Lettre au Mercure, janvier
vant par un de ses membres à Touverture des leçons françaises de la Faculté ^ et dans lequel la chirurgie était représentée comme une profession d'un rang trop infime pour nécessiter une instruction sérieuse de la part de ceux qui voulaient Texercer.
Tout ceci se passait en 1726. Aux pamphlets succédèrent des mémoires juridiques'; vint aussi la querelle sur la saignée entre Silva et Quesnay, qui fut en quelque sorte un incident de la lutte générale. Un biographe dit même que ce fut pour donner une preuve de son savoir à La Peyronie que le chirurgien de Mantes réfuta Silva et La Peyronie était alors Tâme de la défense des chirurgiens contre la Faculté.
Riche, actif, influent, La Peyronie était
1. Discours pour Touverture de l'École de chirurgie, le 8 janvier 1720 (par Reneaume de la Garanne), 1726. L'école dont il s'agit est non l'école de Saint-Côme, mais celle que la Faculté avait ouverte pour les barbiers.
2. Sommaire de l'instance pour les doj/en et doc" teurs, 1727. — Mémoire pour les chirurgiens de Paris,
pour la Faculté un redoutable adversaire. C'était lui qui avait obtenu la création des chaires au collège royal de Saint-Côme en 1723, plus encore que le premier chirurgien du roi Maréchal, dont il avait la place en survivance depuis 1717.
Il songeait maintenant à constituer un organisme qui achevât de relever la chirurgie de Fignominie dont les médecins voulaient la couvrir : c'était une Académie de chirurgie, sur le modèle de l'Académie des sciences.
Dans un ouvrage, à la rédaction duquel Quesnay a pris part, V Histoire de la chirurgie^ , le but de La Peyronie est ainsi indiqué :
(( Il voulait une Académie pour recueillir les travaux des chirurgiens français et conserver à la postérité les connaissances répandues parmi tant d'hommes éclairés \
1. Recherches critiques et historiques sur V origine, les divers états et les progrès delà chirurgie en France, 1744, reproduites en 1749 sous le titre ^'Histoire de Corigine et des progrès de la chirurgie en France.
2. Dans une histoire sommaire de l'Académie, insérée dans les Mémoires de cette société, il est dit plus modestement : « M. Maréchal, et M. de La Peyronie sentaient tous les avantages qu'il y avait à retirer d'une Société à laquelle les observations et découvertes se-
» Avant qu'on eut formé de tels établissements pour les sciences physiques, on se plaignait de leur stérilité ; le goût des hypothèses infectait les esprits; chaque physicien se persuadait qu'il pouvait soumettre la nature entière à Timagination... Mais dès qu'on a rassemblé des faits, les philosophes sont devenus plus sages. Ils ont vu que la nature ne pouvait se dévoiler que par des observations réitérées. Ce n'est qu'en les consultant qu'on a cru pouvoir remonter aux principes, ou plutôt aux causes immédiates, car pour ce qui est des principes ils sont cachés dans la profondeur de la nature, qui, selon les apparences, ne se dévoilera jamais à nos yeux ».
Ce que La Peyronie désirait, c'était faire sortir les chirurgiens de leur routine en leur infusant des connaissances théoriques et prouver en même temps, par la publication de leurs mémoires, qu'au milieu de praticiens illettrés, se trouvaient des savants capables d'imposer le respect à leurs rivaux de la Faculté.
raient rapportées et mises à l'épreuve d'une critique judicieuse pourêtre ensuite communiquées au public et comporter une espèce de Code de chirurgie. »
Les statuts de rAcadémie furent dressés en 1730 ; la première séance plénière fut tenue le 18 décembre 1731 \
Les (( officiers » qui composaient le bureau, étaient pour la plupart des hommes distingués, mais aucun d'eux n'avait des connaissances générales assez étendues pour imprimer une direction scientifique aux travaux de l'Académie. Le directeur. Petit, ne savait pas le latin; il se mit à l'apprendre à 46 ans.
