Le docteur Thomas Sterry Hunt [microforme]
On intention n’est pas de faire ce soir la biographie d’un homme dont rrière scientifique fut aussi longue, aussi remplie, aussi brillante que ; de Hunt. Mais on voudra bien me permettre quelques mots à esse d'un savant qui fut presqu'un collègue à l'Université Laval, et 1 ’amitié personnelle m'a toujours été particulièrement précieuse.
d'y a aucune exagération à dire que Hunt a occupé dans la science des premières places. Sa carrière scientifique, commencée et teraux Etats-Unis, s'est écouiée en grande partie au Canada, de façon dut bien l’un des nôtres.
Deine âgé de soixante-six ans, le Dr Hunt a été emporté par une die qui ne pardonne pas : l’hypertrophie du cœur, Depuis plusieurs ps déjà, on prévoyait ce triste dénouement, et cependant, la nouvelle mort du savant canadien a péniblement affecté les nombreux amis A comptait en Europe et en Amérique.
histoire de sa vie se résume en des travaux scientifiques de premier &, qu'il a publiés à diverses reprises, depuis 1845. Dans tous ses fages, on est sûr de rencontrer le résultat de recherches conscienses et suivies, une méthode toujours rigoureuse et un culte tout iculier pour l'exactitude des'observations et des expériences. Parmi ABavantis de notre temps, Hunt était au premier rang, et son nom était à côté des grandes autorités américaines et européennes.
Lavait recu des titres asadémiques des universités Harvard, McGill, ? 1, et Cambridge en Angleterre. Il était oflicier de la Légion d'honneur, e l’ordre des SS, Maurice et Lazare en Italie. Naturellement son nom
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figurait sur la liste des membres des principales sociétés savantes du monde, à commencer par la Société Royale d'Angleterre, où il fut.admis dès 1859.
Mais, laissant de côté tous ces titres à l'admiration des savants de tous les pays, nous préférons le regarder tout simplement comme un compa-. triote, nous dirons même, comme un confrère, puisqu'il avait bien voulu accepter de l'Université Laval le titre de professeur honoraire à la faculté des Arts, après y avoir professé, de 1856 à 1862, soit la chimie, sait la minéralogie et la géologie. C’est lui-même qui a classé nos musées de minéralogie et dé géologie ; et ce sera l’un des plus précieux souvenirs que nous garderons de cet illustre confrère. Il a même tenu en mourant à nous laisser un monument impérissable de son passage à la faculté des Arts, en fondant des bourses de chimie ; ce qu'il a fait d’ailleurs dans toutes les institutions où il a enseigné.
Ses anciens élèves se rappellent encore l'intérêt qu’il savait mettre dans ses leçons ; la clarté admirable avec laquelle il expliquait les points Îles plus obscurs de la chimie organique alors en voie de transformation. Il faisait son cours en français, avec un l‘ger accent qui rendait sa manière de dire encore plus piquante.
En août dernier, lorsque nous nous rendions à Washington pour le cinquième congrès international de géologie, nous arrêtions le voir à New-York. Complètement brisé par la terrible maladie qui devait si vite le conduire au tombeau, le Dr Hunt n'eut rien de plus pressé que de s'informer de ses amis de Québec, surtout de Mgr Hamel et de Son Eminence le Cardinal pour qui il avait un culte particulier.
À plusieurs reprises, il nous répéla qu'il se sentait mourir. Il ne demandait qu’une chose : terminer son grand ouvrage sur la classification minéralogique, ouvrage qui devait être le dernier mot de sa carrière scientifique. Ce magnifique volume a été publié quelques semaines avant sa mort. Pout-être le travail incessant qu'il s’imposa à ce propos a-t-il précipité le dénouement fatal. Dans les derniers temps, Hunt travaillait encore plus de six heures par jour, à revoir des épreuves, à faire de nouvelies recherches et à ajouter dos notes à son livre, Comme toujours, il n'ambitionnait qu’une chose : trouver la vérité.
I avait horreur des théories fantaisistes, qui trop souvent font irruption dans le domaine de la science, grâce à la complaisance trop grande qu'engendre quelquefois ce que l'on pourrait appeler le compagnonnage
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scientifique, 1] raisonnait les idées des autres avant de les accepter ; il se défait, comme Stallo, son grand ami, du charlatanisme, sous quelque forme qu’il se présentât, 11 contrôlait tout, et, si les théories à la mode ne lui cunvenaient pas, il cherchait ailleurs, et il trouvait souvent dans ses propres idées la solution cherchée, Quelquefois même cette de{nce des théories courantes le poussait vraiment trop loin. 11 lui est ainsi arrivé de vouloir remplacer les hypothèses admises avant lui par d'autres hypothèses dont la probabilité n'égaiait pas toujours, aux yeux de ses confrères, celle des théories qu'il croyait démodées. Telle est, entre autres, sa théorie dite crinitique, sur l'origine des gneiss.
