‹ Le Docteur QuesnayChapitre 93 sur 128 · Maximes I et XVIII · texte numérisé non relu

Maximes I et XVIII

(( Elles ne connaissent ni roi, ni patrie )), a-t-il dit dans le texte des maximes.

Au milieu de la guerre de Sept Ans, il était imprudent de s'attaquer à la finance.

Or, dans Tannée qui suivit Timpression de la dernière édition du Tableau parut la Théorie de Fimpôt où Mirabeau reprit la thèse de son maître avec la collaboration de ce dernier. On sait ce qui arriva. Dénoncé par les fermiers généraux pour avoir dit qu'il n'y avait pas de services sans argent et que le roi n'avait pas d'argent pour payer les services, le marquis fut mis à la Bastille. Grâce à M™' de Pompadour, il n'y resta que cinq jours \ mais l'œuvre qu'il poursuivait avec Quesnay fut suspendue *.

1. Du 19 au 24 décembre 1760. L'emprisonnement fut suivi d'un exil de deux mois au château du Bignon.

2. Le passage que nous avons précédemment cité et qui avait été signalé par Berryer à M""" de Pompadour n'était pas le seul audacieux.

)) Votre puissance, disait encore Mirabeau au roi, n'est » autre chose que la réunion des volontés d'une multitude » forte et active à la vôtre, d'où suit que la disjonction » des volontés est ce qui coupe le nerf à votre puis- » sance... Le prince est le chef de l'État, mais il n'est )) point l'État... Passez-moi le terme : Vous êtes le » premier des employés de votre Etat. » Et Mirabeau

Du Pont de Xemours, rendant compte des travaux des Pliysiocrates, a dit, pour Tannée 1761: «Elle s'est écoulée dans le silence. » Après le malheur arrivé à Tauteur de la

ajoutait que l'impôt devait être un tribut consenti volontairement et non une dépouille arrachée par les traitants : « Le tribut est le droit des princes, la dépouille » est le crime des tyrans. Imposer avec mesure, avec » justice et équité est non seulement de devoir moral et » naturel, mais encorede nécessité physique et politique, » puisque toute imposition désordonnée ruine l'Etat et » le fisc. »

Mirabeau posait les trois conditions ci-après, déjà indiquées par Quesnay dans son article Impôts :

V Que la contribution soit établie immédiatement à la source des revenus ;

2° Qu'elle soit dans une proportion connue et convenable avec les mêmes revenus ;

3° Qu'elle ne soit point surchargée de frais de perception.

En même temps Mirabeau attaquait les fermiers avec violence : « Les fermiers sont une cause de ruine pour » l'Etat; ils ont intérêt à ce que l'impôt soit établi sur » les consommations parce qu'eux seuls en connaissent » le véritable produit; il leur est indifférent d'apporter » des obstacles de tout genre à la consommation, à la » circulation, à l'action de chacun, pourvu qu'ils s'en- » richisssent. .. Partout ils présentent au gouvernement » les expédients les plus séduisants et président aux )) conseils particuliers des finances. Ce sont des vam- » pires qui, par le produit de leurs extorsions, achètent

» Théorie de Vimpôt^ le respect deséconomis- » tes pour le Gouvernement leur fit croire ce » silence conforme à ses vues. »

Le contrôle général était pourtant occupé par Bertin qui réalisait ou préparait des réformes dans le sens physiocratique. C'est sous son ministère que fut instituéela Société d'agriculture de Paris et d'autres sociétés du. même genre. C'est peu de jours après sa démission de contrôleur général que fut enregistrée au Parlement la Déclaration du 25 mail763, autorisant le transport des grains de

» la nation des mains du prince et livrent ensuite le » prince, la nation et eux-mêmes à l'ennemi marqué, » par la Providence. »

Le Marquis reconnaissait que les traitants pouvaient être d'honnêtes particuliers :

« Il est peu d'honnêtes citoyens qui, dans ces temps » malheureux, n'aient désiré ou même sollicité des )) places de fermiers, des intérêts dans les traités. . . Ce » ne sont point des individus que j'envisage ici, c'est ce » concours détestable d'agents déréglés qui rompt tous » les liens de la société, qui ruine la nation, qui dé- » truit la puissance du monarque par l'autorité même » du monarque... Il ne faut que supprimer le mot » odieux '.financier. »

« Renversons les fermes d'abord », écrivit aussi le Marquis à son frère, a Je désire, si même je devais de- » venir ministre demain, que mon livre me précède. »

province à province sans payer de droits, et bientôt suivie de Tédit de juillet 1764, qui rendit en principe le commerce des grains entièrement libre.

' Quesnay aurait pu, comme tant d'autres personnes à la Cour, obtenir un intérêt dans les fermes pour lui ou pour les siens ; bien au contraire, « dans le temps où les profits » des fermes étaient ouverts àlacommensa' )) lité, a écrit le le marquis de Mirabeau à son » frère, il a lié ses enfants à la glèbe et y- » ceux relégués dans les campagnes. J'ai été » témoin qu'il laissa à peine mettre le pied » à terre à un sien petit-fils qu'on lui ame- » nait du Nivernais. Je n'aurais pas, dit-il, )y sauvé le père de l'infection de la capitale, » si j'avais voulu y ramener le fils. »

Le docteur fît plus ; il présenta les opérations desfînanciers comme une causede ruine, dans l'écrit qu'il fit imprimer par le roi, et il retoucha l'ouvrage du marquis de Mirabeau où les fermiers étaient traités de vampires. Il dut se sentir indirectement visé par la dénonciation qui atteignit son ami. Par là, peut s'expliquer la disparition des exem-

plaires non distribués du Tableau économique. Par prudence, ils furent séquestrés et probablement détruits \

Quesnay a touché dans ses Maximes à des faits d'ordre religieux, cette fois en termes voilés. Dans Tune d'elles, il vise les annates, prélèvement du pape sur le revenu des bénéfices dont il avait Tinvestiture^; dans une autre, les effets de la Révocation de TÉdit de Nantes^, sur lesquels il s'était étendu longuement dans Tarticle Hommes.

Dans d'autres maximes, il a repris les idées qu'il avait déjà développées dans TEncyclopédie, au sujet de l'influence des capitaux sur la production agricole* et au sujet de la réglementation du commerce des grains'; il a rectifié celles qu'il avait émises au sujet de

1. Deux autres ouvrages du docteur sortis de l'imprimerie royale, des Obsercations sur la consercation de la rue et une Psychologie ou science de Vâme sont inconnus. Il est possible que Quesnay ait fait imprimer ces opuscules, l'un médical, l'autre philosophique, avant de remettre au roi le Tableau économique.

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