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Le docteur E. Hamy: sa vie et ses travaux (1842-1908)

Le Dr E. Hamy succombait, à soixante-six ans, le 18 novembre 1908, et sa mort a causé chiez tous ceux qui l’ont connu une douloureuse surprise. En dépit de sa constitution robuste et de la vigueur de son esprit, demeuré toujours jeune, le mal qui le minait depuis longtemps l’enlevait brusquement à l’affection des siens.

Une intimité de plus de quarante ans m’a permis de connaître et d’apprécier ce savant, qui se faisait une idée si haute de la science, cet homme si bon et si serviable, cet ami si loyal et si dévoué qui se' donnait tout entier à ceux qu’il avait choisis. Aussi n’est-ce pas sans une profonde émotion que je viens rappeler la part considérable qu’il a prise à l’enrichisseiment du patrimoine scientifique de notre pays, ainsi que les qualités qui lui ont valu l’estime et les sympathies de tous.

Le Dr Théodore- Jules-Ernest Hamy était né à Boulogne-sur- Mer en 1842.

Dès son enfance, son esprit curieux des choses de la nature l’avait attiré déjà vers l’histoire naturelle et, devenu jeune homme, son père l’avait envoyé à Paris étudier la médecine.

Le 12 août 1868, Hamy présentait et soutenait devant la Faculté de médecine de Paris une thèse remarquable sur l'Os inter maxillaire de Vhomme à. l'état normal et pathologique, qui fut couronnée par la Faculté dans le concours des thès3s de 1868, et reçut de la Société Anatomique la médaille d’or du

prix Godard, 1869. Haimy orientait, d’ailleurs, sa carrière dans une direction scientifique. Externe du Dr Charcot, à la Salpêtrière, il entrait résolument dans la voie qu’il devait suivre jusqu’à la fin de sa vie, en devenant (1868-1869) le préparateur de Broea au laboratoire d’ anthropologie à l’Ecole pratique des hautes études. C’est là que, sous l’égide de notre maître commun, dont le charme de renseignement nous avait définitivement entraînés vers l'anthropologie, nous avons appris et mis en pratique les méthodes craniologiques encore bien nouvelles, que devait, quelques années plus tard, vulgariser le professeur Topinard, cet autre élève préféré de Broea.

La similitude de nos goûts nous rapprocha et nous lia, par la suite, d’une inaltérable amitié.

En 1872, Hamy quitta le laboratoire de Broea pour entrer, comme aide-naturailiste, au Muséum, qu’il ne devait plus quitter, et qu’il illustra par ses travaux et par son enseignement. Dans cette nouvelle situation, il devint le collaborateur dévoué de M. de Quatrefages, qu’il suppléa maintes fois, et auquel il succéda lorsque celui-ci mourut, le 12 janvier 1892, âgé de quatre-vingt-deux ans.

Les Nouvelles Archives du Muséum renferment quelquesuns des mémoires les plus importants du Dr Hamy, et je ne citerai que les suivants : Recherches sur les origines de l'enseignement de V Anatomie humaine et de l'Anthropologie au Jardin des Plantes ; Vespasien Robin, herboriste du Roy ; Jean le Roy de la Boissière et Daniel Rebel, peintres d'histoire naturelle du commencement du XVIIe siècle ; les Anciennes Ménageries royales et la Ménagerie nationale fondée le H brumaire an II ; le Père de la Zoologie française, Pierre Gilles, d'Albi ; et, tout récemment, la Mission d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire en Espagne et en Portugal (1808). Lorsque le Bulletm du Muséum d'histoire naturelle fut créé, en 1895, Hamy en devint l’un des plus actifs collaborateurs ; il lui a donné plus de quatre-vingts articles, qu’il réunissait en volumes de vingt-cinq, sous le titre d 'Analecta historico-natura-

lia. L’intérêt que le Dr Hamy prenait au Jardin des Plantes le fit désigner par Alphonse Milne -Edwards connue archiviste du Muséum et, en cette qualité, il alla s’installer à côté de son idépôt de documents, qu’il enrichit sans cesse, au second étage de la vieille maison de Buffon, 36, rue Geoffroy-Saint- Hitaire. Cette nomination était pleinement justifiée par d'innombrables publications, parmi lesquelles je citerai l’album des peintures inédites de J. -B. Hilair, représentant les divers aspects du Jardin des Plantes (1894).

