‹ Le dossier d'un déporté de 1804Chapitre 25 sur 31 · MORIN · texte numérisé non relu

MORIN

Par le préfet.

Pages, C. de bureau.

Et enfin l'attestation du sous-préfet de Caslelnaudary :

Le sous-préfet du premier arrondissement communal de TAude, certifie Devers qui il appartiendra, qu'il n'est nullement parvenu à sa connaissance que le Citoyen Hugues Des-

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trem mis en surveillance sous l'autorité du préfet de l'Aude, et autorisé à se domicilier dans la commune de Fanjeaux, ainsi qu'il conste de la lettre du grand juge ministre de la justice en datte du 3® floréal Dernier, aye produit aucune notion désagréable par une conduite contraire à l'ordre et à la tranquillité de ses concitoyens, déclarant qu'il n'a absolument reçu aucune plainte sur le compte du D* Destrem en faveur duquel il a délivré le présent pour lui servir et valoir autant que de besoin.

Fait dans les Bureaux de la sous-préfecture de Castelnaudary, le 10*> thermidor de Tan XI*.

Robert.

VIII. — Second internement à Saint-Martin de Ré, — Départ pour Cayenne,

Hugues Destrem ne pouvait s'illusionner sur la signification de ce nouvel internement à nie de Ré. Il dut se juger perdu irrémédiablement, deviner que la mesure dont il était l'objet, était l'indice de sa prochaine déportation ; c'est alors, sans doute, que des habitants, ainsi que je l'ai déjà noté, lui conseillèrent de fuir, comme purent le faire précisément deux de ses compagnons d'internement, Toulotte et Perrault ; s'il rie suivit pas leur exemple, ce fut apparemment, que les moyens de tenter l'évasion lui manquèrent, soit qu'il fut trop activement surveillé, soit qu'il fut démuni d'argent. Mais j'imagine sans peine que ces derniers mois de l'an XI durent être sombres pour le proscrit. On ne le vit plus, j'en suis certain, déployer dans les quelques maisons amies où il était reçu, ces

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petits talents qu'il avait exercés autrefois pour ramusement de ses enfants, à la longue table de famille. (1).

Au surplus, l'heure sonnait où Destrem n'aurait plus la faculté de circuler dans le bourg ; au début de l'an XII, Delorme, capitaine de gendarmerie de la Charente- Inférieure, avait successivement arrêté et conduit à la citadelle, ceux des internés que Ton destinait à un convoi pour la Guyane.

Ces proscrits étaient au nombre de quarante-quatre ; l'évasion de Toulotte et de Perrault, la grâce accordée au général Simon, la mort d'une quatrième victime :

Georget, réduisirent ce chiffre à quarante, qui furent tenus réunis dans les citadelles de Ré, d'Oléron, et dans une prison de Saintes, jusqu'au jour de leur embarquement en rade de l'île d'Aix.

En pluviôse an XII (février 1804), Etienne Destrem, sans doute par une lettre de l'île

(1) Comme écuyer tranchant, me dit M. Genest, il était d'une maîtrise surprenante. Il découpait une volaille, en la tenant en l'air, de la main gauche, au bout de la fourchette, le coude appuyé sur la table. Il déclara un jour à quelques convives qui admiraient son habileté, qu'il découperait de la même façon une forte pièce, un lièvre par exemple. On fit, exprès, cuire un lièvre entier, et le soir venu, il s'en tira si heureusement, toujours par le môme système, qu'après avoir détaillé chaque membre de la bête, il les replaça sur le plat, exactement dans la situation qu'ils occupaient auparavant, si bien ajoutait M. Genest, que le lièvre parut entier, et (( prêt à se sauver ».

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û'e Ré, est informé de cette situation ; il écrit au Grand Juge :

Et. Destrem, négociant de Carcassonne au Grand Juge de la République,

Citoyen Grand Juge,

Je renouveUe mes importunités, parce que ma douleur se renouvelle d'une manière bien vive et bien cruelle ; le malheureux a son cœur bien soulagé en s'adressant à vous ; il éprouve en vous participant ses peines, un grand soulagement à ses maux.

J'ai appris que mon père est renfermé à la citadelle de St-Martin, Isle de Rhé, et que le gouvernement a ordonné sa déportation à une des Isles les plus éloignées.

Si je vous faisais un tableau fidelle du délabrement de ses affaires, de l'anéantissement de sa fortune, de l'affreuse misère qui accable sa famille, vous écouteriez ma plainte avec le plus vif intérêt. Mais vos moments sont précieux au bien des infortunés, et je ne peuts ni ne dois entrer dans de longs détails.

