SCÈNE PREMIÈRE
LEGRIEL , endormi dans un fauteuil, toujours en domino.
Givry , sortant avec précaution de la porte d gauche.
Hâtons-nous de sortir (allant vers la porte du fond.) Fermée !... que signifie cette précaulion ?.. serais-je découvert? ( S’avançant et voyant Legnel endormi.) Legriel!. . c’était le domino rose!., plus de doute... il m’a vu entrer dans cet appartement. .. oh! pourquoi l’ai— je tant priée hier! ( regardant Legriel.) Le damné coquin ! comme il ronfle !. . Il me prend envie de l’assommer sur la place., ah! si je pouvais lui prendre la clé !.. (H cherche d glisser sa main dans la poche de Legriel qui prononce quelques mots inarticulés et s’agite comme s’il allait se réveiller. ) impossible ! ces gens-là ont un sommeil de lièvre. . .que faire ?. . je ne puis rester ici ; on va venir.. . ah! maudit soit mon pari ! ( ici on entend Rose qui fredonne) la voix de Rose ! dieu quelle idée elle m’inspire 1. . comment n’avais-je pas songé. .. oui le motif est tout simple. . . Rose se marie. . . je veux lui faire un présent de noce , assurer son bonheur. . . c’est une dette que j’ai contractée. .. en la quittant, j’ai soin qu’elle m’accompagne j’usqu’ici et alors., ah! monsieur Legriel nous verrons, tout-à-l’heure, si nous ne vous forcerons pas à faire quelque changement à votre rapport.
Ilrentrc vivement par la porte d’où il était toi
legriel, cndonni s'agitant.
Aie!. .aie!., pardon ! pardon! grâce... monseigneur!., (s’eveillant.y tiens, je ne vois plus de bâton., où suis-je donc?, .ah! dieu merci ! ce n’est qu’un rêve ! j’eü ai mal aux reins !
Air“tfe Téiiteïs.
Là, je rêvais que pour prix de mon tèle ,
Monseigneur, armé d’un gourdi.,..
Me payait l’horrible nouvelle Qu’il me faudra lui donner ce matin : ' •
Coups de bâton , je vous reçus en songe ;
Mais le réveil ne m’aura rien ôté !. .
Je souffrais déjà du mensonge ,
Et j’attends la réalité !
Chienne de commission! chien de déguisement! c’était bien la peine-”. . (Il ôte son domino et le jette atec colère sur une chaise.) mais qui aurait pensé?., je me disais, suivre quelqu’un l’espionner et rendre compte, c’est l’a. b. c. du métier. Je ne fais que ça depuis que j’ai l’âge de raison., ce diable de marquis , il pouvait aller dans tout Paris, quand c’eût été chez madame de Pompadour, je l’aurais dit hardiment. Il n’est qu’un seul lieu au monde, un seul que je n’oserais jamais signaler à Monseigneur et c’est justement celui-là qu’il va choisir!. . ( Allant à la porte de gauche.) toujours fermée! (Désignant l'appartement de madame de Sartines) il est encore là! ça ne le gêne pas, ’ lui, il s’en moque, ( tirant une clé de sa poche) allons, maintenant que j’ai l’œil ouvert je puis ouvrir.
Il ouvre la porte dn fond.