Lorsque, en 1869, M. Duruy organisa renseignement supérieur libre de la Salle Gers on, Hamy fut chargé d’un cours sur l’histoire naturelle des races humaines.

Peu après les événements de 1870-1871, Hamy publiait son Précis de Paléontologie humaine , le premier traité qui ait été consacré à l’ anthropologie préhistorique. Cet ouvrage eut, dès son apparition, le plus grand succès. Une introduction expose le point de départ de la nouvelle science, en fixe les limites et discute les bases des classifications générales qu’on a proposé de lui appliquer.

Le premier chapitre est une histoire fort complète et, jus-

que-là bien ignorée, des idées qui se sont succédé depuis l’antiquité jusqu’à nos jours sur l’ancienneté du groupe humain.

Il rend plus particulièrement justice aux efforts de Jussieu, le créateur de l'ethnographie comparée. Les chapitres suivants développent ce que l’on savait ou croyait savoir, eu 1870, de l’homme qui vivait aux époques géologiques antérieures à l’époque actuelle. Hamy a cherché notamment à établir qu’il n’y a de classification possible pour les premiers âges que celle qui repose sur l’étude des modifications de la faune qui vivait autour de l’homme.

Enfin, il is’iappuie constamment sur l’examen des choses actuelles pour en tirer des lumières qui viennent éclairer l'ethnographie des peuples primitifs. C’est ainsi qu’il accentue les analogies, d’une part, entre les instruments en pierre des premières époques et ceux des tribus australes d’aujourd’hui ; d’autre part, entre l’industrie des troglodytes de la Vézère

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et celle, des sauvages actuels des régions les plus septentrionales du globe.

En 1875, Hamy commençait, au Jardin des Plantes, une longue série de conférences destinées aux voyageurs du service des missions scientifiques du Ministère de l’instruction publique.

Dès son entrée au Muséum, Hamy réorganisa la collection d’anthropologie, ainsi que le laboratoire de recherches, dont il fut le véritable fondateur, et qui devint bientôt le rendezvous des anthropologistes du monde entier.

La collaboration de de Quatrefages et de Hamy fut remarquablement féconde pour l’ anthropologie. La craniologie — constituée à l’état de science positive par Bilumenbach, Retzius et Broea — ne possédait pas encore d’ouvrage présentant des groupements systématiques des innombrables matériaux réunis jusqu’à ce jour (1875-1882). C’est alors que le Dr Hamy eut l’idée de son plus important ouvrage, les Crama ethnica.

Le 8 juin 1870, il signait avec J. -B. Baillière un traité pour la publication de cet ouvrage considérable, qui parut en 1882, en un volume grand in-4 et un atlas de 100 planches. Invité par l’auteur à donner son nom pour la publication, Broea is’y refusa, déclarant honnêtement que, n’ayant pas pris part à la composition du livre, il n’avait aucun titre à en recueillir l’honneur ; de Quatrefages, dont Hamy allait devenir le collaborateur, put, avec quelque droit, signer l’œuvre collective, mais, dans l’avertisisement, il fit la déclaration suivante : (( Cet ouvrage est donc une œuvre commune à M. Hamy et à moi, en ce sens que les idées en ont été précisées, que l’ordre dans lequel elles devaient être exposées a été arrêtéi, que les conclusions ont été formulées à la suite d’études et de causeries qui nous mettaient aisément d'accord. Mais, cela fait, la réalisation de l’ouvrage est restée, à bien peu de chose près, en entier à la charge de M. Hamy. » D’ailleurs, dès 1873, dans lia séance de l'Académie des sciences du 2 juin, de Quatrefages avait, en son nom et en

celui du Dr Hamy, présenté un résumé d’après les Cranici ethnica des Races humaines fossiles.

