‹ Le docteur ServansChapitre 166 sur 201 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

ma vie de théâtre? Je ne suis point un homme de cour comme M. de Montglat ou M. Dangeau : je suis un pauvre bohème comme Cailot ou Salvator Rosa, tenant un pinceau d'une main, une plume de l'autre, raillant, crayonnant, griffonnant. Roi chez mes pareils, je suis esclave ici; honoré dans les coulisses de mon théâtre à l'égal d'un empereur, je suis méprisé dans les antichambres du roi à l'égal d'un paria. Par exemple, si le roi a mal dormi cette nuit, et a attribué cette insomnie à la façon dont son lit était fait...

LE ROI

Oui, je sais cela, monsieur Molière : Bontemps a refusé de faire mon lit avec vous, sous prétexte, sans doute, non pas qu'un poète n'était pas son égal, mais qu'il n'était pas l'égal d'un poète; ce que vous avez pris pour de l'orgueil, c'était de l'humilité. Au reste, cette dette de mon vieux Bontemps vis-à-vis de vous, je la prends pour moi, monsieur Molière, et nous la réglerons aujourd'hui même ensemble. En attendant, jetez un coup d'oeil sur ma liste, et veillez à n'introduire près de moi que les personnes qui y sont portées.

MOLIÈRE

Si j'osais faire observer à Votre Majesté^qu'il y manque un nom...

LE ROI

Lequel, monsieur?

MOLIÈRE.'

Celui de mon père, sire. Ne devait-il pas venir prendre, ce matin, certaine lettre de cachet ayant pour but de faire emprisonner certain mauvais sujet de fils?

LE ROI

. Vous avez raison. Donnez l'ordre de le faire entrer, s'il se présente.

(Molière sort.)

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