc au noir ; Leur pile croît, décroit. Par la crainte et l'espoir Battu, chassé, repris, de sa prison sonore Le dé, non sans fracas, part, rentre, part encore; Il court, roule, s'abat : le nombre a prononcé.
Plus loin, dans ses calculs gravement enfoncé, Un couple sérieux qu'avec fureur possède L'amour du jeu rêveur' qu'inventa Palamède^, Sur des carrés égaux, différents de couleur, Combattant sans danger, mais non pas sans chaleur, Par cent détours savants conduit à la victoire Ses bataillons d'ébène et ses soldats d'ivoire. Longtemps des camps rivaux le succès est égal ; Enfin l'heureux vainqueur donne l'échec fatal, Se lève, et du vaincu proclame la défaite. L'autre reste atterré dans sa douleur muette, Et, du terrible mat à regret convaincu, Regarde encor longtemps le coup qui l'a vaincu.
{L'Homme des champs, chant I.)
1. Rêveur. Qui exige de la réflexion. 2. Héros grec, qui prit part au siè
Cf. p. 350, n. 3. de Troie.
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Aprôs vingt ans d'absence, Do retour au hameau (|u'hol)ila mon enfance, Dieux! avec quel transport je reconnus sa tour, Son moulin, sa cascade, el les prés d'alentour, Ce ruisseau dont mes jeux tyrannisaient les ondes, Rebelles comme moi, comme moi vagabondes, Ce jardin, ce verger, dont ma furtive main Cueillait les fruits amers, plus doux par le larcin, Et l'humble presbytère, et l'église sans faste, Et cet étroit réduit que j'avais cru si vaste, Où, fuyant le bâton de l'aveugle au long bras, Je me glissais sans bruit, et ne respirais pas. Et jusqu'à cette niche, oij ma frayeur secrète A l'œil de l'ennemi dérobait ma retraite. Où sur le sein d'Églé, qui partageait ma peur, Un précoce plaisir faisait battre mon co'ur!
0 village charmant 1 ù riantes demeures,
Où, comme ton ruisseau, coulaient mes douces heures!
Dont les bois et les prés, et les aspects touchants,
Peut-être ont fait de moi le poète des champs!
Adieu, doux Chanonat', adieu, frais paysages!
Il semble qu'un autre air parfume vos rivages ;
Il semble que leur vue ait ranimé mes sens.
M'ait redonné la joie, et rendu mon printemps.
Cette clôture^ même où l'enfance captive Prête aux tristes leçons une oreille craintive. Qui de nous peut la voir sans quelque émotion? Ah 1 c'est là que l'étude ébaucha ma raison ; Là, je goûtai des arts les premières délices ; Là, mon corps se formait par de doux exercices. Ne vois-je point l'espace où, dans l'air s'élançant. S'élevait, retombait le ballon bondissant ?
1. Dans le Puy-de-Dôme, i)r('S de 2. CW/«rc. Généralement barrière qui
Clermont-Ferrand; Delille y était né. clôt; ici, le bâtiment qu'elle enclôt.