L’examen des caractères physiques des différentes races dont l’ensemble forme le groupe humain avait acquis, depuis Cuvier et Geoffroy-Saint-Hilaire, une importance que les recherches antérieures ne lui ont point attribuée. On a reconnu notamment que l’ostéoloigie, et surtout la craniiologie appliquée à la classification des races humaines, devenait, pour tous ceux qui se consacrent à l’étude scientifique de l’humanité, un auxiliaire indispensable, et l’on a accumulé de tout côté mémoires sur mémoires, analysant avec plus ou moins de précision les traits les plus constants relevés soir des sujets appartenant à tous les peuples de la terre. Il fallait faire un ensemble de tous ces morceaux épars, pour qu’il devînt possible d’en tirer les renseignements utiles aux recherches des naturalistes et des historiens.

Dans cet ouvrage, on trouve, d’une part, l’analyse de tout ce qui avait été fait dans le domaine de la cnamiologie ; on y rencontre, d’autre part, plusieurs milliers d’ohservation's nouvelles qui, combinées à celles qu’avaient antérieurement publiées les écrivains spéciaux, viennent fournir une baise particulièrement solide à la classification des races et à l’étude de leurs relations dans le passé et dans le présent.

Une première partie du livre fait connaître ce que- l’on savait à l’époque des races humaines fossiles ou réputées telles.

Les races humaines actuelles sont étudiées de la même manière que les races primitives dans leurs caractères, dans leurs rapports entre elles et dans leur distribution géographique. On constate, par exemple, que les Négritos composent le substratum ethnique du Sud-Est de l’anciien monde, depuis le Kumaon jusqu’aux montagnes de Travancore, et depuis Formose jusqu’à Timor, tandis que deux races nègres de petite taille, très voisines de celle-là, probablement très anciennes aussi, forment la population fondamentale du Nord- Oueist de la Mélanésie, d’une part, de l’Afrique équatoriale, de l’autre. Puis ce sont les Pygmées d’Homère et les Noubas

d’Eratosthène qui reprennent leur place dans la classification des races nègres. L’étude des Soudaniens a montré les relations étroites qu’offrent entre elles les nations qui s’étendent de la grande courbure du Niger jusqu’au Nil supérieur ; les différences, au contraire, que présentent des Nègres avec les Mandingues et les Cafres ou Bantou s.

Les races jaunes sont décomposées, à l’aide de la morphologie crânienne', en un certain nombre de groupes très distincts, qui s’échelonnent du Mongol proprement dit et du Turcoman au Chinois et à l’Eskimo.

Les Polynésiens, que l’on avait trop intimement reliés aux Malais, en sont détachés et réunis, au contraire, aux Indonésiens, distingués avec le même soin des Indo-Mongols.

Harny a repris l’étude des races américaines et établi leur groupement naturel, que Morton avait méconnu. Sans doute, l’existence d’une première population commune à presque tout le Nouveau-Monde ressort de la comparaison des renseignements fournis par l’examen des sépultures anciennes des Etats-Unis, du Mexique, du Bas-Pérou, etc.

Les races blanches, enfin, subissent, grâce aux recherches d’Hamy, un nouveau groupement conforme, tout à la fois, aux données historiques et naturelles. D’une part, les Lapons, les Ougriens et une partie des Finnois, de l’autre les Ligures, les Celtes (de la Celtique de César), les Slaves forment des groupes homogènes. Les Scandinaves et les autres peuples qui s’y rattachent historiquement viennent se masser autour des primitifs constructeurs de dolmens, considérés comme leurs ancêtres.

L’ouvrage se termine par l’étude détaillée des documents que l’on possède sur la Perse et sur l’Inde, sur les Egyptiens, les Kouschites et les Berbères, enfin sur les Sémites et en particulier sur les Arabes et sur les Juifs.

