ACTE I
" LE ROI
Et pourquoi as-tu dit : « Tant mieux ! »
GEORGETTE
C'est justement ce que m'a demandé mon père.
le^ioi. « Et tu lui as répondu ?
GEORGETTE
Je lui ai répondu : « Tant mieux, parce que le roi est un de mes bons amis, et que nous jouerons encore ensemble dans les jardins et dans les appartements, comme autrefois ! »
LE ROI
Mais sais-tu que tu es adorable, Georgette?
GEORGETTE
Moi! Oh! que c'est drôle, ce que vous me dites là, sire !
LE ROI, lui prenant la main.
Et tu as répondu à ton père... Mais voyez donc la jolie petite main !
GEORGETTE
Non, c'est mon père qui a répondu à son tour... Il a répondu : « Chut, Georgette ! il ne faut pas dire de ces choses-là ! Le roi n'est plus ce petit garçon exilé de Paris par la Fronde, et qui jouait avec toi dans les jardins
df Saint-Germain ; c'est un beau jeune homme ; c'est un grand prince ; et il y a même un poëte, M. de Benserade, qui dit que c'est un dieu. »
LE ROI
Vraiment ? Pauvre dieu, sur ma foi, Georgelte ! Dieu sans Olympe et sans tonnerre !
GEORGETTE
Alors, je me suis sentie redevenir plus curieuse que jamais. J'avais vu de beaux jeunes gens, j'avais vu de grands princes; mais je n'avais jamais vu de dieu. .. qu'en marbre, et dans les jardins du château neuf, a Oh ! me suis-je dit, je veux voir un dieu en chair et en os, la première avant tout le monde. » Alors, ce matin, sachant que vous alliez arriver de Paris, je me suis glissée dans cette grande salle, et je me suis mise à cette fenêtre, qui donne sur la route. J'avais déjà vu entrer beaucoup de mortels, mais pas un seul dieu, quand, tout à coup, j'ai entendu du bruit derrière moi. Je me suis retournée : c'était M. de Mazarin qui venait avec le tapissier... Vous vous rappelez, sire? autrefois, nous avions très peur tous deux de M. de Mazarin !
LE ROI
J'en ai même très peur encore !
GEORGETTE
Ah ! voyez I Cela prouve qu'à ma place vous eussiez fait comme moi.