ZAÏRE, LUSIGNAN, CHATILLON, NÉRESTAN
Quel ornement, madame, étranger en ces lieux? Depuis quand l'avez-vous?
ZAÏRE
Depuis que je respire.
Seigneur... eh quoi! d'où vient que votre àme soupire? {Elle lui donne sa croix.)
LUSIGNAN
Ahl daignez confier à mes tremblantes mains...
ZAÏRE
De quel trouble nouveau tous mes sens sont atteints!
(// l'approche de sa bouche en pleurant.) Seigneur, que faites-vous?
1. Le Soudan de Jérusalem, Orosmane, aime sa captive Zaïre, qui a été élevée dans la religion chrétienne. Nérestan, chevalier français, parti depuis deux ans pour chercher la rançon des prisonniers de marque faits par Orosmane, obtient à son retour leur délivrance, sauf celle de Zaïre elle-même, que le soudan veut épouser, et du vieux Lusignan, qu'il gardera comme otage.
Mais voici que Lusignan reconnaît dans Nérestan son fils, et dans Zaïre sa fille ; il veut que celle-ci se déclare chrétienne, qu'elle repousse l'amour d'urosmane. Zaïre, avant de se décider, y une entrevue avec Nérestan; Orosmane, ne sachant pas que Nérestan est le frère de la jeune fille, croit qu'elle le trahit et la tue, puis, quand il connaît la vérité, se tue lui-même.
LUSIGNAN
0 ciel! ô Providence!
IMes yeux, ne trompez point ma timide espérance; Serait-il bien possible? oui, c'est elle... je voi' Ce présent qu'une épouse avait reçu de moi, Et qui'de mes enfants ornait toujours la tète, Lorsque de leur naissance on célébrait la fêle. Je revois... je succombe à mon saisissement.
ZAÏRE
Qu'entends-je? et quel soupçon m'agite en ce moment? Ah! Seigneur!...
LUSIGNAN
Dans l'espoir dont j'entrevois les charmes, Ne m'abandonnez pas, Dieu qui \oyei mes larmes ! Dieu mort sur cette croix, et qui revis pour nous. Parle, achève, ô mon Dieu! ce sont là de tes coups. Quoi ! madame, en vos mains elle était demeurée? Quoi ! tous les deux'^ captifs et pris dans Césarée ^ ?
ZAÏRE
Oui, Seigneur.