‹ Le Docteur noir, drame en 7 actesChapitre 28 sur 63 · SCÈNE VU · texte numérisé non relu

SCÈNE VU

FABIEN, CHRISTIAN, puis SAINTE-LUCE.

On entend un coup de feu , puis la voix de Sainte-Luce criant :

A moi ! à l’aide !

Christian parait à la porte, et indique à gauche toujours au dehors . Maître, là-bas... un chasseur... un serpent...

[Il prend la hache et veut sortir. ) FABIEN .

Donne-moi cette arme, la force te manquerait, à toi...

[Il lui prend la hache et s'élance au dehors à gauche .) Christian, à la porte.

Ma vie n’est rien... n’est utile à personne... mais la vôtre.... [Tl veut sortir à son tour, puis s'arrête sur le seuil de la porte en apercevant Fabien ramenant Sainte-Luce). Ah! Fabien est arrivé à temps.

Fabien, à Sainte-Luce.

Appuyez-vous sur moi.

sainte-luce, son fusil à la main.

Oh! c'est inutile, docteur... que diable! je ne suis pas une petite maltresse.

Christian lui a pris son chapeau et son fusil, et les dépose dans un coin.

Fabien, donnant sa luxche à Christian, qui la met sur le meuble.

De l’eau !

( Christian sort à gauche dans la pièce voisine. Fabien présente un siège au chevalier.)

sainte-luce, se remettant.

J’ai vu souvent la- mort d’aussi près... mais, je n’avais jamais vu de serpent dans l’intimité. C'est un produit indigène qui fait peu d'honneur à votre pays.

(Christian revient tenant un coco contenant de l'eau qu’il remet à Fabien et que Fabien donne au chevalier.)

sainte-luce, après avoir bu, et remettant le coco à Christian

Merci !

fabien, lui regardant la main gauche.

Vous êtes blessé.

SAINTE-LUCE

Vous croyez... oh ! ce n’est rien, un éclat de la pierre de mon fusil...

FABIEN

Permettez. . . (Fabien, tout en prenant dans le meuble ce qu'il faut pour panser le chevalier ) Que veniez-vous donc chercher dans cet endroit tout à fait écarte ? (Christian est retourné chercher de l’eau. Fabien trempe des linges, puis s’assied près du chevalier et lepanse.) sainte-lcce, s’étendant sur sa chaise.

De l'ombre, d’abord, puis j’attendais ma sœur, que j’avais laissée sous l’escorte de M . Barbantane, et qui, pour retourner àSamt- Louis, aura pris, je le vois, un autre chemin. J’étais donc étendu au pied d’un bananier, plongé dans ce demi-sommeil qui, tout en nous transportant dans un monde idéal, nous permet pourtant d’entendre encore ce qui se passe dans celui-ci...

Je rêvais que je chassais à Marly.. . lorsque le feuillage est açité près de moi; continuant mon rêve tout éveillé, je me dis, c est un lapin, je prends mon fusil, je tire au jugé dans le taillis... Tout à cqup, je vois se dresser à quelques pas la tête grise d’un très vilain serpent que j'avais dérangé fort mal à propos. Il s'approchait en sifflant le plus furieusement et le plus faux possible. Je n’avais plus pour arifie qu’un éventail... Ma foi... j’appelai à mon aide, et ma bonne étoile vous amena juste au moment où entre mon ennemi et moi il n’y avait plus que la place de votre hache. Vive Dieu! vous êtes un habile homme, docteur, et vous avez pratiqué là une amputation superbe.

FABIEN

Monsieur le chevalier. . . si vous avez besoin de repes, cette misérable demeure est avoua... Si vous voulez, au contraire, retourner à Saint-Louis, permettez-moi de vous donner un guide. (Tl se lève.)

sainte-luce, se levant et passant à droite.

Mille remercîmen8 pour l’hospitalité que vous m’offrez, mais je ne veux pas laisser à Mme de Kéradeuc le temps de s’inquiéter

de mon absence. J'accepterai donc seulement le guide que vous m’avez proposé.

FABIEN, à Christian.

Christian... tu conduiras Monsieur le chevalier par le sentier de Sainte-Marie.

SAINTE- LICE

Décidément, docteur, vous êtes le bon ange de notre famille... Sans vous ce soir de beaux yeux se seraient baignés de larmes ; oui, ma cousine aurait de nouveau caché, sous de longs voiles de deuil, ce charmant visage que doit embellir encore la blanche couronne de fiancée.

fabien, qui était au fond, se retournant.

De fiancée!... de qui parlez-vous?

SAINTE-EUCE. *

Mais de ma cousine, qui se mtrie... ff fabien, surpris: '

Mademoiselle de la Reynerie !..

SAINTE-LLCE

Sans doute.

Fabien, vivement.

C'est impossible !

SAINTE-LIICE

Impossible! Et pourquoi donc?

Fabien, avec trouble.

Parce que je ne connais personne à Bourbon digne de posséder un semblable trésor...

SAINTE-LUCE

Oui... mais je ne suis pas de l’tle Bourbon... moi .. Et tenez, docteur, si tout à l’heure je vous remerciais cordialement de m’avoir sauvé la vie, c'est que j’ai consacré cette vie tout entière à Pauline...

FABIEN

Vous I

8 AINTE-LU CE

Oui... je suis amoureux, mon cher, sérieusement amoureux!... Cela vous étonne... n’est-ce pas? A Versailles, on n’y voudrait pas croire... mais, je vous le répète, j'aime et j'épouse... Cette union était décidée déjà dans la pensée de Mme de la Reynerie... et Pauline, pour obéir à ce vœu de sa mère, n'attendait que la fin de son deuil.

FABIEN

Elle!

SAINTE-LUCE

Et dût l’aristocratie de Bourbon me blâmer, me lapider même... je veux que vous assistiez à ce mariage que, sans vous, la mort aurait deux fois rompu... Adieu, docteur, ou plutôt au revoir... (A Christian, qui $e trouve près de la porte de droite, et qui présente au chevalier son fusil et son chapeau.) Passe devant, toi... et

que Dieu nous garde des serpens et du soleil! (A Fabien.) Adieu, Fabien. (Ils sortent.)

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