Qu'il me soit permis de citer encore comme un exemple caractéristique des 1dées toutes personnelles de Hunt, ce qu'il dit sur la nature des combinaisons chimiques.
La grande loi des proportions définies a fait adopter par tous les chimistes, à peu d’exceptions près, la théorie atomique sur la constitution de la matière. Dans cette hypothèse (car au fond ce n’est qu'une hypothèse) tous les corps sont des agrégats d'atomes ou de molécules, et les composés résultent du groupement des atomes des composants. De mère, ia décomposition se produit quand ces molécules se résolvent en groupements plus simples.
Dans l'hypothèse opposée, de la continuité de la matière telle que soutenue autrefois par Platon ét Aristote, et défendue encore de nos jours par leurs disciples, les corps ne seraient pas des agglomérations d'atomes distincts, séparés lee uns des autres par un espace vide, La matière serait continue et indéfiniment divisible.
Hunt se prononce carrément pour cette dernière hypothèse. Pour lui les combinaisons chimiques ne consistent pas dans des groupements de parcelles {molécules ou atomes) préexistantes, mais dags la compénétration des corps qui se combinent. Eu 1853, il écrivait: « Lés volumes des espèces minérales qui se combinent sont toujours confondus dans celui de la nouvelle espèce qui se produit... La théorie atomique qui fait consister la combinaison dans la juxtaposition des éléments composants est insoutenable». Il adopte tout simplement la définition que Hegel donne de la combinaison chimique en disant que c'est « l'identification du diffé. rent et la différenciation de l’identique.» 11 allait encore plus loin quand il prétendait, en 1867, que toutes les espèces minérales devaient sortir d'un seul élément, ou d'une matière première, par procédé chimique.
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De là une très curieuse conclusion : c'est que « toute combinaison chi mique n'est ni plus ni moins qu'une solution ; les espèces qui se combinent sont comme dissoutes les unes dans les autres ; la solution est elle-même une combinaison chimique.» Il affirme même que c'est chez elle qu'on trouve le type le plus rarfait de ce qu'il appelle le procédé chimique.
Comme corollaire de ses idées sur ln combinaison chimique, nous : voyons Hunt aîlirmer que la condensation des espèces minérales est le grand facteur génétique des espèces nouvelles. Pour lui, la vapeur, l'eau et la glae sont trois espèces distinctes, différenciées uniquement par un phénomène de polymérisation. Nous venons de le «lire, il ne recule pas devant l'idée de n'admettra qu'une espèce unique originelle, de laquelle seraient dérivées toutes les autres par voie d condensation ou de compénétration.
[1 nous semble voir le résumé des :dées de Hunt sur l’action chimique dans ces paroles que nous lisons à la page 122? de son livre: À new basis for chemistry : «l'action chimique ne doit pas être confondue avec l'un quelconque des agents dynamiques (chalur, lumière ou électricité). C'est plutôt l'une des manifestations de l'energie propre à la matière, qui porte celle-ci vers l'intégration ou la désintégration, suivant que les conditions où elle se trouve favorisent l’un ou l'autre de ces procédés. »
Au chiniste nerveux, que ces idées anti-1tomistiques pourraient scandaliser, nous ferons observer avec Friedel, à qui nous empruntons ces réflexions, que la théorie atomique, après avoir produit pour les progrès de la science des fruits merveilleux, après s'être légitimée et avoir été acceptée par la généralité des savants, en est arrivée à ce point où l'on sent le besoin de la soumettre de nouveau à un examen attentif, Il est nécessaire qu'elle soit critiquée sévèrement dans ses fondements, afin que les conséquences qui peuvent s’en déduire ne restent pas en l'air. Et ces critiques, si elles ne renversent pas la théorie, peuvent cependant la modifier plus ou moins profondément.
En tout cas, elles forcent à réfléchir ceux qui se servent habituellement de cette hypothèse, et, y trouvant pour leurs recherches expérimentales un guide sûr, pourraient être tentés de lui accorder une confiance trop grande.
