‹ Le Docteur QuesnayChapitre 125 sur 128 · Insérée dans le Mercure d'août · texte numérisé non relu

Insérée dans le Mercure d'août

sur l'ouvrage de ce docteur, De morbis Veneris,

sur la prééminence prétendue des médecins,

sur leur incapacité à traiter les maladies vénériennes,

et sur le droit de propriété que les chirurgiens ont sur le traitement de ces maladies,

par M., chirurgien de Rouen, à M., chirurgien de Namur et docteur en médecine, 1737, in-4o.

(La première lettre est datée du 26 décembre 1737 ; la dernière du 16 février 1738.)

1739. Réponse à l'écrit intitulé : Cléon à Eudoxie, touchant la prééminence prétendue des médecins sur les chirurgiens, adressée par M. Desroziers, maître chirurgien d'Etampes. à M. Andry de Boisregard, d. m. f. p.

1743. Observations sur l'écrit intitulé : Réflexions sur la déclaration du Roi du 23 avril t7'i-3.

(Une deuxième édition a été augmentée d'une Réplique aux réponses des médecins.)

1744. (?) Recherches critiques et historiques sur l'origine, sur les divers états et sur les progrès de la chirurgie en France, 1744, in-4o et 2 in-12.

1748. Examen impartial des contestations des médecins et des chirurgiens, considérées par rapport à l'intérêt public, par M. de B., in-12, 1748.

1749. (?) Mémoire présenté au roi par son premier chirurgien, où l'on expose la sagesse de l'ancienne législation sur l'état de la chirurgie en France, 1749, in-4o.

Diplôme de docteur de Quesnay

Pro doctoratu medico.

Mauricius Grandelus, régis consiliarius et mcdicus. necnon in celeberrima Universitate Ponti Mussana Facultatis medicEe, professer regiiis atquc decanus et Collegium professorum regiorum ejusdem Facultatis. Universatis et singulis présentes litteras visuris et audituris, salutem in Domino sempiternam. Cum vitœ, morum probitas. eriiditio varia, et fama laudabilis magistri domini Francisai Quesnay, ex Merey, diocesis Carnotensis, medicina licentiati, nobis sat conspccta? sint, necnon ejus doctrina et peritia, quibus baccalaureatus gradum in medicina hic et ubique terrarum exercere licentium a nobis obtinere méritas est ipse ad cumulum gloriœ et ad lauream Apollinarem consequendam intcntus ut magna pnrmia magnis laboribus débita adipisceretur.

His de causis pnedicti magistri domini I-'rancisci Quesnay doctrinam multis examinibus probavimus ; qua ratione factum est ut idoncus s!t habitus qui doctoratus laurea insigneretur. Itaque, pnrmisso diligenti ac rigoroso examine, prirmissisque disputationibus publicis, ac probata ejus fidei catholiCcT professione, nos, sub authoritatc apus-

tolica ac regia qua ac parte fungimur, pra?dictiim magistrum dominum Franciscum Quesnay, medicina licenciatum ac doctoratum in medicina, creamus ac declaramus. eique facultatem et licentiain tranferimus docendœ et exercendœ medicinœ hic et ubique terrarum, vestem coccineam et epomidem, aliaque insigna doctoratus indiicere, omnia demum privilégia quae Sanctissimorum Pontificum indultis et principum constitutionibus concessa, sunt et ad hune gradum ad instar antiquissarum Facultatum Parisiensis et Bononiensis pertinentia generaliter impertimus. In cujus rei fidem bis litteris per secretarium Facultatis nostrae expeditis, et utroque sigillo nostro munitis, subscripsimus. Datum Ponti Mussi in comitiis nostris, die nona mensis septembris anni millesimi septengentesimi quadragesimi quarti.

Grandelus, — Jadelot, régis consiliarius et medicus, professer regius, — Le Lorrain, professor regius. Ex mandato domini Decani : Isarrette, secretarius.

