‹ Le domino rose comedievaudevilleanecdoteChapitre 23 sur 24 · M“ DE SARTINES, SARTINES , LEGRIEL, MOUETTE · texte numérisé non relu

M“ DE SARTINES, SARTINES , LEGRIEL, MOUETTE

M me de sartines , amenée un peu malgré elle.

Mais , Monsieur, je ne sais d’où vient une pareille fantaisie.

sartines.

Mais, Madame, ce n’est que pour obéir à vos ordres. Vous m’avez dit hier d’une manière si positive et si impérieuse que vous vouliez avoir des nouvelles de la Conduite de monsieur de Givry que je tiens à vous satisfaire : mon pari avec lui m’en fournit le moyen; un rapport va m’être fait dans un moment, vous l’entendrez et vous jugerez.

M°” DE SARTINES-

Hier, je pensais que vousparliez sérieusement, et j’ai pu par intérêt pour votre nièce... mais aujourd’hui qu’il ne s’agit que d’une lolie. . . je ne vois pas pourquoi...

SARTINES

Une folie! mais je trouve très-raisonnable de gagner 5oo louis et de convaincre un jeune étourdi de l’excellence de ma police.

M“* DE SARTINES

Lui, et d’autres pourraient être convaincus de choses bien peu importantes à savoir.

legriel , à part.

Je n’oserai jamais. . .

SARTINES

Malgré vos façons et vos scrupules, je suis sûr que vous mourez d’envie de savoir ce que ce mauvais sujet de Givry.— ( Apercevant Legriel qui se dirige vers ta porte) , et tenez, voici justement un de ses historiographes.

M m ' de sartines à part.

Ah ! mon Dieu !

LEGRIEL , d part.

Je ne puis pas l’échapper !

sartines, apercevant Mouette.

lût l’autre aussi ! Eh bien, mes braves, sommes-nous prêt? ? mouette , s'avançant hardiment.

Oui, Monseigneur.

legriel, d part.

Mouette a beau dire , je ne puis pas accuser Rose. sartines, à sa femme.

Asseyez-vous là. Madame, et écoutez bien. ( A Legriel qui est resté consterné.) Voyons, Legriel, approche et commence,

( Ils s’asseyent.)

M rae DE SARTINES, d part.

Mon Dieu î que va-t-il dire!

legriel, à part.

Commence!.. Ça me fait l’effet du jugement dernier; je n’ai plus de sang dans les veines, bien sûr... et devant sa femme, encore!

SARTINES

Que diable fais-tu là, cloué, à cette place? Est-ce qu’il manque quelque chose à ton rapport ?

legriel.

Oh! non , rien n’y manque ! ( A part.) Malheureusement. [Haut.) Monseigneur n’est pas seul. Je pensais...

SARTINES

Oh ! tu peux parler devant Madame; elle le désire. lecriel d part, stupéfait.

Ah ! en voilà une qui a un drôle de goût!

m“* de sartines , se levant.

En vérité. Monsieur, c’est trop exiger de ma complaisance , et je vous prie. . .

sartines, la faisant asseoir.

Je vous prie, moi, de m’accorder un instant. Eh bien, Legriel, qu’attends-tu donc?

, LEGRIEL

Oh! rien. Monseigneur, seulement, comme c’est Mouette

qui a eu l’honneur de suivre M. de Givry pendant la journée , si vous le permettez, je ne parlerai qu’après lui.

SART1NE9

C’est juste. Mouette, tu as la parole.

mouette * , un papier à la main.

Voilà, Monseigneur. M. le Marquis est parti d’ici et s’est rendu au café Procope où il a déjeuné , et mangé prodigieusement. J’étais un des garçons qui servaient M. le Marquis. Au moment où je lui apportais un salmis de bécasses qui avait, ma foi , une odeur excellente, il m’a lancé un coup-d’œil , et le salmis est arrivé en ligne directe sur mon habit et sur ma veste; le tout m’avait coûté quatre-vingt-dix livres ; j’ai porté cela en compte.

SARTIKES.

C’est bon, c’est bon; poursuis.

MOUETTE

De là, M. le Marquis est allè au jeu de paume de Maillard, il a fait plusieurs parties, et n’a été ni heureux, ni adroit, car les balles de M. le Marquis me venaient toujours dans les jambes au lieu d’aller sur la raquette de son partner. De là... (les heures sont écrites en marge, Monseigneur pourra y jeter les yeux.) De là M. le Marquis est allé chez Thuret, le baigneur. A peine avais-je commencé de déshabiller M. le Marquis, qu’il m’a reconnu, apparemment; car il m’a pris par le chef et me l’a plongé , à plusieurs reprises, dans Peau chaude de sa baignoire. . .

SARTIHES.

