‹ Le docteur illuminé. RomanChapitre 2 sur 51 · IL À ETÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE · texte numérisé non relu

IL À ETÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE

Trente exemplaires sur papier hollande,

dont cinq hors commerce, numérotés à la presse

de 1 à 25 et de 26 à 30.

1 exemplaire sur papier japon.

US He em à ee + : e re FRS 1e. + o e 9, rc : 4 € © & : ee °.,.e e e. © e ‘e ee. » à EN # rr e nm na e r- ,. °°. ec es » a e

e e. e 6 ° CEA « e + e LT .* “ tee re

Fee Le ARE LL e

er 077599 à ne 0.6 LL

. ee .e 40. se .

. ee 00e 0e çe ° . © °

CU .e o ose.

Tous droits de traduction, reproduction et adaptation réservés pour tous pays.

TR “me ol

PRÉFACE

La première intention de ce livre s’est éveillée en nous il y a deux ans et nous a bientôt conduit à visiter les Îles Baléares. En considérant, à Miramar, dans le belvédère isolé au-dessus de la mer, la petite lampe et la table boiteuse près desquelles, assure la légende, Ramôn Lull fit un beau rêve d'amour et de fraternité universelle, nous fûmes, . de façon décisive, séduit par ce personnage, pas- . stonné et chimérique, intrépide et généreux, troubadour sous la robe du moine, sensuel jusque devant la Vierge Marie, chemineau de l'idéal, paillard et modèle de vertus, philosophe, inventeur, porte-étendard de la « guerre pour Dieu » près des pontifes et des rois, Doctor barbatus et illuminatus, enfin cemartyr béatifié à qui, dit-on, Rome songe à ménager une place dans l’authentique liste des Saints.

En traversant son domaine de Manacor et déjà ieux instruit, par plusieurs entretiens avec des Ilistes dont le nombre est si grand dans Mayor- , que, nous nous primes donc à analyser, de très près, NE la figure historique de l’admirable artiste qui écrivit

\ Blanquerna. Plusieurs soirs durant, sur cette terre bénie où le voyageur ne rencontre point de casinos, \ nous avions pu nous faire traduire, de ce chef-d’œuvre, les. pages essentielles, composées en cette langue | mayorquine du x11° siècle qui, — pour un Français

se

eue

d'aujourd'hui, un peu tenace et se souvenant de son professeur de latin, — n’oppose, d’ailleurs pas toujours, à l'intelligence du texte, un obstacle insurmontable.

Plus tard, à Paris nous complétâmes cette étude plus en détail et d’une façon encore plus approfondie.

Mais c’est en approchant du haut plateau, où sur la montagne de Randa, les Franciscains entretiennent, avec une ardente vénération, la mémoire de l’Illuminé, que nous résolûmes, — avec une intention méthodique fidèlement observée, depuis, ainsi que l’on va en juger, — de rassembler tous les matériaux utiles pour composer, sitôt notre rentrée en France, une biographie de Ramôn Lull.

Nous n’eûmes point de peine à nous faire entendre, approuver et aider, et sans délai, au pays même du « croisé venu trop jeune en un Siècle trop vieux ». C’est avec la plus cordiale sympathie et le plus parfait désir de nous faciliter notre tâche que des admirateurs de l’infatigable pélerin, — historiens spéccialisés sur un thème si riche en développements, com- Dilateurs et éditeurs de ses œuvres, prêtres de villages, abbés du séminaire de Palma, — nous chargerent de compacts volumes, ouvrirent devant nous, dans les bibliothèques ecclésiastiques ou privées, les livres et les recueils parchemines où il était parlé de l’illustre Baléare, et où sa gloire apparaissait sous quelque forme, en prose, en vers, de même que pa l’image. |

Etonne de retrouver si vivant dans les âmes d'aujourd'hui le souvenir d'un homme dont les restes reposent, depuis 1315, à l'Eglise de Saint- François, nous découvrions, presque à chaque pas, en nous laissant conduire à travers les rues de la pittoresque capitale de Mayorque, un lulliste encore

PRÉFACE

Ne2)

qui, libéralement et utilement, ajoutait à notre butin. et arrondissait, d’une précieuse référence, notre abondante glane. |

C'est qu’à vrai dire, dans la grande Baléare, tout le monde est lulliste à quelque titre. À côté du savant qui étudie et commente les écrits, du religieux qui prie le « Béato », de l’archiviste et du bibliophile qui conservent comme reliques tout ce qui fut publié à son propos.et tout ce qui affère à son existence de gentilhomme, de père de famille, d’explorateur du monde chrétien, d’apôtre et de martyr, 1l y a l’unanimité des fidèles qui, à Palma, se sont tous recueillis dans l'ombre de la chapelle, sous le sarcophage et l’épitaphe, et qui, dans les campagnes, bourgeois, paysans, fermiers, ouvriers, marchands, laissent s’éclairer leur visage d’un radieux sourire sitôt qu’un étranger s’avise de leur parler de don Ramôn, de l'honneur perpétuel que vaudra sa naissance à l’île fortunée, et du splendide exemple que sa sainte existence continue à donner à la terre entière.