En résumé, malgré ce qu’a de systématique une classification fondée uniquement sur la connaissance de la tête, il se trouve que, presque toujours, la répartition à laquelle cet examen conduit, coïncide avec le groupement que dicte l’exa-

men méthodique de tous leurs caractères, de quelque ordre qu’ils soient. Hamy a montré que l’étude de la tête osseuse permet à elle seule de distinguer, dans l’immense majorité des cas, les divers éléments ethniques qui entrent dans la composition d’un peuple.

Piainni ises innombrables travaux anthropologiques, Hamy avait fait, durant la seconde partie de sa carrière scientifique, une part prépondérante à l’ethnographie comparée, comme le prouvent quelques-unes de seis plus importantes publications.

Le couronnement de ce genre d’études auxquelles s’était livré Hamy avec cette ardeur juvénile que lui connurent ses contemporains, fut la création, en 1880, du magnifique musée ethnographique du Trocadéro, qui est véritablement son œuvre. Il sut en rassembler rapidement les éléments avec une remarquable habileté. Il entassa donc dans ce palais, qui n’a pas été construit pour un musée, des merveilles, dont une grande partie n’a jamais été accessible au public, faute de gardiens, de place et d’argent. Un peu découragé, il se retira, à la fin de 1906, et eut la satisfaction de voir son assistant au Muséum, M. le Dr René Verneau, choisi pour lui succéder.

Le groupement et le classement des importantes séries du musée du Trocadéro avait mis Hamy en présence d’un grand nombre de monuments d’origine américaine.

Il avait donné aux Bulletins de la Société d' Anthropologie , en 1882, un Mémoire sur les mutilations dentaires au Mexique et dans le Yucatan et, en 1886, un Coup d'œil d'ensemble sur les résultats des fouilles de M. D. Charnay dans le massif du Popocatepetl, En 1885, il avait écrit une importante introduction pour les Mémoires sur la peinture didactique et l'écriture figurative des anciens Mexicains, par J.-M.-A. Aubin, membre de la Commission scientifique du Mexique. Grâce à une généreuse subvention du duc de Loubat, Hamy avait publié, en 1897, en un grand in-folio, la Galerie américaine du musée d' ethnographie du Trocadéro.

L’introduction de ses Recherches historiques et archéologi -

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ques , parues en 1880, est un chapitre de magistrales synthèses. iLa publication du manuscrit mexicain de la Bibliothèque du Paliais-Bourbon est un remarquable exemple de l’esprit perspicace de Hamy dans l’interprétation des rituels et des livres divinatoires des populations précolombiennes de l’ Amérique.

Une circonstance heureuse avait fourni à Hamy l’occasion de donner plus d’extension à ses recherches dans le domaine de b américanisme. Il fut invité, en 1892, par la Municipalité de Gênes et le Gouvernement espagnol, à assister aux fêtes commémoratives de la découverte de l’ Amérique, célébrées à Gênes et à Huelva. Hamy rappelait volontiers les péripéties de ce voyage, qu’il fit avec quelques amis et collègues, et dont il gardait un très agréable souvenir. A Huelva, il rencontra le duc de Loubat qui, à la suite des fêtes en l’honneur de Christophe Colomb, pris d’une vive passion pour les études américaines, lui donna les moyens de fonder la Société des Américanistes de Paris. Cette Société avait pour objet l’étude historique et scientifique du continent américain et de ses habitants depuis les époques les plus anciennes jusqu’à nos jours. Hamy fut le président de la nouvelle Société, et M. H. Cordier le premier secrétaire général.