Lettres à Mirabeau sur le Tableau économique

J'ai tâché de faire un tableau fondamental de Tordre économique, pour y représenter les dé-

penses et les produits sous un aspect facile à saisir, et pour juger clairement des arrangements et des dérangements que le Gouvernement peut y causer ; vous verrez si je suis parvenu à mon but. Vous avez vu d'autres tableaux ces jours-ci. Il y a de quoi méditer sur le présent et sur l'avenir. Je suis de la dernière surprise que le Parlement ne présente d'autres ressources pour la réparation de l'Etat que dans l'économie ; il n'en sait pas si long que l'intendant d'un seigneur qui dépensait plus qu'il n'avait de revenu, et qui le pressait de lui trouver des ressources ; celui-là ne lui dit pas : Epargnez !, mais il lui représenta qu'il ne devait pas mettre les chevaux de carrosse à l'écurie et que, tout étant à sa place, il pourrait dépenser encore davantage sans se ruiner. Il paraît donc que nos remontrants ne sont que des citadins bien peu instruits sur les matières dont ils parlent et sont, par là, dun faible secours pour le public. Votre dernière, lettre remarque bien que les efforts des particuliers sont fort stériles, mais il ne faut pas se décourager, car la crise effrayante viendra, et il faudra avoir recours aux lumières de (la) médecine. Vale.

Mme la marquise de Pailly me dit que vous êtes encore empêtré dans le zizac. Il est vrai qu'il a

rapport à tant de choses qu'il est difficile d'en saisir l'accord, ou plutôt de le pénétrer avec évidence. On peut voir dans ce zizac ce qui se fait, sans voir le comment, mais ce n'est pas assez pour vous.

On y voit: !« que l'emploi de 400 livres d'avances annuelles, pour les frais de l'agriculture, produisent 400 livres de revenu et que 200 livres d"avances employées à l'industrie ne produisent rien au delà du salaire qui revient aux ouvriers ; encore le salaire est-il fourni par le revenu que produit l'agriculture. Ce revenu se partage par la dépense du propriétaire, à peu près également ; la moitié retourne à Tagriculture pour les achats de pain, viande, bois, etc., et les hommes qui reçoivent cette moitié de revenu et qui en vivent, sont employés aux travaux de la terre qui font renaître la valeur de cette même somme en productions de l'agriculture. Ainsi le même revenu se perpétue. Vous direz peut-être que vous ne voyez pas encore renaître que la moitié. Attendez les autres distributions. Le reste y reviendra. Ces colons vivent en même temps de cette même somme ; mais leur travail, par les dons de la terre, produit plus que leur dépense et ce produit net est ce qu'on appelle revenu.

L'autre moitié du revenu du propriétaire est employé, par celui-ci. aux achats des ouvrages de

main-d'œuvre pour ses entretiens de vêtements, ameublement, ustensiles, et de toutes autres choses qui s'usent ou qui s'éteignent sans reproduction renaissante de ces mêmes choses. Ainsi le produit du travail des ouvriers qui les fabriquent, ne s'étend pas au delà du salaire qui les fait subsister et qui leur restituent leurs avances. Il n'3^ a donc rien ici que dispendieux en nourriture d'hommes, qui ne produisent que pour leur propre dépense, qui leur est payée par le revenu que produit l'agriculture. C'est par cette raison que je la nomme dépense stérile.

Souvenez-vous toujours de l'axiome qui dit que, quand la marchandise ne vaut pas les frais, il faut quitter le métier ; cela est vrai, sans exception; mais si, au moins, la marchandise vaut les frais, il y a une distinction à faire, savoir quand les frais nourrissent des hommes, car il y a des dépenses qui ne les nourrissent point, et qui ne les intéressent que quand il y a un produit net à leur, profit. Je veux faire transporter de loin des bois à Paris, et j'examine si les frais de charrois n'enlèveront pas tout le profit, et ces frais qui nourrissent des chevaux et presque point d'hommes, sont d'un autre genre que ceux qui nourrissent des hommes et n'entrent point dan:» mon zizac sous le même point de vue, car on y envisage les richesses par rapport aux hommes

et les hommes relativement aux richesses ; ce rapport est un des objets du Tableau.

Un second objet est la marche de la distribution des revenus qui en assure le retour avec la subsistance des hommes. On y voit d'abord comment la dépense du propriétaire se distribue à lagriculture et à l'industrie; et on y voit ensuite comment chaque somme, arrivée à Tune et à l'autre, se distribue encore réciproquement, de part et d autre, jusqu'au dernier sol.

