Henri VIII. Cf. .railleurs p. 1 ii. 3. Cf. p. 15, n
2. Correxpnmlunce. Rappoi-ts d'af- 4. As>tiirer. Etablir solidement, faires.
et un appui qui les soutienne dans les langueurs' et dans les horreurs de celte vie.
Depuis Job jusqu'à nous, un très grand nombre d'hommes a maudit son existence ; nous avons donc un besoin perpétuel de consolation et d'espoir. Votre philosophie^ nous en prive. La fable de Pandore^ valait mieux ; elle nous laissait l'espérance, et vous nous la ravissez I La philosophie, selon vous, ne fournit aucune preuve d'un bonheur à venir. Non ; mais vous n'avez aucune démonstration du contraire. Il se peut qu'il y ait en nous une monade^ indestructible qui sente et qui pense, sans que nous sachions le moins du monde comment cette monade est faite. La raison ne s'oppose point absolument à cette idée, quoique la raison seule ne la prouve p.is. Cette opinion n'a-t-elle pas un prodigieux avantage sur la vôtre ? La mienne est utile au genre humain, la vôtre est funeste; elle peut, quoi que vous en disiez, encourager les Néron, les Alexandre VI et les Cartouche ; la mienne peut les réprimer.
Marc-Anlonin% Epiclète, croyaient que leur monade, de quelque espèce qu'elle fût, se rejoindrait à la monade du grand Être ; et ils furent les plus vertueux des hommes.
Dans le doute où nous sommes tous deux, je ne vous dis pas avec Pascal : Prenez le plus sùr'^. 11 n'y a rien de sûr dans l'incertitude. Il ne s'agit pas ici de parier, mais d'examiner : il faut juger, et notre volonté ne détermine pas noire jugement. Je ne vous propose pas de croire des choses extravagantes pour vous tirer d'embarras; je ne vous dis pas: Allez à la Mecque baiser la pierre noire" pour vous instruire ; tenez une queue de vache à la main ; affublez-vous d'un scapulaire, soyez imbécile et fanatique pour acquérir la
1. Luiif/iieurs. Tristesses qui dépri- sur la terre. Seule, l'ospérance resta ment l'âme. au fond.
2. Voltaire s'adresse à d'IIûlljach, 4. Monade. Principe essentiel de l'èqui soutenait l'athéisme. tre, dans la philosophie de Leibnitz.
3. Pour punir Prométhée, ravisseur 5. Antonin le Pieux, empereur rodu feu céleste, Zeus lui envoya Pan- main du n« siècle.
dore, la première femme, à iaijuelle il 6. Allusion au fameux pari de Pas-
avait remis une boite mystérieuse con- cal. Cf. Peiisce.t, édit. Havet, X, § 1.
tenant tous les maux. Prométhée re- 7. Pierre sacrée, que l'archange Ga-
fusa ce présent suspect. Mais son frère, briel avait apportée du ciel, et qui fut
Epiméthée, se laissa séduire et ouvrit placée au centre de la mosquée de La
la boite, d'où les maux se répandirent Mecque.
lis i.E wiih- sik<:le l'Ali Li-:s Ti-:xri:s
favour de rKlro dos iHres. Je vous dis : Gonlinuez à cultiver la vertu, à être bienfaisant, à regarder toute superstition avec horreur ou avec pitié ; mais adorez avec moi le dessein cpii se manifeste dans toute la nature, et par conséquent l'auteur de ce dessein, la cause i)rim()idialc et linale de tout; espérez avec moi que notre monade', qui raisonne sur le grand Ktre éternel, pourra être heureuse par ce grand Etre même. Il n'y a point là de contradiction. Vous n'en ^ démontrerez ]>as l'impossibilité, de même que je ne puis vous démontrer mathématiquement que la chose est ainsi. Nous ne raisonnons guère en métaphysique que sur des probabilités; nous nageons tous dans une mer dont nous n'avons jamais vu le rivage. Malheur à ceux qui se battent en nageant! Abordera qui pourra; mais celui qui me crie : « Vous nagez en vain, il n'y a point de port, » me décourage et m'ùte toutes mes forces.
De quoi s'agit-il dans notre dispute? De consoler notre malheureuse existence. Qui la console? Vous ou moi?
Vous avouez vous-même, dans quelques endroits de votre ouvrage, que la croj^ance d'un Dieu ^ a retenu quelques hommes sur le bord du crime : cet aveu me suffi!. Quand cette opinion n'aurait prévenu'* que dix assassinats, dix calomnies, dix jugements iniques sur la terre, je tiens " que la terre entière doit l'embrasser.
La religion, dites-vous, a produit des milliasses^ de forfaits ; dites : la superstition, qui règne sur notre triste globe ; elle est laplus cruelle ennemie de l'adoration pure qu'on doit à l'Être suprême. Détestons ce monstre qui a toujours déchiré le sein de sa mère ; ceux qui le combattent sont les bienfaiteurs du genre humain ; c'est un serpent qui entoure la religion de ses replis ; il faut lui écraser la tête sans blesser celle qu'il infecte et qu'il dévore.
Vous craignez « qu'en adorant Dieu on ne redevienne bientôt superstitieux et fanatique » ; mais n'est-il pas à
i. Miiiuidf. Cf. p. 147, n. i. tleranl (le i/iietiiiie citnse pour le itrloiiriier.