Comme l’a si excellemment rappelé M. Babelon dans le discours qu’il a prononcé aux funérailles de Hamy, il avait été amené tout naturellement, par le cours de ses études ethnographiques, à considérer les circonstances qui accompagnèrent la découverte des populations dont il voulait décrire les caractères physiques et moraux. Le Dr Hamy, par une naturelle évolution de sa curiosité sans cesse en éveil, a dû examiner les monuments qui subsistent encore des connaissances géographiques du moyen âge. Bientôt, la géographie générale historique, rhistoire des grandes découvertes dans l’ancien et le nouveau monde, l’explication des cartes marines, des mappemondes, la biographie même des grands voyageurs et des grands navigateurs à l’âge héroïque des Christophe Colomb, des Arneric Vespuce, des Vaseo de Gama,

des Jacques Cartier, tel fut le domaine nouveau qui passionna Hamy pendant de longues années, et sur lequel il écrivit des livres qui firent de lui le représentant le plus autorisé de cette science de la géographie, dans laquelle s’étaient déjà illustrés les d’Anville, les Gosselin, les Walknaer, les Jomard, les d’Avezac. Nul autre n’a, mieux que lui, montré comment s’est préparée à la longue, dans le monde latin, la conquête scientifique du globe. Il me suffira de rappeler une série de monographies des géographes catalans, majorcains, italiens et français, ses mémoires sur la mappemonde dressée en 1339 par Angelino Dalcert ; sur la mappemonde de Diego Ribero de 1520, sur la carte magrebine du xne siècle, due à un géographe arabe et conservée à la Bibliothèque Ambrosienne ; enfin, sur la plupart des documents du même genre que possèdent les musées et bibliothèques de l’Europe.

Dans ses recherches sur l’histoire des savants, Hamy se montre admirablement informé, mais plus curieux des hommes eux-mêmes que de leurs doctrines scientifiques. Tel est, par exemple, le caractère du volume consacré à Geoffroy Saint-Hilaire, dont il a publié et annoté la correspondance durant la campagne 'de Bonaparte en Egypte. Il en est de même du recueil des lettres américaines d’ Alexandre de Humbo'ldt, de la biographie si curieuse que Hamy a consacrée à Joseph Dombey, explorateur du Pérou, du Chili et du Brésil de 1778 à 1885, et dont la fin dans les prisons de l’île de Mont- Serrat fut si lamentable ; les biographies d’Aimé Bonplamd, explorateur de l’Amérique du Sud, et d’Alexandre Lesneur, explorateur de l’Amérique du Nord, collaborateur de François Peron dans sa célèbre expédition aux terres australes sont écrites dans le même esprit.

Cherchant ainsi à mettre en relief les physionomies trop oubliées de ces hardis voyageurs, et réparant parfois de véritables injustices historiques. Hamy ne dissimulait pas son penchant bien naturel de faire revivre de préférence ceux de ces personnages qui avaient des liens d’origine avec Boulogne-sur-Mer ou la Basse-Picardie. C’est dans cet esprit qu’il

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écrivit ce livre si attachant sur François Panetié, premier chef d’escadre des armées navales, de 1626 à 1692, dédié à la marine boulonnaise ; c’est pour cela également qu’il publia la correspondance du cardinal Mazarin avec le maréchal d’Aumont, ce dernier ayant été gouverneur de Boulogne de 1742 à 1789. Poussé enfin par le même sentiment, il donna à la Bibliothèque de cette ville trois gros volumes de documents relatifs à l’histoire de la marine boulonnaise.

'L’enisemMe imposant de ces travaux restera comme l’un des côtés originaux de la carrière scientifique d’Ernest Hamy.

Dans toutes ses recherches sur les origines de l’humanité ou sur les premières civilisations, de môme que .sur les peuples actuels, qui ont embrassé toutes leis branches des sciences anthropophysiques, depuis l'anatomie, l’ethnologie, la linguistique, le Folk-Lore et l'archéologie jusqu’à l’histoire, Hamy était l’un des savants de notre époque les mieux documentés.