Les ouvriers de la classe de l'industrie dépensent dans leur classement, la moitié de la somme de leur salaire, pour les marchandises de main-d'œuvre dont ils ont besoin pour leur entretien, et l'autre moitié retourne à l'agriculture, pour l'achat de leur subsistance. On voit la même chose du côté de l'agriculture. Les colons y emploient, pour leur subsistance, la moitié de la somme qu'ils reçoivent, et portent l'autre moitié à l'industrie pour les marchandises de main-d'œuvre, nécessaires pour leur entretien. Ainsi, à chaque classe, il y a, pour la dépense des sommes qui leur sont distribuées, le même partage que pour la dépense du revenu du propriétaire, à la réserve que chacune de ces classes reçoit réciproquement lune de l'autre, et s'entrerend également, et que le tout se reproduit dans la classe de l'agriculture, et on voit que par la distribution d'un revenu de

400 livres, cette somme tient lieu de 800 livres, réparties tant chez le propriétaire que dans les classes de lagriculture et de l'industrie, où elle est partout employée aux achats des choses qui servent à la nourriture et à l'usage des hommes.

Mais un autre objet à considérer dans notre zizac, sont les avances nécessaires pour le mouvement de la machine qui est tenue en action par les hommes, et le rapport de ces avances avec le revenu positis ponendis. On y voit encore, du côté de l'agriculture, que les avances employées en frais y renaissent ainsi que le revenu, et qu'une partie de ces avances y est employée en salaire d'hommes qui travaillent à la culture et qui y subsistent par ce salaire ; par là, on voit, d'un coup d'œil, l'usage et le compte des richesses et des sommes, leur rapport et leur influence réciproque, et toute l'àme du gouvernement économique des états aratoires.

Ainsi, le zizac bien conçu, abrège l)ien du détail et peint aux yeux des idées fort entrelacées que la simple intelligence aurait bien de la peine à saisir, à démêler, et à accorder, par la voie du discours ; encore ces idées seraient-elles fort fugitives, au lieu qu'épurées dans l'imagination par le Tableau, ni elles, ni leurs combinaisons ne peuvent plus échapper, ou seront, du moins, très faciles à se représenter toutes ensemble dans leur ordre

et dans leur correspondance en un seul aspect, où l'on peut méditer à l'aise sans y rien perdre de vue, et sans que l'esprit se charge de l'arrangement.

Je vous enverrai une seconde édition augmentée et corrigée, comme c'est la coutume, mais ne craignez pas, ce livret de ménage ne deviendra trop volumineux. Jen fais imprimer trois exemplaires pour voir cela plus au clair, mais je crois que sa place serait bien à la fin de votre dissertation pour le prix de la Société de Berne, si vous l'en trouvez digne avec un préliminaire de votre façon; la dissertation elle-même est déjà un bon préliminaire. Mais comme vous y avez trouve de l'embarras, vous serez, par cette raison, plus clair que moi à prévoir ce qui peut arrêter, parce que vous avez été arrêté vous-même. Dans ma seconde édition, je pars d'un revenu de 600 livres, pour faire la part un peu plus grosse à tout le monde; car elle était trop maigre en partant d'un revenu de 400 livres, ce qui revenait trop au malheureux sort de nos pauvres habitants du royaume d'Atrophie ou de Marasme ([ui, pour comble de malheur, est tombé sous la conduite d'un médecin qui n'épargne pas les saignées et la dicte, sans imaginer aucun restaurant. Je ne vous en dirai i)as davantage, trop digne citoyen, de crainte de réveiller en vous des sentiments trop affligeants.

Respirez du moins dans le silence de votre campagne. Vale.

J'ai été très content du premier chapitre et de la première moitié du second; Tordre manque dans la suite, le style y est faible, obscur et bas; ce nest encore qu'un croquis d'idées qui ne peut servir que de remémoratif à l'auteur, pour retrouver ses matériaux, les façonner, les mettre en place et construire noblement, solidement et en bel aspect. Votre répugnance pour les hiéroglifes arithmétiques est ici fort déplacée. Les grands appareils de calcul accablent, il est vrai, l'intelligence des lecteurs, mais le commun d'entre eux ne s'attache qu'aux résultats qui les rendent tout d un coup fort savants, mais ceux qui étudient sérieusement, et qui approfondissent, ne s'en tiennent pas là, ils démêlent, ils vérifient, ils concilient toutes les parties numéraires dune science si multiple. C'est pour eux qu'il faut travailler, car ce sont eux qui sont les véritables dépositaires et les véritables apôtres des sciences et les véritables suppôts des livres; les autres lecteurs, qui ne lisent que pour samuser et babiller sans jugement, et qui ne sont d'aucun poids dans la société m'intéressent peu; ils ne voient jamais un livre qu'une fois et loublient pour toujours. On ne fait

