LES HOMMES
Oh ! la belle enfant !
LE ROI
C'est toi, Georgette?
D'AN J OU, bas, à Marie.
Prenez garde, mon agneau ! vous semez votre laine, et il y a des loups là-bas !
GEORGETTE
Oui, sire, c'est moi... Le père m'a dit : « Georgette, il ne faut pas que nous fassions comme ce bourgmestre qui, donnant à dîner au roi Henri IV. gardait son bon vin pour une meilleure occasion ; je vais couper toutes mes fleurs, tu en feras des bouquets, et tu les porteras à ces dames. Gela réjouira le roi, qui est le plus galant gentilhomme de sa cour. » Sitôt dit, sitôt fait. Le père prend sa serpette; moi, je ramasse les fleurs, et me voici avec mes bouquets. Mais j'en ai tant, j'en ai tant, qu'ils vont tomber, si on ne les prend pas!
lk roi. * Mesdames, vous voyez rembarras de Georgette; soyez donc assez bonnes pour accepter les bouquets que la pauvre enfant apporte à votre intention. Jardinier qui donne ses fleurs, page qui donne son amour, roi qui donne sa couronne, sont égaux devant le Seigneur : chacun ne peut donner que ce qu'il a.
(On débarrasse Ceorgetle de ses boulets, mais clic en défend un avec acharnement.)
GEORGETTE
Non, pas celui-là, mesdames ! non, pas celui-là , messieurs! Celui-là, c'est pour le roi (à demi-voix, au roi), ou plutôt pour mademoiselle de Mancini.
LE ROI
Et pourquoi ce bouquet est-il pour mademoiselle de Mancini ?