‹ Le domino rose comedievaudevilleanecdoteChapitre 15 sur 24 · SARTINES , M“* DE SARTINES · texte numérisé non relu

SARTINES , M“* DE SARTINES

Dames parées. Masques et Dominos, pats GIVRY. - M m * de sartines, d part en entrant.

Madame de Ponchartrain n’était pas chez elle, j’en étais sûre, mais elle va venir au bal; j’ai su par sa femme de chambre qu’elle aurait un domino rose. . . Examinons.

Tout le monde continue d’arriver. Monsieur et madame de Sartines circulent dans le bal en recevant les saluts de chaque personne.

Givry arrive à son tour ; il est suivi par un domino rose.*

givry , au Domino rose qui le tient par le bras.

Eh bien! beau masque, tu ne consens pas à me montrer ton visage?. . Mais que veux-tu de moi? Quoi! tu ne me réponds pas ! tu crains donc bien que je ne reconnaisse ta voix ?.. Ah ! je veux savoir... [Il fait un mouvement pour soulever le masque, le Domino l'arrête.) Diable!.- il parait que, pour me retenir, tu comptes plus sur la force de ton bras que sur les char- * mes de ta .figure.

* Givry , le Domino.

sartines, s’approchant .*

Comment?. . vous ici, Marquis! vous me faites la partie trop belle! \ • ; •

GIVRY

Il faut bien donner quelque relâche à ces deux grands escogriffes qui ne me quittent pas d’une semelle !

sartines, bas.

Et vous les remplacez par une belle dame qui ne vous quitte pas davantage.

le domino, bas d Sartines.

Monseigneur, c’est moi !..

sartines , retenant un fou rire.

Legriel !.. Je ne m’attendais pas à celui-là. (d Givry.) Je vous laisse, je vous laisse!., ah! ah! ah! je neveux pas vous troubler dans votre bonne fortune.

GIVRY

Prêt à vous la céder, et de grand cœur!. .ce masque ne dit mot, et commence à m’impatienter.

sartines , s'éloignant en riant.

Non , non ! restez! je respecte le bonheur de mes amis.

' * . Il va au fond se mêler aux groupes.

GIVRY

Ah ça, beau masque, expliquons-nous; Tu ne prétends pas sans doute me garder toute la nuit près de toi sans me faire entendre une parole?

legriel , prenant une voix de femme.

Pourquoi pas?

GIVRY

Tu parles donc , enfin !

M m * de sartines , dans le fond. ( d part )

Le voici!., et un domino rose!.. Celte taille., oh! oui, c’est elle.

givry, au domino.

Tu caches obstinément ta figure!, .elle n’est donc pas jolie?

Ht DOMINO.

Que sait-011 ?

GIVRY

Viendra-toU au moins un moment oC» tu me la laisseras voir? le domino , à part.

Quelle idée!. . ça simplifierait joliment mort affaire, (haut en% minaudant.) Ecoute, si tu consens à m’accompagner, en sortant d’ici , à minuit je pourrai me décider peut-être.

Givry, le Dumino, Sartines.

a** DE sartires , qui s'est approchée en prêtant l’oreille.) *

Un rendez-vous! ah !.. et c’est chez moi!. .{EU* avanèe vivement.) M. de Givry, j’aurais un mot à vous dire.

civav.

A vos ordres, madame! ( au domino.) Tu le vois, je .suis obligé de te quitter.

LE BOMIBO.

Pourquoi donc? oh ! ne te gêne pas... pourvu que je tienne la basque de ton habit, c’est tout ce qu'il me faut; cause tant que tu voudras.

M m * DE SART1HE8 , à part.

. Eh bien, elle ne le quittera pas! ( Haut à Givry.) Je vois que vçqs êtes occupé frop agréablement, je n’insiste pas davan-

Elle fait quelques pas.

, GIVRY

De grâce , madame , daignez m’entendre!. . je vous jure.. .

m“* DE sartines, allant au fond.

Je vous défends de me suivre.

Mais je n’obéirai point.

Il fait un mouvement violent, se dégage de Legriel, et va rejoindre madame de Sartines dans le fond.

LEGRIEL, sur le devant.

Eh! bien, eh! bien; c’est une véritable anguille que ce marquis-là... Ah! il invite madame... s’ii danse, il n’y a pas d’inconvénient; et puis le rendez-vous que je lui ai donné... il n’a pas fait semblant d’y prendre garde; mais c’est égal, c’est comme un fil que je lui aurais attaché à la patte; ces jeunes seigneurs se montent si facilement la tête. Il reviendra près de moi.

Air de la Cataeoua.

• Ma tâche devient très facile ,

Grâces à mon déguisement :

De mon suspect , doux et docile ,

J e vais me faire un tendre amant 1 Sa conquête, par loi pressée,

A ses transports résistera ;

Il suppliera ,

S’enflammera,

A mes genoux se précipitera !..

Puis , quand la nuit sera passée ,

Sa conquête l’empoignera.