Hamy, de janvier 1882 à décembre 1889, avait publié sa Revue d' Ethnographie, qui contient quellques-uns de ses travaux les plus importants ; le nombre de ses occupations lui fit abandonner la direction de ce périodique qui, le 1er janvier 1890, fusionna avec les Matériaux pour Vhistoire primitive et naturelle de l'homme, de Cairtailhac et Chantre, et la Revue d' Anthropologie, de Topinard, pour former le nouveau recueil, l'Anthropologie, qui, sous la direction de MM. Boule et Verneau, continue sa prospère carrière scientifique.

L’Institut et les Sociétés savantes ont rendu hommage au savoir de cet infatigable chercheur, dont les productions forment une bibliothèque de plus de mille numéros. M. le professeur Henri Cordier, de l’Institut, à qui je dois nombre de renseignements sur les travaux de notre ami commun, on dresse actuellement le volumineux catalogue. Cet important travail viendra compléter lu notice biographique qu’il consacre à ce grand travailleur.

Mais Hamy n’a pas seulement rendu service par ses nombreuses publications, il faisait, avec la plus grande générosité,

part à ceux gui l’entouraient de sa prodigieuse richesse bibliographique. Quand on causait avec lui de questions scientifiques, il était rare qu’il ne mît pas son interlocuteur t les traces de quelque document ou de quelque ouvrage rare ou peu connu. Tous ceux qui ont fréquenté son laboratoire ou le musée ethnographique connaissent sia serviabilité. Il avait les mains toujours ouvertes et prêtes à donner sans compter les matériaux d’étude accumulés par lui.

Hamy était le maître le plus obligeant et le plus bienveillant qui fût, toujours disposé à aider les chercheurs, et particulièrement les jeunes ; il avait ainsi le don de gagner d’emblée les sympathies de ceux qui rapprochaient. Partout, au laboratoire comme dans les nombreuses Assemblées scientifiques où il fut recherché, il était de bon conseil, il donnait l’exemple de l’activité et indiquait la bonne direction des recherches.

Il faisait partie de la Société d’ Anthropologie de Paris depuis 1867 et en fut président deux fois, en 1884 et en 1906.

-La Société de Géographie de Paris, dont il était membre depuis 1873, l’appela, en 1876, au sein de la Commission centrale, et il ne cessa de prendre à la direction de cette Société une part des plus actives. Deux fois président de la Commission centrale, en 1888 et 1896, il avait été de nouveau, en 1908, appelé à la présidence de la Société, où il allait continuer la tradition de ses illustres prédécesseurs, de Quatrefages et Milne-Edwards, comme lui professeur au Muséum.

C’est en 1890 qu’il entra à l’Institut, Académie des inscriptions et, en 1900, à l’Académie de médecine.

Membre de l’Association française pour l’avancement des sciences depuis sa fondation, il en fut le président en 1901.

La Société française d’histoire de la médecine avait tout particulièrement éveillé l’attention d’Ernest Hamy. Il en fut le président en 1902 et, comme de bien d’autres Sociétés aux travaux desquelles il participa, il en fut le bon génie.

Le Dr Hamy prenait une part considérable, non seulement aux travaux des Sociétés auxquelles il appartenait, mais aussi

à ceux des nombreux Congrès scientifiques dont souvent il dirigea les séances. Président de la Société des Traditions populaires^ il présida également, en 1901, la session d’Ajaccio de l’Association française pour l’avancement des sciences, à la suite de laquelle il visita Florence et le Nord de l’Italie. Depuis 1872, Hamy suivait assidûment le Congrès international d’anthropologie et d’archéologie préhistoriques, qu’ après Alexandre Bertrand et de Quatrefages, il présida à Monaco en 1906.

Sa débordante activité scientifique lui permettait de donner sa précieuse collaboration aux recueils les plus variés; outre les périodiques déjà cités, je mentionnerai : la Nature, la Revue cV Anthropologie, le Journal de V Anatomie et de la Physiologie de M. Ch. Robin, le Bulletin hebdomadaire de V Association scientifique de France, la Revue scientifique , le Journal Asiatique, le Musée archéologique, VArchivio per V Antliropologia e la Etnologia, le Bulletin de la Société des Sciences historiques et naturelles de Semur, les Archives des Sciences de la Bibliothèque Universelle, les Mémoires de la Société géologique de Normandie, la Revue des Pyrénées, le Recueil de V Académie des Sciences de Paris, de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon, les Archives de Médecine navale, le Bulletin scientifique de la France et de la Belgique publié par Alfred Giard, the Journal of the Anthropological Institute, la Gazette médicale de Paris, le Bulletin de la Société française d'histoire de la médecine, la Revue Archéologique, la Revue de Géographie, etc.

