AIR
Ah ! quelle nuit!
Au moindre bruit Mon cœur tremble et frémit !
Et le son de mes pas M'effraye, hélas!
Soudain j'entends Fusils pesans Au loin retentissants...
Et puis qui vive? Holà!
Qui marche là ?
Ce sont des soldats un peu gris Par un sergent ivre conduits, ous un sombre portail soudain je me blottis , Et grâce à mon domino noir On passe sans m'apercevoir.
Tandis que moi, Droite, immobile et mourante d'effroi, En mon cœurlje priais,
Et je disais :
O mon Dieu 1 Dieu puissant Sauve-moi de tout accident, Sauve l'honneur du couvent!
Us sont partis.
Je me hasarde, et m'avance, et frémis.
Mais voilà qu'au détour D'un carrefour S'offre à mes yeux Un inconnu sombre et mystérieux.
Ah ! je me meurs de peur, C'est un voleur ! Il me demande, chapeau bas, La faveur de quelques ducats; Et moi d'un air poli je lui disais bien bas : Je n'ai rien , monsieur le voleur ; Qu'une croix de peu de valeur!
Elle était d'or,
Croisant ses bras sur sa poitrine.
Et de mon mieux je la cachais encor... Le voleur, malgré ca, S'en empara, Et pendant Ce moment : • O mon Dieu, di&ais-je en tremblant, Sauve l'honneur du couvent !
En cet instant, Passe en chantant Un jeune étudiant !
Le voleur à ce bruit Soudain s'enfuit.
Mon défenseur Court près de moi... Calmez votre frayeur, Je ne vous quitte pas, Prenez mon bras.
— Non, non, monsieur, seule j'irai...
— Non, senora, bon gré, malgré,
Jusqu'en votre logis je vous escorterai. ,
— Non, non, cessez de me presser.
— 11 le faut... je dois vous laisser.
Mais un baiser, Un seul baiser !
Comment le refuser?
Un baiser... je le veux...
Il en prit deux !
Et pendant Ce moment, O mon Dieu, disais-je en tremblant, Sauve l'honneur du couvent!
Mais je suis, grâce au ciel, à l'abri de l'orage ; Je n'ai plus rien à craindre en ce pieux réduit, Et je ne sais pourtant quelle fatale image Jusqu'au pied des autels m'agite et me poursuit .