2. En. Cf. Iti = dan» cola. 5. Je -liens. Plus souvent employé
3. La croijaiice d'un Dieu. Dahs le sens dans la langue classique au sens de je passif; cf. la crainte de Dieu. soutiens.
4. S'ttura/t prévenu. K'auTa-W empè- 6. ililliasses. Une niilliasse, c'est ché;/;réce«(>, c'est, dans ce sens, «//crrt«- mille milliards.
ir.M /;. \17//'' SIECA.E /'.»« LES TEXTES
craindre qu'en le niant on ne s'abandonne aux passions les plus atroces et aux crimes les plus affreux ? Kntre ces deux excès, n'y a-t-il pas un milieu très raisonnable? Où est lasile entre ces deux ('cueils? l.e voici : Di(Mi, ol des lois sages.
Vous artiniioz qu'il n'y a (|u'un pas de l'adoration à la superstition. 11 y a l'infini pour les esprits bien laits : et ils sont aujourd'hui en grand nombre; ils sont à la télé des nations, ils influent sur les mœurs publiques ; et, d'année en année, le fanatisme, qui couvrait la terre, se voit enlever ses détestables usurpations.
Je répondrai encore un mot à vos paroles de la page 2-23. *' Si l'on i)résume des rapports entre l'homme et cet être incroyable', il faudra lui élever des autels, lui faire des présents, etc. ; si l'on ne conçoit rien à cet élre, il faudra s'en rapporter à des prêtres qui... etc., etc., etc. » I.e grand mal, de s'assembler au temps des moissons pour remercier Dieu du pain qu'il nous adonné ! Qui vous dit de faire des présents à Dieu ? l'idée en est ridicule : mais où est le mal de charger un citoyen qu'on appellera vieillard ou prêtre^ de rendre des actions de grâces ù la Divinité au nom des autres citoyens ?
Un sot prêtre excite le mépris; un mauvais prêtre ins|)ire l'horreur; un bon prêtre, doux, pieux, sans superstition, charitable, tolérant, est un homme qu'on doit chérir et res- ])ecter. Vous craignez l'abus, et moi aussi. Unissons-nous pour le prévenir^ ; mais ne condamnons pas l'usage quand il est utile à la société, quand il n'est pas perverti par le fanatisme ou par la méchanceté frauduleuse.
J'ai une chose très importante à vous dire. Je suis persuadé que vous êtes dans une grande erreur ; mais je suis également convaincu que vous vous trompez en honnête homme. Vous voulez qu'on soit vertueux, même sans Dieu, quoique vous ayez dit malheureusement que « dés que le vice rend l'homme heureux, il doit aimer le vice » ; proposition affreuse que vos amis auraient dû vous faire effacer. Partout ailleurs vous inspirez la probité. Cette dispute philosophique ne sera
1. /Hcrwya/'/e. Ce mot s'emploie rare- 2. PnVrc. Signifie ('tymoiojïiqiiement
ment dans ce sens avec un nom de per- rieiltard. sonne. 3. l'irienir. Cf. ]>. 118, n. i.
qu'entre vous et quelques philosophes répandus dans l'Europe : le reste de la terre n'en entendra point parler; le peuple ne nous lit pas. Si quelque théologien voulait vous persécuter, il serait un méchant, il serait un imprudent qui ne servirait qu'à vous affermir et à faire de nouveaux athées.
Vous avez tort; mais les Grecs n'ont point persécuté Épicure, les Romains n'ont point persécuté Lucrèce. Vous avez tort ; mais il faut respecter votre génie et votre vertu €n vous réfutant de toutes ses forces.
Le plus bel hommage, à mon gré, qu'on puisse rendre à Dieu, c'est de prendre sa défense sans colère; comme le plus indigne portrait qu'on puisse faire de lui, est de le peindre vindicatif et furieux. Il est la vérité même : la vérité est sans passions. C'est être disciple de Dieu que de l'annoncer d'un cœur doux et d'un esprit inaltérable*.
Je pense avec vous que le fanatisme est un monstre mille fois plus dangereux que l'athéisme philosophique. Spinosa^ n'a pas commis une seule mauvaise action : Chastel et^ Ravaillac, tous deux dévots, assassinèrent Henri IV.
L'athée de cabinet' est presque toujours un philosophe tranquille; le fanatique est toujours turbulent. Mais l'athée de cour, le prince athée pourrait être le fléau du genre humain. Borgia^ et ses semblables ont fait presque autant de mal que les fanatiques de Munster*^ et des Gévennes^ je dis les fanatiques des deux partis ^ Le malheur des athées de cabinet est de faire des athées de cour. C'est Chiron^ qui élève Achille; il le nourrit de moelle de lion. Un jour Achille traînera le corps d'Hector autour des murailles de Troie, et immolera douze captifs innocents à sa vengeance.
Dieu nous garde d'un abominable prêtre qui, le casque en tête et la cuirasse sur le dos, à l'âge de soixante et dix ans, ose signer de ses trois doigts ensanglantés la ridicule excom-
1. Inaltérable. Dont v'mn n'altère la 5. César Borgia. justice et rimpartialité. 0. Les anabaptistes.