Mais ces objections fussent-elles encore plus graves, il faudrait, avant de décider les chimistes à renoncer à une théorie qui a été entre leurs mains un instrument de si précieuses et de si nombreuses décoüvertes,
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leur offrir quelque éhose de mieux à mettre à la place, Les physiciens n'ont pas encore renoncé à la théorie de la lumière à cause des difloultés graves, des contradictions apparentes, que présente le concept de l'éther lumineux,
Dans leurs généralisations, les savants et les philosophes dépouillent les faits de leurs caractères particuliers, et ils arrivent à ce qu'ils croient pouvoir considérer comme des principes simples et généraux. Mais, à ce sujet, les savants qui s'occupent d'investigations expérimentales sont, par la nature même de celles-ci, retenus plus près de la réalité que les philosophes, et souvent les controverses de ces derniers se passent par-dessus leurs têtes. Le point délicat pour les savants est de ne pas conclure au delà des prémisses et de ne pas aller plus loin que les faits constatés par l'observation ou l'expérience, A ce point de vue, il nous semble que Hunt, en philosophant sur ce qu'il appelle la malière première, élément primordial d'où seraient sorties toutes les espèces minérales, va au-delà des données de l'expérience et des conclusions légitimes qu'on en peut tirer.
Quoi qu'il en soit, en niant la solidité de la théorie atomique, Hunt n'est pas aussi isolé qu’on pourrait le supposer, [l suñMit, pour s'en convaincre, de lire les travaux de Stallo, Whewell, Hirn et ds plusieurs autres physiciens philosophes.
Stallo démozure d'une manière qu'on pourrait dire implacable les incon séquences, les impossibilités mêmes de celte théorie. Ecoutons-le résumer sa pensée sur ce sujet: « [1 semble impossible, dit-il, d'échapper à cette conclusion: 1. La prétention des sciences physiques tout entières «le fournir une solution partielle et progressive du problème de la réduction de tous les phénomènes physiques à un système de mécanique atomique, est très imparfaitement confirmée par la constitution actuelle de la théorie atomique; 2. La science physique, qui s’occupe particulièrement des atomes et de leurs mouvements, part d'une séris de propositions qui détruit la seule base sur laquelle la construction d'une mécanique atomique cohérente puisse être fondée. On ne peut guère espérer voir ces propositions abandonnées prochainement; car, dans l'opinion des chimistes les plus distingués d'aujourd'hui, un tel abandon jetterait dans une confusion sans espoir, comme à l'origine de la science, l'ensemble des faits chimiques, si laborieusement acquis par l'observation et l’expérimentation, dirigées, au moins en partie, par les propositions rappelées
plus haut, »
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Whewell de son côté affirme carrément que «les faits de la chimie n'établissent pas que la théorie atomique soit une vérité physique, mais qu'ils sont au contraire absolument irréconciliables avec son ensemble, quelque modification qu'on lui ait fait subir. »—« Affirmer l'atomicité des corps, ajoute-t-il, comme une vérité philosophique pour expliquer la constitution de l'univers, au lieu de la regarder simplement comme une hypothèse capeble d'expliquer convenablement les lois de la nature, c’est venir se heurter à des difficultés de raisonnement tout à fait insurmontables, à des phénomènes absolument irréconciliables. »
Quand à Hirn, tout le monde se rappelle ses belles expériences sur l'écoulement des gaz, dont le résultat nécessaire est d’ébranler les fondements de la théorie dite cinétique de ces fluides. Or c’est précisément de cette théorie cinétiqué que les atomistes croient tirer un de leurs plus forts arguments En dépit des explications et des réponses de MM. Glausius, Folie et autres physiciens, les résultats de Hirn sont restés intacts, avec tous les corollaires qu'on en peut tirer. A tel point que M. Faye, en rendant compte à l’Académie des Sciences des travaux de Hirn, était obligé de faire ressortir les conséquences qui en découlaient relati- . vement à la théorie cinétique des gaz. 11 ajoutait que cette théorie, émise d’abord par Bernouilli en 1747, et qui avait ensuite rallié l’opinion de tous les physiciens, à de rares exceptions près, «lui avait toujours paru
trop artificielle, et qu’il n'était pas surpris de voir l'expérience lui donner le coup de grâce. »
C'est à peu près ce que disait d’une mamière plus générale H. Sainte- Claire Deville, en 1867, dans ses «Leçons sur l'affinitér, «Ne nous fions jamais aux hypothèses, et surlout ne donnons jamais un corps et une réalité aux abstractions que nous impose la faiblesse de notre nature. Je m'explique. Toutes les hypothèses admises aujourd'hui disparaitront nécessairement de la science. Je ne fais aucune exception, même en faveur de cette théorie des ondulations, admirable conception de l'esprit humain, ou l'hypothèse de l'éther lumineux laisse tant à désirer... »