Il a voulu te laver la tête, mon pauvre Mouette.

mouette, continuant.

J’ai dû suivre M. le Marquis avec l’humidité que cela m’avait occasionnée, et j’en aurai certainement un gros rhume, pour lequel je consommerai infiniment de réglisse ; je la mettrai sur mon mémoire de frais, n’est-il pas vrai, Monseigneur?

SARTI8ES

Oui, oui ; après.

MOUETTE

Après, M. le Marquis s’est rendu dans la rue Charolais, chez Durieux , pour se faire accommoder. Comme je présentais la boîte au barbier, M. le Marquis, d’un mouvement de la maiu, m’a jeté toute la poudre à la figure, et s’eu est allé.

sartinbs, riant.

Ah ! ah ! ah !

mouette, continuant.

Je n’y voyais plus; mais, à force de me frotter, j’ai rejoint

* Madame et M. de Sartiacs , Mouette , Legriel, -, — —

M. le Marquis au coin de la rue, et je l’ai suivbaux Tuileries, où l’on voulait m’empêcher d’entrer, me prenant pour un maçon à cause de cette poudre; mais j’ai montré mon œil. De là,

M. le Marquis est allé à l’hôtel de Ponchartrain, où il a dîné et mangé, toujours prodigieusement. Après le dîner, M. le Marquis allait se rendre à l’Opéra, où je me disposais à le suivre, quand M. Legriel m’a relevé.

SARTINES

Allons, c’est très-bien, mon garçon; je suis content de tou zèle. A toi , Legriel.

mouette, bas d Legriel *.

Il n’y a plus à reculer; n’oubliez pas mon moyen. legriel, de même.

Que le diable t’emporte! {Haut. ) Dès le commencement de mes fonctions, un embarras se présente... {A part.) Et ce n’est pas le seul. ( haut. ) La loge de madame de Ponchartrain est à Pavant-scènc, et de l’orchestre, gêné d’ailleurs par une contrebasse, je n’aurais pas pu voir. Donc, je suis allé au théâtre; mon frère qui est figurant, allait faire un fleuve dans le ballet des Quaire-Elémens je prends son costume, et, à la ritournelle , j’entre en scène avec une rivière. Nous commencions une courante quand le Marquis me voit, se lève, laisse la marquise, et s’ep va; moi, je laisse ma rivière , je passe sous le char de Neptune, je me sauve; pour courir plus vite, je jette mes habits de fleuve dans le ruisseau. Je continue ainsi en chemise à poursuivre M. le Marquis.

SART1HES.

Ah! ah! ah! en chemise! Le voyez-vous. Madame, courir ainsi dans la rue? Mais vous ne ririez pas, même quand le guet lui aurait donné les étrivières ! bravo ! mon ami, bravo ! voilà un trait qui te thil honneur.

legriel, à part.

Quand il saura à quelle découverte ce beau trait m’a fait arriver...

SARTINES

Continue, continue; c’est tout-à-fait divertissant.

LEGRIEL

M. le Marquis, à sa sortie de l’Opéra, entra au moins dans vingt maisons ; dans l’une, M. le Marquis voulant peut-être se débarrasser de moi, et par forme de plaisanterie, m’enferma dans une chambre et sortit ; moi , je sautai par la fenêtre, ce qui me fit perdre de vue un instant M. le Marquis.

M“* DE SARTIHES , Ü part.

Je suis au supplice.

‘ L< grill , Mouette,

SAftTINES.

Allons, va!

legriel, tirant un papier de sa poche.

Ah! voici la liste des maisons où M. le Marquis est entré , la rue , le numéro. . .

Bon, bon, reprends ton récit.

legriel, avec un gros soupir.

Enfin M. le Marquis s’est décidé à venir ici.

9ARTIWES.

Tu dis cela comme un homme désespéré ?

M mt DE SARTINES, fl part.

Saurait-il quelque chose ?

LEGRIEL

C’est que voiliî le moment où mes peines commencent. Monseigneur!

S ART] NES

En vérité? Conte-nous cela.

LEGRIEL

J’endosse un domino rose, j’arrive dans la salle du bal en même temps que le Marquis , et je m’empare de son bras.

M m0 DE SARTIRES, « part.

C’était Legriel! Je suis perdue !

sartibes, riant.

Oui, je sais cela, et ce pauvre Givry, qui se croyait en bonne fortune ! .. qui te disait, je gage, des douceurs!. .

LEGRIEL

Pas précisément. . . Bref, il a invité Madafne à danser.

Je l’ai vu comme loi. . . Passe à sa sortie d’ici, c’est ce qui m’intéresse.

mouette, à part.

Je le crois bien, qu’il avait intérêt à sa sortie; mais br. . .

legriel , cherchant dans sa poche.

