‹ Le dogme de Nicée [microform]Chapitre 2 sur 79 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LA PRÉHISTOIRE DE l'hOMOOUSIOS

Dans la définition de la foi nicéenne, les plus hauts mystères chrétiens sont impliqués : la Trinité, l'Incarnation. Pour les pénétrer, autant qu'il est donné à la raison humaine, nous aurons à renouveler l'effort qui s'imposa aux chrétiens du iv\ siècle. Reprenant, avec moins de mérite, la trace de ces penseurs, nous aurons à gravir des cimes métaphysiques, quelquefois ardues. D'autre part, l'acte de Nicée touche aux contingences de l'histoire, et ceci nous engage dans le dédale extrêmement compliqué des luttes ariennes. Dédale deux fois compliqué : par la nature des choses, et par le jeu des passions humaines qui, trop souvent,

intervinrent pour contrarier le travail du Saint- Esprit dans les âmes et retarder l'avènement de la vérité. Nous serons amenés à descendre sur le terrain mouvant de l'histoire religieuse, et parfois de l'histoire politique : d'autant qu'en ce iv® siècle, religion et politique se compénètrent intimement.

Le Fils de Dieu, incarné, avait imprimé dans les âmes de ses, disciples le niessage divin et l'avait confirmé par des œuvrçs divines. Pour devenir à ja.çp,ais l'aUment assimilable des générations chrétiennes, la donnée révélée devait être élaborée en formules dogmatiques. Le travail a commencé au lendemain de la Pentecôte; ilse poursuit toujours, même après que la mort du deirn,ie,r As.pôtre a clps la révélation du r^ouveau Testa,ment. Dans cette élaboration séculaiiçe, l'œuvre de Nicée inarque une date capitale, la date çlu principal énoucé dogniatique tpuchant la personne de Jésus-Christ.

Qu'est-ce que Jésus-Christ ? Éternelle question, à laquelle la vie du mondé est suspendue. Parmi les âmes qu'avaient touchées la prédication évangélique, deux conceptions, deux interprétations de l'Évangile furent très vite en présence, et en lutte. Selon la première conception, Jésus-Christ est un être d'une perfection, morale incomparable, Médiat^iir élu entré Dieu et les hommes, objet des complai-

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sauces, divines, Riiroir de toute perfeQtion divine; mais enfin un homme, et rien d'autre. Selon la deuxième conception , Jésus-Ghrist est Dieu luirmême, GréateuF du ciel et de la terre, inséré à l'histoire humaine, non pas par un miracle quelconque, mais par une volonté du Père céleste, qui a donné au monde son Fils" unique. L'Inçarnaition du Verb,e divin, ainsi çoiïiprise, dépa,sse toute la sphère du miracle, par l'intervention du Gréateur lui-même, impliqué en personne dansls^ trame de. son œuYre. Entre les deux cpuceptions, il y a toute la distance de la terre au ciel, du fini à l'Infini.

Vous reconnaissez raffirma^tion de deux esprits qui, spus diverses formes et divers noms, se heurtent à travers toute l'histoire chrétienne. Ils se heurtaient dès avant le iv° siècle, et 1 Eglise n'avait pas attendu le concile de Nicée pour coiuprendre qu'il y allait de tout le christianisme.

Le dogme de l'unité divine, fondement de là révélation- primitive et de la révélation mor saïque, d§méW^^^ intangible à la base de la révélation apportée par Jésus-Christ. Mais cette révélation de, la Bonne Nouvelle contenait, sur la vie intime de Dieu, le témoignage personnel (le Celui qui vit et voit siu sein du. Père. Le fond de ce témoignage, c'est, à l'état concret et parfois spus la fprme la plus disr

thicte, comme dans la formule du Baptême trinitaire, le dogme de la Trinité des personnes en l'unité de nature divine. De cette nouveauté, superposée au monothéisme juif, plusieurs esprits prenaient scandale; et sous l'impulsion de ce scandale, ils s'éloignaient en sens opposés.

Les uns, travaillés par un levain de judaïsme, faisaient effort pour sauver l'unité divine, aux dépens de la Trinité.

Les autres, plus attirés vers les mirages de la pensée grecque, reprenaient, en l'amendant plus ou moins pour l'accorder à l'Évangile, le rêve de Platon, et s'efforçaient d'acclimater dans le domaine chrétien une métamorphose du polythéisme.

Deux tentatives décevantes.

Ni la mystique échelle de Jacob, ni — beaucoup moins — la dialectique platonicienne, ne donne accès — fût-ce par l'échelon suprême

— à la nouveauté divine de l'Evangile. Pour y accéder, il n'y a qu'une voie : s'abandonner sans conditions à cette révélation qui ne redoute aucun démenti de la raison naturelle, mais la surpasse d'une hauteur infinie : révélation d'une essence unique possédée indivise, encore qu'à des titres divers, par trois sujets,

— trois hypostases, — trois personnes. Pour creuser, pour organiser une conception si nou-

velle, lés penseurs chrétiens multiplieront les eflbrts; et pour la traduire, la langue théologique créera des termes nouveaux.

