PAULINE, AURÉLIE
AURÉLIE, lui prenant la main et la ramenant.
Deux mots, je t’en prie... chère cousine... Un jour de fête doit porter bonheur à tout le monde... et j’en profite pour m’acquitter d’un grave mandat, dont le succès me tient au cœur...
Pauline, souriant.
Parlez, Madame l’ambassadrice.
AURÉLIE
Et d’abord, une question... Aimes-tu quelqu’un?...
PAULINE
Personne.
AURÉLIE
Il n’est pas, dans ce pays, un beau jeune homme (il faut toujours le supposer ainsi) dont l’arrivée te trouble, dont le départ t’attriste?... et dont l’absence te fait rêver ?
PAULINE
Non.
Vraiment... c’est à merveille!... c’est ainsique je te voulais.. . Donc, si un gentilhomme, jeune, brave, portant un beau nom, ne manquant enfin que... de ce qui fait le seul mérite de M. de Barbantane, s’offrait pour mari à ma belle cousine?
PAULINE
Ma mère me dicterait ma réponse.
AURÉLIE
Ta mère?... sans doute... Mais, toi, d’abord?..
PAULINE
Non, Aurélie, non... ma mère seule... ma vie, mon avenir, mon cœur même, rien n’est à moi... tout appartient à ma mère... Ce langage t’étonne?... ah ! c'est qu’il est, vois-tu, de ces impressions de l’enfance qui s'étendent sur toute la vie... la sollicitude
et les soins maternels ont mis en moi une tendresse pleine de respect... Mais en même temps, la fermeté, la sévérité de ma mère, m’inspirent une soumission, une crainte... que je ne veux pas chercher à vaincre... car, il me semble que c'est encore là de la reconnaissance...