Respirons un peu... v’ia les roses du métier. C’o»t charmant, un bal masqué... ii aurait fallu rester dans la rue.,, je suis bien mieux ici... ( Les danses commencent. Désignant Givry qui danse en ce moment avec madame de Sartines.) Je n’ai jamais

* Madame de Sartines, Givry, le domino.

vu d’homme si actif; le voilà qui tricote comme un zéphir ! Qu’est-ce qui se douterait qu’il vient de me faire parcourir presque tous les quartiers de Paris !.. Je vais toujours m’asseoir provisoirement; car j’en ai grand besoin.

Il s’assied dans un fauteuil.

giyry, reconduisant madame de Sartines à qui il donne le bras, et s'arrêtant sur le devant de la scène *.

Que je meure, à l’instant, Madame, si la personne que cache ce domino m’est connue !

M m * DE SARTINES , à part.

Quelle audace ! {Haut.) Eh ! Monsieur, que m’importe ! Je trouve seulement du dernier ridicule que vous osiez me parler d’amour lorsque votre belle marquise (Elle désigne Legriel.) vous attend là , immobile, et refuse de danser, aûn de ne pas vous perdre un seul moment de vue.

Givry , d parti

Quelle émotion !

* sartines , les examinant **.

Ah! si cela continue, que deviendra mon rapport pour Versailles?... Voilà ce Givry qui cause tranquillement, avec ma femme, comme un saint!

GIVRt.

Pensez-vousréellemcnt, madame, que cette pauvre marquise aitquelqu’amitié pour moi ?

M m * DE SARTINES, à part.

L’hypocrite! (Haut.) Ah ! vous avez besoin que je vous l’assure ?.. Vous n’avez encore obtenu aucune preuve... aucune faveur?..

GIVRY

Je suis prêt à vous en faire le serment.

M mS DE SARTINES.

Ainsi, tout à l’heure, elle ne vous a rien accordé, elle ne vous a pas offert...

GIVRY

Quoi donc, Madame?

M m * DE SARTINES.

Un rendez-vous.

Fendant toute cette scène on danse dans le fond , des masques passent et repassent.

GIVRY, a part .

Eht moi qui l’avais oublié!.. (Haut , feignant d'être embarr assé.) Et vous savesle jour?., l’heure ?

I4“* DE SARTINES

J’en sais plus que vous ne voudriez.

* Legriel, assis, Givry, madame de Sartines.

Legriel, M, de Sartines, au fond , Givry, M«' de Sartines.

Eh! bien, Madame, il vous veste un moyen de me confondre... accordes - moi la même grâce à la même heure... au même moment et vous verrez...

M“* DE SARTIKES.

Qu’entends-je?

GIVRY

Ah! puisque vous êtes Si sûre de mon amour poûr une autre, que risquez-vous? quand sonnera minuit, permettez que je vous voie , seule ! que je me justifie !

m““ de sartines.

Vous justifier 7 Et comment le pourriez-vous? Non, monsieur, non!.< je n’y consens point!

Elle s'échappe, Givry la suit vivement. Pendant ce dialogue, la tête de Legriel emportée parie sommeil, tombe et se relève à plusieurs reprises. 1

legriel , rouvrant les yeux avec effort.

C’est singulier l’effet que me fait la musique. On dirait que ça me berce... puis tout ce monde.... ces jolies femmes.... ça éblouit... je n’y vois plus... Eh ! bien, eh ! bien , où est donc mon homme?.. Àh! le voilà... toujours avec Madame.

11 s’assoupit de nouveau.

Givry, revenant transporté.

O divine jalousie ! que ne te dois-je pas!., ce rendez-vous que deux mois de soins et d’efforts n’avaient pu arracher... Eh! moi qui maudissais ce domino rose! c’est mon ange gardien, mon dieu tutélaire!..

sartines, lui frappant sur l’épaule *.

Eh! bien, mon gentilhomme, comme vous paraissez joyeux. .. je vous félicite.

givry, à part.

Le mari! il choisit bien son moment pour me féliciter,

sartikes. .

On dirait que yqus tenez déjà vos 5 qq lonis.

GIVRY

Mes 5oo louis !

SARTIKES.

Ce mqt vôus donne à réfléchir, n’est-ce pas? réfléchissez, réfléchissez , mon cher ami; tous ne m’échapperez pas, je saurai tout... -

il rs dans le fond et fait ses adieux aux gens qui commencent à sortir.

GIVRY

Ah ! malheureux ! qu’ai-je fait? ce rendez-vous qui me iram-

* Legriel , Givry, Sartines.

portait de joie... je ne puis m’y rendre... surveillé, traqué par tous les limiers de la police... je la compromettrais , je la perdrais... et le lendemain le rapport au mari... Non, non, c’est impossible...

de sartines, revenant en scène**.

Quel supplice que ce bal ! Enfin , il va se terminer... givry, s'approchant (Telle.

Ah! Madame, un mot, je' vous supplie... cette faveur, si inespérée... si grande... que je paierais de ma vie... aujourd’hui... un danger... un obstacle inattendu... insurmontable .. oh î demain , demain , je vous en conjure.

M m ' DE SARTINBS.

Ce soir, ou jamais !

Elle se mêle encore à la foule, adresse des salutations à tous les gens qui se retirent , et rentre chez elle.

givry, à lui-même.

Impossible de lui expliquer... de lui faire comprendre... Eh! c’est au moment où tous mes vœux sont comblés! Que faire , grand Dieu !...

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