La Peyronie voulut s'assurer le concours de Quesnay. « Il le rencontrait assez ordinairement chez le Maréchal de Xoailles, dit Hévin, et ce fut dans ces conférences fréquentes que le premier chirurgien du roi conçut de lui cette idée haute et distinguée
1. Compte rendu dans le Recueil cité plus loin. 68 maîtres chirurgiens y assistèrent. Il y fut donné lecture du Règlement adopté en princip3 par Maurepas. La Compagnie devait comprendre : Maréchal, président, La Peyronie, vice-président, 10 académiciens libres, 60 académiciens. Le bureau devait être composé de 6 officiers : un directeur (Petit), un vice-directeur (Malaval), un secrétaire (Morand), un chargé des correspondances (Le Dran); un chargé des extraits (Garengeot), un trésorier (Bourgeois fils). Tous les chirurgiens de Paris pouvaient venir lire des mémoires.
qui le lui fit peu d'années après envisager comme le seul homme qu'il put mettre à la tète de TAcadémie comme secrétaire )>.
Un des biographes de Quesnaydit au contraire que ce fut par Tintermédiaire de Garengeot, dentiste célèbre, que les deux chirurgiens entrèrent en relations \
Quelle qu'en ait été Torigine, ces relations furent très suivies et il est probable que La Peyronie pensa à confier à Quesnay le soin de diriger les travaux de TAcadémie longtemps avant d'avoir pu réaliser son désir.
Il fallait, en effet, que Quesnay vînt habiter Paris et abandonnât la position qu'il s'était créée à Mantes. Il fallait que la place de secrétaire d'Académie, occupée par Morand, fût vacante. 11 fallait, d'après les statuts, que Quesnay fut membre du collège de chirurgie et eut des diplômes équivalents à ceux des professeurs de ce collège. Or le chirurgien de Mantes n'avait d'autre grade que celui de maître reçu à Saint-Gôme.
En 1734, le duc de Retz, devenu duc de
1. D'une communication de Croissant de Garengeot â l'Académie résulte qu'il fut en rapports avec Quesnay à Mantes en 172:3.
Villeroi et gouverneur de Lyon, par la mort de son père\ prit Quesnay comme médecinchirurgien de sa maison, et un peu plus tard, en 1739, par un de ces abus si fréquents sous l'ancien régime, le gratifia d'une charge de commissaire des guerres dont il avait la nomination. Quesnay toucha les revenus de cette charge jusqu'à sa mort. Il accompagnait le duc de Villeroi dans ses voyages, soit à Lyon, soit à l'armée, mais son domicile principal était, rue de Varennes, à l'Hôtel du Duc, et les occupations de son emploi n'étaient pas assez absorbantes pour Tempêcher de se livrer à des travaux personnels.
La Peyronie, de son côté, procura à Ques-
1. Dans un discours de Quesnay à l'Académie des Sciences de Lyon (15 février 1735) publié en tête de V Essai physique sur l'économie animale, on lit :
(( Mon établissement en province (l'auteur était établi à Mantes, d'où Mgr le duc de Villeroy Ta retiré depuis peu pour le placer auprès de lui) m'a mis dans la nécessité absolue de m'appliquer à l'étude de la médecine autant qu'à celle de la chirurgie. »
Dans l'inventaire après décès du beau-père de Quesnay (2 novembre 1734) le domicile de celui-ci est déjà à l'hôtel du duc de Villeroy.
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nay, le 8 novembre 1736, une charge de chirurgien-juré près la Prévoté de Thôtel' et lui prêta 3.000 livres pour en payer le prix. Cette charge conférait l'agrégation à la communauté de Saint-Côme et au collège de chirurgie; Quesnay fut reçu au collège le 3 août 1737; Tannée suivante, il obtint un brevet de professeur royal pour la chaire des médicaments chirurgicaux ^
Morand avait abandonné sa place de secrétaire de FAcadémie et avait été remplacé momentanément par Petit, puis par son fils.
En 1740, le 21 juin\Quesnay fut agréé par le roi pour prendre cet emploi dont il exerça les fonctions jusqu'en 1748 et qu'il conserva nominalement jusqu'en 1751.^ Il eut ensuite le titre de secrétaire vétéran.
Quesnay travailla pour sa Compagnie aussitôt après sa désignation, rédigeant des mé-
1. Ai-ch. nationales. Les chirurgiens jurés avaient, entre autres attributions, â faire des rapports en justice sur les crimes et accidents.
2. En 1738, il échangea cette chaire contre celle de petite chirurgie.