Je vous demande une dernière grâce, citoyen Grand Juge, c'est de me répondre deux mots au sujet du sort de mon père infortuné. Je vous implore avec l'accent de la plus vive douleur ; pardonnés à ma malheureuse famiUe, si elle demande son père avec tant de désir.

Salut et respect,

Et. Destrem.

Carcassonne le 14 pluviôse an XII de la République française.

On lui répond d'autant moins que les ordres formels sont de tenir secrets tous les détails des embarquements. Vers cette même époque, un des fils de Destrem — je n'ai pu savoir si ce fut Etienne — arrive à

nie de Ré, espérant voir son père ; le proscrit était déjà en mer, sur la frégate la Cybele, commandée par le capitaine Senez, Senez emportait un état signalétique « des individus compris dans le Sénatus-Consulte du 15 {sic) nivôse an IX, qui ordonne leur mise en surveillance spéciale hors du territoire européen de la République, et dont rembarquement a été ordonné par la lettre du premier Consul du 17 frimaire an XI, et sa décision du 16 brumaire an XII », la note relative à Hugues Destrem était ainsi conçue :

Noms et prénoms : Destrem (Hugues) ;

Signalement : âgé de 50 ans, de Fangeau (sic), Haute Garonne (sic), 1 m. 78 cent. Cheveux gris blancs, sourcils châtains, yeux gris, bouche moyenne, menton rond, visage ovale et plein ;

Profession avant son arrestation : négociant et ex-Conventionnel (sic) ;

Décision sur son compte : compris au Sénatus Consulte du 15 nivôse an IX ;

Renseignements sur sa conduite, avant son arrestation : opinions et manœuvres séditieuses;

Depuis son arrestation : très bonne conduite sous tous les rapports ;

Observations : le commerce qu'il faisait, et la place qu'il a occupée donnent lieu de croire qu'il pourra être employé utilement.

J'ai autrefois (1), donné dans ses détails, rhistorique de l'embarquement des quarante proscrits sur la Cybele, et de leur envoi dans la Guyane. Je me borne ici à résumer ces renseignements.

(1) Les Déportations du Consulat et de TEmpire, p., 186 et suiv.

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La Cybele devait être convoyée par la Dû don, que commandait le capitaine Brouard, constitué chef de cette petite escadre. L'expédition avait un double but : transporter à Gayenne les quarante victimes, puis se rendre aux Etats-Unis et en ramener un frère de Bonaparte, Jérôme. Ce dernier trouva un prétexte pour ne pas rentrer en France par l'occasion qui lui était ainsi offerte.

On commença — 22 pluviôse an XII — par amener à Rochefort les futurs déportés extraits d'Oléron, de Ré et de Saintes ; le préfet de la Charente fit fournir des vêtements à ceux des proscrits qui en manquaient ; « cette mesure, écrit le préfet au Grand Juge, était réclamée par Thumanité, vu l'extrême rigueur de la saison ». A la date du 25 pluviôse, les quarante victimes étaient embarquées toutes sur la Cybele; on n'en plaça aucune sur la Didon, a Ces frégates sont encombrées plus que vous ne pourriez l'imaginer », écrit au ministre le préfet maritime. Le 7 ventôse les préparatifs étaient terminés et « la communication avec la terre était défendue », (lettre du préfet maritime).

Le 10 ventôse an XII, les deux frégates se mirent en route : « ces batimens ont appareillé hier soir à huit heures, avec un joli frais de vent de sud-est... la neige qui tombait lors de leur départ, et le temps étant très noir, les aura favorisées, et sans doute soustraites à la vue de Tennemi »,

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(lettre du préfet maritime, 11 pluviôse an XII).

Parmi les passagers libres de l'une des deux frégates, figure un nom assez inattendu, celui de Mathurin Bruneau, Tun des futurs faux Louis XVII. Je recueille ce mince détail dans . un livre écrit précisément par un autre faux dauphin, le baron de Richemont :

... Arrêté à Paris en 1803, il (Mathurin Bruneau) fuf enfermé comme vagabond, dans la maison de détention de St-Denis ; h avait alors 19 ans. Pour sortir de ce lieu, il s'engagea comme canonnier aspirant de marine, dans le 4« régiment d'artiflerie, fut embarqué à L'Orient (1) sur la Cybèle et partit pour les Etats-Unis, où il déserta... {Méinoires d'un contemporain... le baron de Richemont, p. 180).

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