«Il en est de même en chimie. L'hypothèse des atomes, l’abstraction de l’affinité, des forces de toute sorte que nous faisons présider à toutes les réactions des corps que nous étudions, sont de pures inventions de notre esprit, des noms que nous faisons substances, des mots auxquels nous prêtons une réalité... Toutes ces hypothèses sont nuisibles quand on oublie leur origine et leur entrée dans la science, et elles nous condui-
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sent à ce mysticisme scientifique dont la chimie donne en ce moment un malheureux exemple, »
En entendant ces paroles, on se rappelle naturellement ce que disait Laplace au commencement du siècle: « Presque toutes nos connaissances ne sont que probables, et, même en mathématiques, les principaux moyens de parvenir à la vérité, l'induction ét l'analogie, se fondent sur des probabilités. » Puis il ajoutait : « Dans l'ordre moral, on est heureux de voir que les meilleures chances sont attachées à la pratique des principes éternels de la raison et de la conscience ; qu’il y a par conséquent un grand avantage à suivre ces principes et de graves inconvénients à s’en écarter, »
Cette manière si personnelle d'envisager les choses rend les écrits de Hunt assez difficiles à comprendre. D'autant plus qu'il est amené à se servir souvent d'une terminologie qu'il crée de toute pièce. L'usage trop fréquent de mots nouveaux, quelque orthodoxe qu’en soit l'étye mologie, a nécessairement pour effet d’obscurcir le langage ; et un auteur ne doit y avoir recours que quand la chose est absolument nécessaire Le Dr Hunt aurait pu peut-être se montrer plus réservé sur ce point. Non seulement il fabrique des expressions nouvelles, mais il en détourne quelques-unes de leur signification ordinaire pour leur en attribuer une autre à laquelle le lecteur n'est pas préparé. C'est ajouter une seconde difficulté à la première, qui était déjà suffisamment grande. Nous croyons que notre savant ami eût mieux fait de s'en tenir à l’ancienne terminologie. 11 faut qu'une idée soit bien neuve, pour qu'il n'y ait pas dans la langue d'expressions capables de la rendre.
Peut-être les esprits chagrins trouveraient-ils encore dans cette exhi. bition de mots nouveaux, dans cette parade incessante d’érudition grammaticale, des traces d’un tout petit grain de vanité, cette faiblesse de plusieurs grands esprits. Ceux qui l'ont connu intimement admettront qu'il se rendait compte de sa valeur, et, ce qui est plus étrange peut-être, qu'il ne se gênait pas de le dire.
Toutefois on pardonne assez facilement ces sentiments person sa propre suffisance, tout en avouant qu'ils n'en constituent pas moins, chez n'importe qui, un travers de caractère qui est de nature à rendre les relations souvent pénibles, quelquefois mème désagréables. Il Jai être bien supérieur aux. autres pour se permettre de 18 dire, st, at point de vue, ne craignons pas d'avouer que Hunt aliquid humant passus
nels de
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est. Mais ajoutons qu'il rachetait cette faiblesse par tant de qualités supérieures, surtout par une politesse et une urbanité si exquises, qu’on l'avait bien vite oublié.
Ubi plura nilen! non ego paucis
Offendar maculis.
A part l'ouvrage : « 4 new basis for chemistry», où Hunt expose les idées dont nous venons de nous entretenir, avec jlusieurs autres qui paraissent également neuves, il a encore laissé uu volume intitulé : « Chemical and qological Essays » ; un autra : « Mineral Physiology and Physiogrephy », et surtout sa « Syslemalic Mineralogy » .
Nous ne dirons rien de ces ouvrazes pour ne pas dépasser le cadre tracé à cetravail. Nous le regrettons sincèrement, surtout pour ce qui regarde la Syslemalic Mineralogy, qu'on pourrait appeler le livre de Hunt par excellence, le résumé de ses travaux, l'œuvre de toute sa vie, comme il le disait lui-même.
Qu'il nous suflise de dire que, quelle que soit l’cpinion qu'on ait de Hunt et de la valeur de ses idées scientifiques, sa Minéralogie aura tous jours une grande autorité, Si les conclusions de l’auteur ne sont pas audessus de toute discussion, les faits en eux-mêmes échappent à cette triste loi. Un penseur peut se tromper dans ses déductions, dans ses généralisations, et nous admeltons volontiers que Hunt est quelquefois dans ce cas ; cependant il ya toujours quelque chose à gagner dans l'examen de ses idées. On y apprend au moins à ne pas suivre en aveugle les sentiers battus: c'est souvent à côté de ce qu'on pourrait appeler les grandes routes (les intelligences qu'on trouve la vérité.