Lorsque cette sainteté aura reçu l'approbation d’un sceau pontifical, le jour où Lull aura gagné le procès qui le fera, devant les hommes de foi, l’égal de Saint Augustin et de Sainte Monique, Mallorca, et avec elle Menorca, lviza, Cabrera et Formentera, seront instantanément pavoisées, de la proue à la * poupe, comme des bateaux de fête. Un portique de

fleurs et de palmes se dressera, devant l’arcade,

contre la maison qui remplace le logis du maître, Plaza Mayor. Des guirlandes se balanceront, non loin, à l’endroit même où la Vierge apparue l’invita à baiser le pied de l'Enfant; on suspendra des couronnes aux mâûts des bateaux qui se sont mis sous la protection d’un nom si agréable à Dieu; peut-être même voudra-t-on revoir les vénérables ossements

qui, pourtant, et depuis des siècles, furent exposés

trop de fois à des regards pieusement indiscrets. Des processions dérouleront leurs traînes inter-

minables, les plis de leurs bannières et l’inflexion

de leurs cantiques, sur les routes de Deya et de

Valdemossa, jusqu’au Collège des missionnaires, maintenant ruiné, tout rempli de silence, pressé par les herbes sauvages, entre l’écrasante falaise et les petites criques vertes et bleues où se joue, parmi les rochers, le flot mourant de la Méditerranée. Des foules graviront les pentes de Randa après avoir dévasté la réserve des provisions hâtivement accu-

mulées dans la seule auberge d’Algaïda, le bourg

voisin d’où commencent à s'élever les sentiers. Chaque pélerin attachera à son vêtement une petite branche de millepertuis et l’on montrera aux enfants les buissons de cette plante abondante qui, tout autour de la grotte mutilée par la haine des sectaires, pousse à l’endroit même où Lull apprit à lire l'arabe et l’hébreu, sur l'envers des feuilles prodigieuses. Les heureux Franciscains de la Cura s’autoriseront une infraction à la règle et boiront du vin, car, quel que soit le jour où ils sauront la nouvelle de Lulil sanctifié, ce sera un jour férié.

La statue du bienheureux Ramôn, dans l’avantcour du Colegio de Sapiencia à Palma, celle que l’on voit au jardin Darbara Mora, à Esporlas, et qui est l’œuvre de Gugliermo Galmes; l'effigie qui fut scellée sur la Puerta mayor à la cathédrale palmasane; le tableau de l’Eglise d'Andraitx, où l’on reconnaît Lull assis près d’un crucifix, au moment d’écrire, un ange tenant un livre et, de l’autre main, lui tendant une plume d’oie; telle autre œuvre peinte qu’on attribue à Mesquida (?) et qui, Plasa de la Ceo, dans une collection particulière, montre une

PRÉFACE | 5

figure symbolique de l’Immaculée Conception entre Lull et Escolo, qui furent l’un et l’autre défenseurs de ce dogme alors controversé ; la peinture sur verre provenant dé l’ex-couvent de Santa-Maria; le Martyre de 1315, toile de Salvator Torres y Gafaro (Collection de feu Antonio Blanes), enfin l'immense composition qui décore, malheureusement trop enfumée, le réfectoire du monastère de Randa : autant de trésors qui se partageront l'hommage d’une population ravie, enfin récompensée d’une séculaire mais confiante espérance. Un |

On verra que notre entreprise n’allait bas sans un long et minutieux dépouillement de références. Nous avons essayé, autant qu’il nous fut possible, de ne point donner à notre ouvrage le caractère d’une compilation aride. Tout au contraire notre intention de chaque instant fut de conserver, entier, son caractère romanesque à cette existence qui: fut véritablement, et en effet, un roman. Nous l’avons subdivisée en épisodes, suivant de près, dans ses étapes infiniment variées, le chemineau de Jésus- Christ, ivre du désir de persuader la création entière que le temps des croisades n’était pas mort, encore qu'il le fût très certainement. Les notes que nous avons cru devoir adjoindre à ce récit éclaireront ceux qui, dépassant la forme purement « d’aventures » d'une œuvre dont le héros tient du Juif errant et de don Quichotte, voudront des précisions et des sources. Nous sommes bien loin d’avoir tenu compte de tout ce qui nous tomba sous les yeux, mais nous pensons avoir, dans ceite documentation, respecté une jusie mesure, qui facilitera aux uns les moyens d'aller, s’il leur plaît, s'informer plus généralement sur les questions où se fixerait leur curiosité, et aux autres de ne se laisser retenir que par le spectacle

d’une existence aussi bien remplie que peu commune.

Ajoutons que, nous préoccupant très assidûment par ailleurs, de l'avancement des sciences métapsychiques, ayant été des premiers à concevoir la valeur essentielle des recherches poursuivies par de nombreux savants modernes, tant en France qu’a l'étranger, pour mettre au jour quelques-unes des lois mystérieuses qui commandent encore la phéènoménologie supranormale; ne voulant pas ignorer que la vie des saints personnages fut, de tous les temps. une illustration même de ce fait que de telles créatures possèdent en elles des forces, occultes mais désormais incontestables, qui les servent pour provoquer des manifestations longtemps considérées comme surnaturelles, nous avons cru devoir tirer, de la vie de Ramôn Lull, quelques enseignements de nature psychique. Ici encore, une étude très étendue eût pu être entreprise. On nous excusera de l’avoir seulement indiquée de loin, et à peine ébauchée, car elle n'est qu'un commentaire incident au travail que nous nous étions proposé. Il ne nous apparaît cependant pas inutile que touchant la vie « supra-

normale » de Ramôn Barbatus, ces quelques premiers .

jalons aïent été poses. Nous serions heureux si, un jour, une plume plus autorisée en ce genre d’inves-

tigations, reprenait les modestes suggestions que

nous adjoignons à notre livre et leur donnait les dévelopbements qu'elles comportent.

Page 1