pas des livres de sciences pour n'avoir, comme les petits pâtés, que l'existence du moment. Les livres de sciences qui se prouvent par les calculs, sont les plus durables et les plus relus, quand ils remplissent leur objet, car on est sans cesse obligé d'y revenir pour suppléer à la mémoire qui ne peut pas retenir toutes les quotités que renferment de pareilles sciences, où les calculs sont toujours ce quil y a de plus décisif et de plus précieux pour l'instruction. La théorie de l'impôt n'aurait jamais pu démontrer, sans les calculs, que l'impôt ne doit être payé que par les propriétaires, au profit même des propriétaires. La démonstration de ces paradoxes est réservée aux seuls calculs. Ainsi, point de sciences en ce genre, sans la décision des calculs; elles ne seront que confusion, opinions, erreurs et administrations funestes. Réconciliez-vous donc avec les calculs, ce sont vos anges tutélaires et les juges souverains des intérêts numéraires des hommes et ils doivent tenir la place la plus apparente dans votre ouvrage. Cependant, vous pouvez les réserver pour la fin de chaque chapitre où ils conviennent, soit en continuation, soit en forme de notes, comme vous le jugerez à propos, mais il ne faut pas les renvoyer à d'autres chapitres, où ils ne prépareraient pas si bien l'esprit du lecteur à l'intelligence successive des parties du tableau. On peut même dire que

leurs véritables places de détail étant manquées, ce serait un grand défaut dans un ouvrage où l'ordre est si essentiel, surtout Tordre des connaissances primitives et génératives. Or. ce sont les calculs mêmes que j'appelle connaissances, car sans eux tout est doute, tout est contestable ici. Si on manque leur place, les lecteurs manqueront aussi d'apercevoir les rapports qu'ils ont entre eux et avec les objets. Je ne crois pas que vous puissiez vous dispenser de mettre à la fin du premier chapitre les calculs des dépenses pour montrer complètement ce premier objet qui est la racine du Tableau, qui doit faire envisager avec précision les quotités des dépenses dans toutes ses parties et qui fait connaître l'importance de leurs sources, et ensuite les calculs des avances qui naissent de ces sources, par le moyen des dépenses. Tout cela est donc étroitement lié et préparatoire à l'intelligence des autres objets.

'SI. Dumonfi vous a donc poussé et rencoigné dans le revirement de la classe stérile qui renvoie toute sa recette à la classe productive, mais il n'aperçoit pas que dans celle-ci. dans le cas dont il s'agit, les achats surpassent les ventes ou sa recette, et que par ce beau ménage, elle se ruine, qu'en se ruinant, elle a progressivement moins à

1. Nous ne savons quel est le Dumont dont il est ici question.

vendre chaque année, et que la classe stérile ne peut lui acheter qu autant qu'il y a à vendre, et que si la classe stérile augmente ses dépenses, il faut qu'elle achète de Tétranger. Ainsi jamais la classe productive ne peut trouver de dédommagement.

J'ai donné le placet et point de réponse.

En relisant votre lettre, je me suis aperçu que mes misérables brouillons vous rendraient paresseux. Pensez à votre tour; vous en savez autant que moi par principes, soyez de plus, marchand en détail. Je me suis occupé autant quil est en moi des calculs, parce que c'est l'extrait décisif et le compendium de cette science, développez-en les mystères par le raisonnement; cela vous va mieux qu'à moi, qui ne vise qu'aux résultats. Cependant, je pourrai mettre par addition, ce que vous aurez oublié, et que j'ai aperçu dans la route que j'ai parcourue. Au reste, ce qui va, va bien pour compléter votre gloire immortelle. C'est ici le grand œuvre de votre intelligence. Pensez-y bien.

Iconographie de Quesnay'^

Portrait peint par J. Chevallier (1745), gravé par J. G. Wille (1747).

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