Hunt ne fut pas exclusivement un homme de science. Son esprit avait assez d'envergure pour s'occuper de plusieurs autres sujets. Les questions philosophiques l’intéressaient vivement, 11 se tenait au courant de tous es nouveaux systèmes à mesure qu'ils étaient exposés par leurs auteurs, Aussi personne ne sera étonné d'apprendre que la condamnation des erreurs de Rosmini par les autorités romaines lui fut particulièrement sensible. Il était alors à une époque où ses idées religieuses se trouvaient affaiblies, el où, par conséquent, 18 discernement du vrai et du faux, en ces matières délicates et abstraites, lui offrait de grandes difficultés.
Dans sa jeunesse, il s'était occupé de litérature. Il lisait les principaux écrivains du jour, les comparait entre eux, el son appréciation n'a jamais fait que devancer celle que la critique en a donnée plus tard,
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Il alla même jusqu'à écrire dis vers, tout en fuisant remarquer qu’il n'était pas poète, mais chimiste. Nous avons lu un curieux acrostiche qu'il composi alors eu l'honneur d'une certaine demoiselle Virginie *‘*. Malheureusement, les accents du poète improvisé restèrent sans écho. Aussi Hunt. qui aurait pu, disail-il lui-même, dédier tout aussi bien son acrostiche à trois ou quatre autres Virginies peut-être moins insensibles, ne voulut pas j'ousser les choses plus loin, et il renonça complètement aux acrostiches qui lui avaient donré de si minces profits. Il avait certainement raison. Un chimiste qui fait des vers, même en faveur de la plus séduisante Virginie du monde, est une anomalie tellement étrange qu'on se prend à douter de la chimie... et de la poésie. Le bon Lafontaine avait bien raison de dire :
Amour, amour, quand {u nous tiens, On peut bien dire : adieu prudence.
Nous avons encore de lui une traduction en vers anglais, des imprécations de Camille dans les /Joraces ‘le Corneille et une pièce intitulée « Evening Musings at D'Aillbout. +
Lorsqu'il composa cette dernière poésie, il vivait habituellement au Canada, et ses relations sociales étaient presque exclusivement avec les familles canadiennes-françaises. Au commencement de la pièce, il chante les joies pures, les émotions naïves de l'enfance ; puis, après avoir décri les déchirements de cœur qui accompagnent Loujours l'éloignement ou la disparition des premiers amis, il continue:
«That harp of magic strings, the human heart, Îs strangely tuned to notes of joy and pain ; And both the glow of love and sorrow's smart, The master’s spell may wake to life again.
« Torn by rude storms from its protecting tree, The vine hangs mourning o'er the cold damp mold. But soon its tendrils weary to be free,
Seck out some branch to cling to, as of old.
« Such was my heart yet trembling with the strains Waked by a hand which time may ne'er restore, À vine whose dropping branches sought in vain Some kind support to raise its form once more,
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« And here kind hearts, voices have revived The withered hopes and dreams of other days ; Time and the tomb, affections have survived And with new friends, I tread life’s early ways.
« Here youth with generous soul and passions pure, Invites to friendly confidence again ; And grace and genius made by years mature, Exert o’er willing hearts, their magic reign.
« Such scenes, such friends have I a wanderer found, Far from my childhood's home, my father’s halls ; ’Midst those whose accents have a foreign sound,
As on my ear their voice of welcome falls.
«And 1 must say farewell.--These scenes so bright, Are all too fair to gladen long my heart.
Yet oft shall memory turn with fond delight To these kind friends from whom T soon must depart.
« The recollections of these happy days, Treasured within my heart, shall ever dwell To cheer me as alone I tread life's ways.
Night gathers ‘round me. D’Aillebout : farewell !
Hunt n'est pas le seul sur la liste des savants-poètes. Lagrange, avant lui, cette « pyramide des sciences mathématiques », comme l’appelait Napoléon ler, avait fait des vers. Non seulement il composa des poésies légères, mais il osa encore aborder la scène. Nous avons de lui la poésie de quelques oréras, fort médiocres d'ailleurs, et qui n’ont jamais été loués que par leur auteur lui-même, lequel était bien aussi, en littérature une pyramide de vanité.
Hunt fut plus sage. Il sut contenir sa ruse dans les limites d’un simp'e passe-temps. On doit même ajouter qu'il trouva toujours plus de jouissance à déguster les œuvres des autres, qu'à composer lui-même. Il garda cependant toute sa vie un véritable culte pour la forme, On le constate facilement en parcourant n'importe lequel de ses ouvrages. La phrase est toujours irréprochable et facile, souvent même élégante.