‹ Le docteur ServansChapitre 45 sur 201 · LE ROI, POQUELIN · texte numérisé non relu

LE ROI, POQUELIN

LE ROI

Approchez, monsieur Poquelin I approchez !

POQUELIN , tout tremblant et tripotant une foule de papiers qu'il laisse tomber et qu'il ramasse.

Sire!...

LE ROI

Je sais ce que c'est... Un placet, n'est-ce pas? Donnez!

(il lui prend le papier des mai us.) POQUELIN.

Oui, sire, un placet.

LE ROI

Tendant à faire enfermer votre fils Molière, parce qu'il déshonore le nom des Pojjuelin.

■-^ POQUELIN

Commjyril le roi sait?...

le roi. m

Oui, je sais beaucoup de choses qu'on ne se doute pas que Je sais.

POQUELIN

Alors, le roi n'ignore pas que les Poquelin sont de vieille souche.

Ah ! si fait, monsieur ! j'ignorais cela. Auraient-ils monté dans les carrosses du roi autrement que pour les garnir?

POQUELIN

Oh ! non, sire! ils n'ont pas eu cet honneur; mais . notre aïeul James Poquelin faisait partie de la garde écossaise que le roi Charles VII attacha à sa personne, tes descendants de James Poquelin s'établirent, les uns à Tournai, les autres à Cambrai, où ils jouirent longtemps des privilèges de la noblesse. Les malheurs du temps forcèrent l'un d'eux de venir à Paris pour y exercer le commerce, et c'est de celui-là que descendent les Poquelin qui ont l'honneur d'être, de père en fils, les valets de chambre tapissiers de Leurs Majestés les rois de France.

LE ROI

De sorte que M. Molière, sans respect de cet illustre lignage...

POQUELIN

Oh ! sire ! le malheureux ! il fait la honte de notre famille. . . Poète et comédien !

LE ROI

Il me semble, cependant, que poëte...

POQUELIN

Poëte, passe encore... quoique lorsqu'on a devant soi

un état aussi sûr et aussi honorable que celui de tapissier, cela nie paraisse une grande folie d'aller risquer de mourir de faim en embrassant celui de poète... Mais, enfin, y a-t-il, du moins, des gentilshommes qui s'en mêlent... tandis qu'un comédien, sire! un baladin! un histrion ! un homme qui se met de la farine sur le visage! oh!...

LE ROI

Je croyais cependant, monsieur Poquelin, que le roi mon père avait, quelque temps avant sa mort, rendu un édit qui défend que l'état de comédien soit imputé à préjudice à celui qui l'exerce.

POQUELIN

Oui, sire ; mais les édits du roi Louis XIII sont bien négligés aujourd'hui ; d'ailleurs, votre auguste père n'avait pu prévoir le cas qu'un jour viendrait où les gens de noblesse auraient l'idée de se faire comédiens.

LE ROI

C'est vrai, monsieur Poquelin... Eh bien, soyez tranquille, j'examinerai cela.

POQUELIN

Je puis donc espérer?...

LE ROI

Qu'il sera fait justice à qui de droit. Allez, monsieur Poquelin ! allez !

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