Le terme consacré, parla définition nicéenne, pour traduire le dogme fondamental touchant la personne du Christ, a lui-même son histoire, qui nous engage dans le domaine de la métaphysique péripatéticienhe et de la philologie.

Ni chez Platon, ni chez Aristote, on ne rencontre, tout formé, le mot ôpou^ioç, consubstantiel. Mais on en rencontre les éléments. Le mot oùaia est familier à ] a philosophie grecque. Chez Aristote, il présente deux acceptions principales.

D'abord l'essence concrète, — nous dirions plutôt la substance, — réalité individuelle, objet immédiat de l'expérience. Par exemple, telle personne humaine, Pierre, Paul ou Jacques. Gettft donnée première de l'expérience est ce qu' Aristote appelle l'essence première, TrpÉûTY) qùcia.

Et puis l'essence abstraite, nature spécifique réalisable en plusieurs individus de même espèce, d'où l'esprit la dégage. Cette idée universelle, susceptible de divers autres noms : i^ea, sl^oç, idée d'homme, réalisée en Pierre, Paul ou Jacques, s'appelle, chez Aristote, l'essence seconde, âsurspa oùori'a.

Deux acceptions à retenir et à distinguer ;

iéâir, déletir confusion et de létircôiiflit,tiàîtr6nt bien des ttialentiendiis.

Au if siècle de l'ère Ôhrétiënne, le mot ô{jtbou(7ioç était en circulation âvé'c léé deux acceptions susdites^ et nous le tencbiitrôûs d'abord dâîïs la langue des ghéstiqUes, qtli en usent poïir désigner soit des êtres pétris d'une même matière, soit des êtres doués d'une même nature spécifique. Ainsi le t'ëncontrbnsnOus chez saint Irénée, mais seulement quand il cite dés auteurs giîostiqués, iion quand il expose le dogme chrétien. Lès docteurs âlèxan^ drins paraissent avoir pris l'initiative de son application à la théologie trinitaire. Mais dépassons immédiateinent ce stade préhistorique, pour atteindre une date ùltériëtiré, Où nous rencontrons un point de vue intéressant.

Au milieu du v^ siècle, lé concile de Ghal- Cédoine donne à l'affirniaticin des deux natures dans le- Christ une expression définitive, en disant que le Christ est consubstantiel au Père selon là diviriité, et cbnsUbstaiitiel à hous autres hommes selon l'humanité. Le parallélisme des deux assertions est voulu. L'acception du mot consubstantiel, dans l'une et dans l'autre, est-elle exactement la mêihe ? Gardonsnous bien de le croire.

En disant que le Christ est consubstantiel à nous autres hommes selon l'humanité, le con-

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ci,lè ehteiid que là iiiàtiirè spëcifiqiie dé l'hbitinië est reproduite dans le Christ ainsi ^^'ëii chacun de tibiis . Idée d'hôniriae , ésseiicë abstraite.

En disant que le Christ est bonsùbstàntièl à son Père selon la divinité, le concile eiitènd' que Tuiiiquë réalité divine, là mènië id'enti- (juëhient, est possédée, a divërë titres, par le Père et par le Fils. Cette unique réiàlité divine ne saurait être i^eprbduite, bar le Pèfë et le Fils sont un seul Diëii. NatUré divine, essence cbn'cipètë.

Noua aurons à rappeler cette distinction, à. tel jpoint critique, daiis l'histoire de l'ôpoucioç. Ne nous étonnons pas de la trouver obscure :

elle engage tout le dogme de la Trinité.

Mais d'abord, laissons là tôiité question de mots, pour recevoir l'impi'ession directe de la plus authentique réalité chrétienne consignée dans le Nouveau Testament. C'est là qu'il faut chercher ce que le Fils pense du Père et ce que le Père pense du Fils, Or, à travers les paroles du Messager qu'est l'homme Jésiis, on entend à chaque page l'accent du Dieu, non pas seulement en termes d'intimité avec Dieu son Père, mais traitant avec le Père slir lin pied d'égalité, de par leur essentielle lihité.

L'intimité est telle, que le Fils seul connaît

parfaitement le Père, comme le Père connaît le Fils \ . Il a vu au sein du Père les secrets que nul ne connaît, et il les raconte^.

L'égalité s'affirme dans toute la prédication du royaume ^ S'il annonce le royaume des cieux ou le royaume de Dieu, ce qui est tout un, ou le royaume de son Père, il annonce aussi son royaume''; car ce royaume est unique sous leur commune royauté. Le Fils y parle en Souverain, il en dispose et en change la constitution^ S'il investit les siens du mandat d'enseigner et de baptiser ^ c'est au nom du Père et du Fils et de l'Esprit qui leur est commun, trois personnes divines dispensant, au même titre, le don excellent.

L'unité d'être se manifeste par l'unité d'opération. Déjà pour saint Paul, le Christ est le Dieu béni à jamais '' . Il est celui qui ^ existant en forme de Dieu, s'est anéanti en prenant la forme d'esclave ^ Il est celui en qui habite corporellementtoute la plénitude de la divinité^ . Pour saint

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