Le docteur Paul Hohenau
Le docteur Hohenau est tenu en très haute estime dans l’Europe entière. La presse française, tout particulièrement, salue avec un unanime enthousiasme le passage de ce sincère ami de la France dans l’Ordre national de la Légion d’honneur et, tout récemment encore, elle se faisait un scrupuleux devoir d’enregistrer sa nomination de Consul général de la République du Pérou, nanti d’un pouvoir de juridiction s’étendant sur toute l’Autriche. Sans doute n’est-il pas superflu d’indiquer un détail caractéristique et qui a une très grosse importance : à savoir que, décoré sur la proposition de M. Aristide Briand, le docteur Paul Hohenau est le premier journaliste autrichien qui se voit décerner le ruban rouge depuis la guerre. Déjà promu Officier de l'Instruction publique en 1913 — distinction qui consacra ses notoires succès scientifiques et littéraires — notre éminent confrère pourrait donc s’enorgueillir d’un hommage doublement flatteur puisque, animé par un ardent désir d’équité, de gratitude ancienne et de concorde, rompant avec une décision qui paraissait tout au moins arbitraire à l’égard de certains, le Gouvernement français a tenu à récompenser en sa personne les dévoués services d’un étranger foncièrement attaché à notre pays.
Le docteur Paul Hohenau est un sensible, doublé d’un idéaliste et d’un grand philanthrope. Rêvant à l’âge d’or de l’humanité, il a foi en la sagesse pacifique des Nations. Nul plus que lui ne sait se pencher sur les misères, les souffrances, les plaies sociales qui désolent. Favorisé par le sort, qui préside au hasard des naissances et de la fortune, Paul Hohenau eût pu passer dans la vie sans histoire, banalement,
et jouir en vulgaire égoïste de sa fortune. Mais il possédait ^es aspirations beaucoup plus élevées et autrement moins personnelles ! En effet, négligeant sa santé et se déplaçant fréquemment, il devait se consacrer corps et âme à la plus noble et à la plus belle’ des causes : celle de la Paix ! Maintenant que les uns crient à l’utopie, ripostent que les guerres ont toujours existé et existeront toujours, qu’importe ! Serrons les rangs et laissons dire. N’empêche que la petite idée de paix fait tout de même son chemin et que ce n’est pas en se désintéressant de la question, en se tenant hypocritement dans sa tour d’ivoire, en émettant des appréciations gratuites, que l’on parviendra à résoudre toutes les difficultés résultant du problème ! J’estime qu’un publiciste actif et de la valeur du docteur Hohenau gagne de fiers chevrons en embrassant un aussi vaste idéal et que son action agissante lui concède bien des sympathies. A lui appartient le rôle d’affermir les consciences, de grouper et de centraliser des forces, d’inculquer d’une manière nettement persuasive, avec enthousiasme, brio et conviction, des principes chevaleresques, égalitaires, et dépouillés surtout de ce bas esprit de revanche qui entretient la haine et prêche si dangereusement la discorde. Certes, s’atteler courageusement à la besogne en vue de parvenir à un avenir meilleur, instaurer, soit par le discours, soit par la plume, à l’exemple d’un Herbert Hoover, d’un Chamberlain, d’un Churchill ou d’un Herriot l’idée de Paix, est devenu le but immuable de la vie du docteur Hohenau. Cette seule directive le préoccupe et l’accapare, fl en est l’esclave réfléchi et dévotieux. D’ailleurs la tâc he, pour si ingrate et si lourde qu elle
s’avère, convient bien à son tempérament, à son extrême sensibilité, à la nostalgie enveloppante qui est l’un des plus purs fleurons de sa race. Et puis, ne suit-il pas les sublimes traces de glorieux compatriotes tels que les écrivains Bertha Suttner et Alfred Fried qui, tous deux, obtinrent à l’unanimité le grand prix Nobel ?
Issu d’une famille distinguée, Paul
que le duc d’York, l’actuel Roi Georges V d’Angleterre fit aussi ses études à l’Université de Heidelberg ; le prince, autant que le docteur Hohenau, les suivaient sous les auspices de l’illustre historien, le professeur Ihne, et lorsque le prince quittait Heidelberg, il offrait son portrait avec dédicace à son compagnon d’études. Elevé au grade de docteur en philosophie, il se voit bien-
Hohenau est né à Vienne le 25 septembre 1872.
