‹ Le Docteur noir, drame en 7 actesChapitre 54 sur 63 · SAINTE-LUCE, BRIQUET · texte numérisé non relu

SAINTE-LUCE, BRIQUET

SAWTE-uce, en née de chambre.

Briquet!... Eh bi-n! drôle! est-ce qu'on ne m’entend pas? briquet, avec empressem nt

Voilà... voilà. M. le chevalier demande son carrosse?

SAINTE M CE

Hein!..

BRIQUET

Ah I j'oublie toujours que nous gémissons dans les fers !

SAINTE-LUCE, riant.

Il faudra pourtant t'y habitu- r, mon pauvre Briquet... ( s’assenant sur le fauteuil. que Briquet a ptecé au milieu.) Ça, voyons, qu’on m’a coinmole.

briquet va à la toilette et prend tout ce qu'il faut pour coiffer

son maitre.

Ah çà ! Monsieur le chevalier, vous n’allez donc pas chercher à nous tirer d’ici?

SAINTE-LUCE, un petit miroir à la main.

Moi, demander grâce?... jamais!... J'ai fait a Iode bon serviteur du roi., le roi m'a puni... tant pis pour lui!

briquet, à part, tout en le coiffant.

Pour lui et pour moi \...[Haul.) Pardon, Monsieur le chevalier... mais il parait que vous avez fait...

sainte LU ce . avec colère.

Mon devoir mord eu! [gaiment] Je déjeunais au café de Foy... A une table, en face de moi, étaient trois bourgeois qui sentaient d une lieue le Tiers-Etat., (ù Btign t) Pr i.ds d me garde... pse reprenant ) ('/étaient en effet des membres de cette nouvel'e assemblé , que le ntinist e Necker a eu I heureuse idée de convoquer... d-s députés :i u\ E ats-<»6nérnux . qui causaient d s affaires publiques . [se regardant dans le petit rn roir qu’il lient à la mam.j Un peu de poud e de ce côté... (c nlinuunt ) A une proposition mal sonnante, je me lève, je 'eur adresse la parole et. leur déclare vertement qu’à mes yeux la noblesse est tout, le clergé peu, le Tiers-Etat rien !... Tu me coiffes horriblement mal aujourd hui!

briquet, riant.

Ohl oh! en prison... on n y regarda pas de si près.

SAINTE -LUCE

La querelle s’échauffe, et j'oflre à l’un d'eux de 1 honorer d'un coup d'épée... On accepte. « Je m'appelle le chevalier de Sainte- Luce, Mon.-ieurl Et moi. Monseur, on ine nomme Barnave! Ctnnais pas! » Là-dessus la foule se jelle enlre nous et nous sépare... Mais, le so r même, le bruif de celte aventure était arrivé à la cour... « Bon, me dis-je, on v3 arrêter ce M. Barnave!... » l’as du tout : c’est moi qu’on a arrêté! ..

briquet. s'arrêtant.

Je comprends ça, Monsieur le chevalier, je comprends ça... Mais, moi, je n’ai jamais provoqué Barnave... quon le lui d« mande, à Barnave... [Il replace tout ce qu'il Unaii pour ta coi/fure, sur la toilette.)

SA1NTE-1.UCE.

Eh! de quoi te plains-tu?... Legiie est agréable... la tab'e est bien servie... le vin exeel'ent... et lair de la captivité appétissant en diable !. . Sonne pour mon dtner !

briquet, se penchant vers le chevalier, et lui prenant le petit

miroir.

Mais vous, Monsieur le chevalier, vous n’avez pas laissé votre cœur à la porte de la Bastille! .. tandis que moi... car je ne ▼ous ai peul-êt'e pas dit que j'allais convoler en premières noces., le jour où I on vous a arrêté... moi, compris...

sainte- i.uce, riant.

Si fait, tu m'as dit cela... C'esi tiès drôle...

BRIQUET

Ce jour-'à môme, j'avais donné rendez-vous à Reinette, ma fiancée, au Cou'f-'a-Rein*», près du troi icme arbre à ma n gauche.. Et voilà deux mois et six jours que Reinette m altend... près du troisième arbre à main gauche... Elle doit bien s impatienter... Reinette?

sainte-luce, riatit.

Rassure- toi... 11 passe beau -.oup de gardes françaises au Coursla-Reine... Reinette prend patience!...

briquet, exaspéré.

Ah! Monsieur le chevalier, ne me dites pas de ces choses-là I... ou je suis un homme à mettre le feu à la Bas.ille ! . . .

SAINTE- LUCE

Eh bien! mais je ne t’en empêche pis... cela nous arrangerait tous... Allons! occupe-toi de mon diner.

BRIQUET

Oui, Monsieur, je vais préparer la table. (Il sort.)

SAINTE-LUGE, il se lève.

Pauvre garçon, lui aussi il est. jaloux . Pécidément mes soupçons étaient fondés .. Pauline aimait Fabien, el e aura loul avoué * à sa mère... car lorsque je me présentai à l'hôtel de la Reyneiie, Fabien était, dit-on, parti pour File Bourbon, et ne devait plus

revenir en France... La marquise avait quitté Paris avec Pauline et m'annonçait dans un billet. que su fille entrait en religion... Ah' mort de ma vie! avoir été joué, trompé, sacrifié pour un mulâtre!... c'était à ne savoir où cacher sa honte! .. i Souriant.) Heureu^mcnt le roi ya|*ourvu! . {On entend la générale plus rapprochée et plus pressante.) Ah çà!quc»e passe-t-il donc aujourd'hui?.. [Appelant.) Bri piet.

1 imiQiiET, dehors.

Voilà, ( rentrant ) Monsieur ..

SAIVTE-LUCE.

On bat la générale à la Basti le, comme dans une place qu'on menacerait d'un assaut.

nniQUET.

C’est peut-être fè*e aujourd'hui. . (On entend une grosse c'orhe.) Tenez, en sonne à grande volée à Saint-Paul... [Ils regardent à la fenêtre.)

(Pendant qu’ils cherchent à voir à travers les barreaux de la fenêtre, on voit dans la partie de gauche le guichetier suivi d'un garçon de cui-ine portant une manne couver e. Ils descendent chez le chevalier, l e guichet er p-end la manne et le garçon remonte. Le guichetier ouvre et entre chez le chevalier, et ferme la porte derrière lui.)

SAINTE -LUCE , au bruit des clés.

Ah! voilà mon dîner... (Au guichetier.) Que m'apporte-t-on là?

SCÈ.XE III.

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