En dehors des Sociétés savantes, auxquelles iil consacra beaucoup de temps, un grand nombre d’ Académies ou d’Associations scientifiques françaises et étrangères avaient tenu à le compter parmi leurs membres d’honneur ou leurs associés, Je citerai entre autres : la Société de Biologie, la Société des Traditions populaires, la Société académique die Boulogne-sur-Mer, l'Académie royale des sciences de Suède, l’Académie des Sciences de Lisbonne, la Société Philosophique Américaine de Philadelphie, la Reale Aoademia de la His-

toria, la Société Royale des Antiquaires du Nord, les Sociétés de Géographie de Berlin, Bordeaux,, Genève, Lyon, Marseille, Vienne, etc. ; les Sociétés d’ Anthropologie de Bruxelles, Londres, Lyon, Saint-Pétersbourg, Moscou, Rome, Stockolm, Vienne, etc., etc.

L’activité du Dr Hamy était inlassable. En outre de ses travaux personnels, il trouvait le temps de s’occuper de l’œuvre de diverses grandes Commissions officielles, comme celles de la topographie des Gaules et de la géographie de l’ancienne France. Membre du Comité des travaux historiques et scientifiques, il devenait, en 1886, le secrétaire de la section de géographie historique et descriptive de ce Comité. Il était également un des membres les plus actifs de la Commission des missions scientifiques et littéraires. Fréquemment rapporteur des travaux des voyageurs du Ministre de l’Instruction publique, il leur a rendu des services considérables. Quand Hamy s’était intéressé une fois à une mission, il ne la perdait plus de vue et suivait d’une sollicitude constante le voyageur et son œuvre. Comme l’a rappelé à ses funérailles son dévoué collaborateur, le Dr Verneau, « la veille du dénoûment fatal, alors que l’organisme s’affaiblissait à vue d’œil, la vie semblait se concentrer dans son puissant cerveau, il nous parlait d’un mémoire qu’il n’a pu achever, et qui lui tenait pourtant à cœur ; il s’agissait de mettre en relief le mérita d’un de ses élèves, un explorateur, à qui on n’avait pas suffisamment rendu justice. Et, celui-là, comme tous ceux à qui il avait accordé son estime et qu’il avait pris en amitié, il ne l’oubliait point ».

Hamy n’a pas eu non plus la satisfaction de voir paraître le deuxième volume de la Bibliothèque d'histoire scientifique, dont il avait entrepris la publication en 1907. Le premier volume renferme la correspondance d’Alexandre de Humboldt avec François Arago, 1809-1853 ; le isecond volume, qui était presque terminé, est intitulé les Débuts de Lamarck, suivis de recherches sur Adanson, de Jussieu, Pallas, Geoffroy Saint-Hilaire, Georges Cuvier, etc. La piété filiale de Mme Du-

bard-Hamy n’a pas. voulu que l’œuvre de son père restât inachevée et eille a chargé un de ses meilleurs amis et son confrère à l’Institut, M. Henri Cordier, de terminer la publication de ce volume, qui contient tant de riches documents.

Adjoint à la Commission égyptienne de l’Exposition universelle de 1867, Hamy a organisé, à ce titre, l’Exposition ethnologique dont Mariette avait réuni les matériaux.

Choisi par A. de Longpérier comme secrétaire des groupes I et IX de l’Exposition rétrospective de 1878, il a très activement collaboré, avec Alexandre Bertrand, à l’installation de la première section (antiquités primitives, gauloises, romaines et franques) et organisé avec M. G. Schilumberger la neuvième (art oriental, ethnographie).

