‹ Le donjon de Vincennes drame en cinq actes et dix tableaux par mm. Dennery et GrangéChapitre 56 sur 89 · SAINT-MARS, FOUQUET · texte numérisé non relu

SAINT-MARS, FOUQUET

SAINT-MAR», U r-»»nl»«il , t part.

Mon Dieu!... quelle pâleur I quels horribles ravages!

SOI. 'OU VT, d»» n« MiU d , r V »r»«M.I.

Le jour!... la lumière! Que me veut-on ?... où in’a-t-on conduit?... Mes yeux, privés depuis longtemps de la clarté du ciel, peuvent à peine distinguer... Où suis-je f (s»jyr«A*«i leaiemcai a» SsiM-Rart.) Qui êtes-vous ?...

(Le regardant en face.)

SAINT-MARS

Vous ne me reconnaisscz-pas?

fouquet.

Ah ! que me» yeux s'éteignent tout à fait dans les larmes, mou cœur qui te révoltera a votre approche, me dira toujours: C'est ton bourreau!...

Ce n’est pas pour vous infliger de nouvelles souffrances que je vous ai fait conduire chez moi...

FOUQUET

Oui ! vous avez craint saus doute que l'air ne manquât à ma vie... que votre proie ne vint à vous échapper! Mais c’est en vain «jue vous espérez prolonger mon supplice !... Voyez... la force, l'existence m'abandonnent... je puis à peine nie soutenir.. Encore quelques jours... quelques heures peut-être... et mes tourments finiront... et votre victime n appartiendra plus qu'à Dieu !

(U tombe épuisé sur un fauteuil.)

SAINT-MARS

Le malheureux >«.) Monsieur !... monsieur!... remettez-vous... écoutez-inoi.

FOUQUET, «MrMil A M.

Que je vous écoute!... Quelles cruelles paroles avez-vous à me faire entendre?

SAINT-MARS

Je ne vous apporte, aujourd'hui, que des paroles de paix et de conciliation.

FOUQUET, Mxirinl *'« •fcfrlaa*.

Vous?...

SAINT-MARS

C'est votre salut que je viens vous proposer.

FOUQUET

Mon salut?...

Je vous jure du fond de mon âme, sur les pieux souvenirs de mon enfance, sur la mémoire de ma mère , je vous jure que si vous ôtes las de souffrir, je suis las de vous persécuter. Ce rôle de loiirmenleur me répugne et me pèse. 11 révolte mon cœur... J'ai honte de frapper un ennemi désarmé!... et c’est moi, monsieur, qui viens vous demander grâce... oui, grâce, entendezvous? C’est le geôlier qui implore son prisonnier! c’est le bourreau qui supplie sa victime !...

FOUQUET

O* langage est bien nouveau pour moi, monsieur... et si vous voulez que je vous croie, dites-moi donc d’où vient ce changeroeut.. cette miséricorde tardive?...

SAINT-MARS

Ah ! c’est que. jusqu’à ce jour, mon cœur, abreuvé par vous d’amertume et ae honte, n’avait pour se retremper ni l’amitié, ni l'amour, ni l’espoir; et il n'y a qu’un instant, monsieur, que tous ccs biens sont venus me sourire : j'aime, je suis aime!... Et

i'ai voulu vous voir, pour vous dire : Le ciel a eu pitié de moi; laiasez-tnoi être généreux... Je suis heureux, monsieur; laisse xmoi être bon !

FOUQUET

Ah f voua êtes heureux ? vous êtes aimé ? Vous comprendrez alors toutes les larmes que vous m’avez fait répandre...

uoimuu,

Mais je veux les tarir 1... Dites un mot, consentez à rendre l'honneur à ma sœur, et je brave les ordres du roi, et l'assure votre fuite... et ma fortune sera la vôtre !... Vous ne répondez pas?... vous détournez la tête!... Mais c’est donc une bien grande honte d'entrer dans ma famille, que vous préfériez à cette union la prison, la mort même T

FOUQUET

Non. monsieur... Je vous ai dit que vous alliez comprendre toute l’amertume de mes larmes; vous comprendrez aussi le motif de mes refus... Vous aimez depuis longtemps, j'aime depuis longtemps aussi!... Celle qui vous est chcre consent au-

i ourd'hui seulement à partager votrenraour; celle à qui j'ai lonné ma vie a tout bravé, tout sacrifié pour n'èlre qu’à moi... Interrogez votre cœur, monsieur, et dites-moi ce qu'il répondrait si l'on venait vous dire, en ce moment : Pour assurer ton repos, ton bonheur, il faut renoncer à elle!

SAINT-MARS

Y renoncer!... jamais! jamais!...

FOUQU’ET, i«t force.

Jamais!... c’est aussi le cri de mon Ame!... Jamais!... jamais!...

MISMURS.

Mais cette femme ne peut vous appartenir, puisque vous êtes mon prisonnier, puisque rien au monde, excepté votre consentement au mariuge que je vous propose, ne saurait vous rendre la liberté!

FOUQCST.

Tant qu'il me re« t#r * un souffle d'existence, *ant qu'il restera un battement à mon cœur, ce battement, ce souille appartiendront à celle que j’aime... A elle, monsieur, ou à personne ! saint-mars.

C'est votre dernier mot?...

Oui.

SAfNT-MÀRS.

Vous persistez à repousser ma prière?...

FOUQUET

Je persiste.

SAINT-MARS

C'est vous qui êtes ineiorable, monsieur! C'est vous qui prononcez votre condamnation !

BONAVF.NTt’RE, rot mit.

L’aumônier attend monsieur le gouverneur pour la cérémonie.

SAINT-MARS, à

Son mari!... Dans un instant elle va m’appartenir!... Oh! que je suis heureux! Mais lui?... (a rouqnci.) Pour la dernière fois, monsieur...

FOUQUET

Pour la dernière fois, ne me demandez pas d’être parjure!... saim-mahs.

J'ai fait ce que me commandait ma conscience. Dieu nous voit et nous juge, monsieur ! (a Reconduisez le pri-

sonnier. (il ion.)

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