A sa sortie d’ici. Monseigneur?. .

mouette, à part.

Ah! le malheureux! quelle bêtise! Il va donner sa lettre! Est-il entêté , donc!

Il lui fait des signes que Legriel ne voit pas. legriel, troublé.

, A sa sortie. . . pendant que vous lui disiez adieu, Monseigneur... il m’a semblé. . . j’ai cru voir. . .

Dioitize d bv CjOOQI

de sartines , à part.

Ah! je meurs! [haut. ) M. Legriel ne se permettra pas , sans doute devant moi, de raconter des détails que je ne pourrais pas entendre.

sartines, se lexant aussi.

Oh! il gazera!.. Et cependant, tenez, je crois que vous avez raison, et qu’il vaut mieux que vous ne soyez pas présente.

m”” de sartines , d part.

Grand Dieu ! en mon absence, il dira tout. [Haut. ) Non , ce récit m’intéresse, et je ne serais pas fâchée de rester; je prie seulement M. Legriel de faire attention à ce qu’il dira.

SARTISES.

A la bonne heure !. . Poursuis , Legriel.

. Ils se rasseyent.

legriel, d part * '

Un goujon dans la poêle n’est pas plus â plaindre que moi î

SARTINES

Achèveras - tu ?. . Tu disais que tu avais cru voir ?. . Quoi ?

M m " DE SARTINES, à part.

Quel châtiment!

legriel, à part.

Je ne peux pas me décider à accuser Rose. . . Et je ne peux pas me résoudre à dire. . .

SARTINES

Sais-tu bien que tu commences ù m’impatienter.

LEGRIEL

J’y suis, Monseigneur ! [A part.) Ma foi, j’aime mieux mentir! ( haut et cCunUon décidé.) EnCn, le Marquis descend rapidement l’escalier, s’élance avec audace au milieu des équipages ; je m’élance aussi. . . un cheval me renverse!

. M“ e DE SARTINES, d part.

Je suis sauvée !

LEGRIEL

C’est ici. Monseigneur, que j’ai besoin de toute votre indulgence... ici que je me suis rendu coupable d’une faute impardonnable, car tandis que j’avais l’infamie, la petitesse d’employer toute mon attention . . . toutes les ressources de mon esprit à tirer une de mes jambes de dessous la roue d’un carrosse, monsieur de Givry employait les deux siennes à s’échapper et quand je me suis relevé il avait disparu.

SARTINES

Disparu!

M mt de sartines, à part , se levant .

U ne soit rien !

sartines , se levant.

Comment, morbleu! au risque de te rompre le cou, tu sautes d’un second étage, et tu t’arrêtes devant une misérable roue de carrosse ! il y a quelque chose là-dessous.

LEGRIEL

Monseigneur, je vous jure. . . qu’il n’y avait là-dessous que ma jambe.

SARTINES

Air : J’en guette un petit de mon âge.

Une jambe? Eh! qu’importe, traître?

RéponcU-inoi ; n’en as-tu pas deux ?

LEGRIEL

Monseigneur, j'aurais tort peut-être Si je vous parlais de mes yeux :

Ne faut-il pas être des plus ingambes Pour remplir un pareil devoir ?

Avec un œil je sais que l’on peut voir ,

Mais pour courir il faut deux jambes.

SARTINES

Tais-loi! [A part.) Me faire perdre cinq cents louis! m’exposer...

M m * DE SARTINES.

Je demande grâce pour lui, Monsieur, le zèle et l’adresse qu’il a montrés...

SARTINES

Eh! Madame, e’est bien parce que je connais son adresse que je suis furieux! Apprenez qu’on ne m’abuse pas ainsi : je lis dans ses yeux qu’il ment, qu’il a vu des choses qu’il ne veut pas raconter, et je ne lui pardonnerai sa coupable réticence qu’à une condition; c’est qu’à l’instant même il va achever son rapport.

t iegbiel , vivement.

Mais Monseigneu»...

sartines, l'interrompant.

Tu en sais plus que tu n’en as dit. Tu vas achever. . . sans omission, sans restriction... ou je te chasse... et Mouette aussi. mouette, stupéfait , à part.

Mouette aussi !

M nc DE SARTINES , « part.

Oh! mon Dieu ! moi qui croyais que c’était fini !

mouette, bas à Legriel.

Chef, je vas tout dire d’abord, si vous ne vous décidez pas.

LEGRIEL, bas.

Comment, tu veux. . . Encore si j’avais prévenu Rose.

MOUETTE

Eli! vous la proviendrez après.

sartines , à Legriel.

Parleras* tu ?

legiuel , à lui-même.

Allons, il faut bien s’y résigner. Rose, vertueuse Rose!., pardonne-moi !..

Page 1