Il avait pris une part importante à l’Exposition provisoire des missions scientifiques qui avait eu lieu au commencement de la même année, au Palais de l’Industrie, et fait cinq conférences sur les collections américaines que cette Exposition contenait. Il a contribué ensuite à mettre en ordre la première salle de l’Exposition du Ministère de l’Instruction publique au Champ-de-Mars.

Hamy a dû, à titre de conservateur du Musée d’Ethnographie, s’occuper des diverses Expositions auxquelles ce Musée a été appelé à participer (Venise, Nice, Toulouse), et, en particulier, de celle de l’Ouest Africain, ouverte en 1886, dans la grande Orangerie du Jardin des Plantes.

Il a été chargé de plusieurs missions scientifiques : sur la proposition de M. Ed. Lartet, professeur au Muséum, il alla fouiller les cavernes de la vallée de la Dheune, à Santenay (1870). Sur la proposition de M. de Quatrefages, il a été recueillir, pour le Muséum, les matériaux d’études trouvés dans les fouilles de Léry (Eure), de Montiloet (Eure-eOLoir), etc... En 1869, Hamy avait été invité à faire partie du groupe de savants qui devaient assister à l’inauguration du canal de Suez. Il y rencontrait son compatriote Mariette, alors en pleine activité, et qui lui inspira le goût de l’archéologie. Il

remonta plus tard dans ,1a Haute-Egypte, visita Pliilae et Eléphantine ; il a rapporté de cette expédition un album rempli de dessins d’un véritable mérite, qu’il ne montrait guère qu'à ses intimes. Non seulement Hamy dessinait d'une manière agréable, mais il modelait habilement et il a exécuté un excellent médaillon en grandeur naturelle de son ami et patron de Quatrefages. Ce voyage d’Egypte lui permettra plus tard de donner à la Revue d' Anthropologie (2e série, IV) son mémoire sur les Nègres de la vallée du Nil.

En 1874, il a été envoyé en Danemark et en Suède par l’administration du Muséum, pour y étudier les riches collections spéciales que possèdent ces deux pays.

Hamy fit partie de la délégation que le Ministère de l’instruction publique envoya, en 1879, au Congrès de Moscou (Broca, Chantre, Gabriel de Mortillet et Topinard). 11 fut chargé en même tempis d’étudier, dans l’intérêt du Musée d'ethnographie qu’on allait fonder à Paris, les grandes collections de même nature (Berlin, Dresde, Moscou, Copenhague, Leydie, etc., etc.) qui existent à l’étranger.

En 1881, il a fait partie de la délégation du Ministère de l’instruction publique à l’Exposition et au Congrès de géographie de Venise.

En 1887, enfin, il a été chargé d’une mission en Tunisie, pour y étudier spécialement l’archéologie et l’ethnographie berbères.

Les distinctions honorifiques ne lui firent pas défaut. Hamy était officier de la Légion d’honneur et officier de l’Instruction publique, commandeur de l’ordre d’Isabelle la Catholique, commandeur de l’ordre de Saint- Charles de Monaco, officier de l’ordre de Léopold, chevalier de l’Etoile Polaire, de Saint-Stanislas, des Saints Maurice et Lazare, etc., etc.

Nous avons vu Hamy dans son enseignement, dans son laboratoire et dans toutes les fonctions qui lui ont été confiées, le maître éminent dont l’autorité ne se discutait pas. Les relations commencées à propos de questions scientifiques devenaient bientôt avec lui des relations d’amitié.

Arrivé -aux honneurs, il ne se départit jamais de sa charmante simplicité et de son extrême bienveillance.

Telle fut — à grands traits — la vie si bien remplie de es puissant travailleur, de cet homme au cœur si bon et si droit, dont la mémoire restera impérissable chez tous ses amis et ses collaborateurs.

Lyon. — Imprimerie A. Rit et C‘*.

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