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108 LE DR JACQUES LABRIE tive, Augustin-Norbert Morin, Louis-Michel Viger, Jacques Viger, William-Henry Scott, député du comté des Deux-Montagnes conjointement avec le Dr Labrie, Pierre LeBlanc, Amable Berthelot, Jean- Baptiste Dumouchel, Charles Boucher de Grosbois, Côme-Séraphin Cherrier ; quelle élite de citoyens ! quelle noce splendide !

Hélas ! un mois après ce joyeux événement, jour pour jour, la scène était changée : le village de Saint-Eustache était en deuil, et pleurait la perte d'un de ses

meilleurs citoyens, le Dr Labrie. Le dé-

viction qu'ils valaient mieux que leur fortune, avaient arraché ces hommes à leurs métiers, à leur commerce .... Jetés, sans lumières et sans expérience, au milieu des troubles politiques, ils y portèrent cet instinct d'énergie qui est le même dans tous les temps, généreux dans son principe, mais irritable à l’excès, et sujet à pousser les hommes hors des voies de l’humanité.... Je ne puis regarder avec indifférence ce peu de noms et cette courte histoire, seul * monument d’une révolution qui est loin de nous, il est vrai, maïs qui fit battre de nobles cœurs, et excita ces grandes émotions que nous avons tous ressenties ou partagées.” (Œuvres d’'Augustin Thierry, édit. de 1861, t. III, p.185).

puté des Deux-Moniagnes avait assisté à toute la session de l'assemblée législative, le printemps précédent ; puis, de retour à Saint-Eustache, il s'était occupé, avec son activité et son zèle ordinaires, de l’organisation de ses écoles. Sitôt après le mariage de sa fille, il entreprit de les visiter, et parcourut sans relâche toutes les paroïsses du comté des Deux-Montagnes, afin de pouvoir, sans doute, rendre compte à la chambre, qui allait s'ouvrir desnouveau le 15 novembre, du fonctionnement de la loi scolaire de 1829. Mais sa“ constitution faible et délicate ” ne put résister à ce surmenage. ‘“ Il contracta, dit le Dr Tessier, une péripneumonie ” qui le conduisit au tombeau. Il n'avait que quarante-huit ans.

La plupart de ceux qui avaient assisté au mariage du Dr Chénier, entr’autres, MM. Papineau, Viger et Morin, revinrent.

à Saint-Eustache, rendre leurs derniers devoirs à cet ami de cœur, à ce citoyen distingué. il fut inhumé le 29 octobre:

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dans l’église de la paroïsse. (1)

J’âi essayé, au cours de cette esquisse, de montrer ce que fut le Dr Labrie comme citoyen, comme homme politique, comme écrivain ; j'ai fait connaître en même temps la plupart de ses qualités personnelles. Un mot achèvera ue dépeindre l’homme privé : jamais il n’oublia l’humble condition d’où il était sorti. Arrivé à une position honorable et élevée dans la société canadienne, il n’eut jamais rien plus en horreur que la sotte vanité du parvenu. ‘* Un parvenu, écrit le duc de

Broglie, a le tort de regardersouvent d’un

(1) ‘ Le vingt-neuf octobre mil huit cent trente-un, par nous curé squssigné a été inhumé dans l’église de cette paroisse le corps de Jacques Labrie, écuyer, médecin, membre du parlement, décédé le vingt-six du courant, âgé de quarante-huit ans, époux de Dame Marie-Marguerite Gagnier, de cette paroisse. Témoins de l’inhumation, Louis-Joseph Papineau, écyer, orateur de la chambre d’assemblée, Augustin- Norbert Morin, écuyer, membre du parlement, -et autres, soussignés avec nous. (Signé) L.-J. Papineau, A.-N. Morin, J.-B. Laviolette, L.-M. Viger, J.-0. Chén'er, M. LeMaire, LaMothe, Augustin Blanchet, Ptre, Yves Tessier, J. Pà- -quin, Ptre. ?” (Registres de Saint-Eustache.)

mauvais œil la modeste chaumière où son père, par le travail de ses mains, a posé les fondements de sa fortune. ” Le Dr Labrie aimait à revoir de temps en temps le toit paternel, le modeste village qui l'avait vu naître ; (1) il aimait à entendre la messe dans la petite église paroissiale où il avait été baptisé, à rencontrer ses amis d’enfance, à revoir le cimetière où reposaient ses ancêtres.

J'ai vu moi-même le vénérable M. Morin—il était alors juge de la cour d’appel, de passage à Saint-Charles, où il avait des parents et beaucoup d’amis, entrer dans le cimetière et aller s’agenouiller sur la tombe de quelques personnes chères qui y étaient inhumées. Il paraît que Labrie en faisait autant : 11 avait le culte des sentiments du cœur, la religion des souvenirs.

(1) Ce qu’un orateur appelle ‘‘la petite patrie, ?” c’est-à-dire, le coin de terre natale, la vieille cité, le village même, que nous avons connu et aimé avant la grande patrie commune, faite des traditions nationales et de tous les souvenirs qui nous attachent à elle par ses douleurs comme par ses gloires. (Correspondant du 25 août 1895, p. 786).

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On peut conjecturer par là ce qu’il était dans sa vie privée, et, comme il a été dit récemment d’un illustre académicien, ce qu'il cachaït, au foyer domestique, de tendresse, de charme, d'indulgente et cordiale simplicité. ” (1) :

Le Dr Labrie léguait à sa famille peu de fortune ; il avait tout donné aux pauvres, tout sacrifié à la cause de l'éducation. En revanche, il laissait ug nom respecté et le souvenir de services précieux rendus à son pays.

Une de ses dernières paroles, sur son lit de mort, avait pour objet son Histoire du Canada, qui lui avait coûté tant de travail ; il exprimait l’espoir qu’elle serait un jour publiée, et qu’il pourrait ainsi continuer, même après sa mort, à rendre quelque service à.ses compatriotes.

(1) Etude sur M. Taine, dans le Correspondant du 25 mare 1893.

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