Il s’intéresse à des réformes sociales et humanitaires. Le lycée Gymnase lui fournit ses études premières, puis, à vingt ans, il séjourne à Heidelberg, ville située, on le sait, dans le grand duché de Bade et justement réputée pour sa célèbre Université. A la même épo-
tôt attaché au Laboratoire de Chimie de sa ville natale Vienne. En 1898, le Musée technologique de Vienne lui confie d’importants travaux scientifiques.
Ceux-ci lui valent, en 1902, le diplôme de docentisme en Chimie technologique et pharmaceutique. Los recherches scientifiques du docteur Paul Hohenau ont été non seulement citées par les
Annales de l’Académie impériale des Sciences, mais elles ont encore fait l’objet d’élogieux commentaires dans les journaux du monde entier. Deux ans plus ta^d, au retour d’un long voyage d’études en Californie, le docteur Hohenau est investi d’une délicate mission : il part, en qualité de délégué officiel du Commerce, à l'Exposition universelle de Saint-Louis. Entre-temps, mettant à profit ses rares loisirs et donnant libre cours à son incroyable activité, il a publié des ouvrages qui retiennent l’attention dans tous les milieux intellectuels. Fort répandu dans les milieux sportifs internationaux, remporte de nombreux prix avec fameux yacht « Dame de Cœur », a soutenu des compétitions disputées avec les plus somptueux et les plus perfectionnés. Les divers jurys récompensent en lui non seulement un heureux propriétaire mais un adroit pilote.
son
qui
Depuis longtemps chef consul du Touring-Club d’Autriche, il est membre de l’Association des Touristes. Le Royal London Yacht Club de Cowes le compte aussi au sein de son auguste compagnie, de même que le Club 'Nautique de Nice, F Automobile Club autrichien et le Yacht Club de France. Correspondant délégué de l’Alliance scientifique universelle de Paris et adhérent à la Société des Hautes Etudes Portugaises, le docteur Holienau est Commandeur de l’Ordre américain du Libertador, détenteur de la Médaille de la Croix-Rouge espagnole et de la Médaille d’honneur de la Croix-Rouge autrichienne ; il possède également la croix de fer du roi Louis de Bavière, etc., et tout récemment il fut nommé officier du mérite agricole et du mérite maritime de France.
Durant son séjour aux Etats-Unis, le président Roosevelt lui donna un gage considérable d’estime en l’accueillant avec égard à la Maison Blanche et en lui dédicaçant très aimablement son portrait.
Enfin, le docteur Paul Hohenau est directeur -rédacteur en chef de la Nouvelle Europe, ( Das Neue Europa), organe travaillant à la reconstitution éco¬
nomique de l’Europe par le rapprochement et la collaboration pacifique des nations anciennement belligérantes.
Fondée à Zurich en 1914, cette revue internationale qui a transporté, depuis, son siège à Vienne, comprend parmi les assidus qui y font entendre leur voix les plus éminents et les plus autorisés personnages politiques de notre époque. Citons : Herbert Hoover, Stimson, Ray Liman Wilbur, Nicolas Murray Butler, Colonel House, Général Dawes, François Marsal, Henry Bérenger, M. de Jouvenel, Paul Painlevé, Mussolini, Viscount R. Cecil. Ajoutons que plusieurs des plus anciennes et des plus notables Universités américaines ont inscrit la Nouvelle Europe à leur tableau d’honneur en exprimant toutefois le vœu que son fondateur, le docteur Hohenau, se rende en tournées de conférences aux Etats-Unis afin d’y propager les saines pensées dont il plaide si chaleureusement l’apothéose. Il est partisan convaincu d’une entente franco-allemande. Outre le président Roosevelt déjà nommé, le roi George d’Angleterre a tenu à remettre sa photographie élogieusement dédicacée à cet infatigable pionnier bien connu à la Société des Nations et, en mars dernier, à l’issue d’une audience particulière, mettant au bas de son effigie officielle sa mâle signature, M. Gaston Doumergue la faisait suivre de ces lignes qui en disent long sur l’oeuvre de commune solidarité et d’apaisement universel poursuivie avec tant d’inlassable persévérance et d’efforts par un gentilhomme étranger titulaire de notre ruban rouge : « Je souhaite que la Nouvelle Europe contribue à répandre et à faire triompher, dans le monde, les idées d’entente et de paix. » Une pareille dédicace lui fut conférée avec le portrait du Président de la Confédération Suisse. Pourrait-on imaginer une lettre de créance plus éloquemment significative pour accréditer auprès de tous les Français et de tous les peuples en général, le docteur Paul Hohenau, zélé missionnaire, sincèrement dévoué à la cause de la paix, de la bonne parole et porteur du symbolique rameau d’olivier. André Chennevières.