‹ Le dossier d'un déporté de 1804Chapitre 9 sur 31 · VII. — Le 19 Brumaire an VIII · texte numérisé non relu

VII. — Le 19 Brumaire an VIII

La première fois que je demandai aux Archives nationales communication des dossiers du Coup d'Etat de brumaire, on m'apporta un carton miraculeusement indigent : quelque brochuraille sans rapport direct avec l'événement ; de papier manuscrit, pas une feuille ; je pensai que Ton se moquait de moi ; comme je n'étais pas en mesure d'insister — c'était sous l'Empire — je n'insistai pas. J'ai su depuis que cette vacuité des cartons de brumaire avait persisté. Je ne suis pourtant pas inquiet : la France est un pays où tout peut se perdre, excepté une feuille de papier, et j'ai la certitude que le dossier se retrouvera, sinon aux Archives nationales, du moins dans les tiroirs de quelque descendant de l'un de ceux qui ont gouverné depuis novembre 1799.

D'ailleurs, les journées des 18 et 19 brumaire sont tout de même connues en tout ce qui concerne le rôle public des personnages du moment ; les séances du 19 brumaire sont au Moniteur suffisamment vivantes et développées ; on ne semble pas avoir eu le temps de les corriger au goût des maîtres du lendemain. Et puis les témoins sont nombreux : Gombes-Dounous, Lombard de Langfes, Bigonnet, Delbrel, Jourdan, Cornet, Savary, beaucoup d'autres encore ont parlé chacun selon son tempérament.

Sous le Second Empire, à l'aide des ren^

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seignements alors connus^ M. Charles Beauquier, dans son travail : Les vrais héros de Brumaire (journal Le Réveil, du 13 juillet au 6 septembre 1870), M. Paschal Grousset, dans son livre : Le Coup d'Etat de Brumaire (chez Armand Le Chevalier, 1869), ont présenté des tableaux déjà solidement peints ; depuis, grâce à des lumières accrues par de nouvelles publications de mémoires, M.

P. A. Aulard, dans son : Bonaparte et les poignards des Cinq-Cents, si sûrement, si parfaitement construit ; M. Albert Vandal, dans un livre favorable à la conjuration, mais armé d'une documentation abondante, bien classée {VAvènement de Bonaparte, tome PO, ont fait, de la séance du d9 brumaire aux Cinq-Cents, des récits que je tiens pour définitifs, en réservant toutefois la découverte encore possible de nouvelles sources.

On ne trouvera pas ici un historique des 18 et 19 brumaire (1) ; ce serait dépasser

(1) Je le répète : pour avoir, dans son ensemî)le, une impression nette, sincère de la séance de rOrangerie dont je ne donne ici que les épisodes qui intéressent spécialement Destrem, il faut lire les ouvrages de MM. F. A. Aulard et Albert Vandal dont je viens de donner les titres ; tout ce qui est actuellement connu y est.

En dehors de ces deux travaux d'une documentation si sûre, il convient de signaler le livre curieux de M. Edouard Noël : Brumaire, Scènes historiques de Van VIll, où la fiction dramatique est rigoureusement asservie à la vérité et à Tordre chronologique des événements. Cest une œuvre de grande valeur.

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le cadre de ces notes biographiques uniquement consacrées à Hugues Destrem. Je me bornerai à suivre mon personnage, autant que possible, dans tous ses mouvements.

Si nous consultons les tables du Moniteur (pour les mois de vendémiaire et brumaire an VIII), au mot : Destrem, nous y lisons :

Son opinion dans la discussion engagée sur le projet de résolution relatif aux bons de réquisition donnés dans plusieurs départements de l'Est : Propose d'adresser un message au Directoire, pour avoir l'état total des réquisitions faites ; discute le projet de Saint-Horent, relatif à la répartition des Contributions de l'an VIII ; il fait autoriser le Directoire à prélever une somme de 30,000 francs sur l'arriéré des contributions pour assurer le service du I brumaire au X ; présente son projet sur la nouvelle organisation de la poste aux lettres ; fait ajouter 75,000 francs pour les dépenses du secrétariat général du Directoire et du bureau des fonds établi près le ministère de l'Intérieur ; il ramène la discussion sur le tarif de la poste aux lettres ; soumet une nouvelle rédaction du tarif des postes aux lettres que le Conseil adopte.

Il semble donc que le coup d'Etat vienne surprendre le laborieux représentant en plein travail législatif ; on va voir que tant d'heures données à l'objet habituel de ses préoccupations, à l'étude de la situation financière ou à des questions ayant quelque rapport avec cette matière, n'empêchaient pas Destrem de surveiller de près la crise politique. Bien des années plus

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tard, un de ses collègues du Conseil écrira^ en homme capable de rendre justice à un adversaire qu'il connaît bien, ayant travaillé près de lui dans les Commissions dit Conseil :

... Si Barras était tranquille, Gohier et Moulins Tétaient moins. Derrière eux s*agitaient encore des hommes dangereux par leur énergie et leur caractère. Je placerai, au premiier rang, Destrem de Toulouse. Il possédait une fermeté peu commune, une haine raisonnée du despotisme, nru'il craignait de voir renaître, si un gouvernement militaire s'établissait ; il aurait tenté, pour Tempôcher, le coup le plus désespéré, car, il y avait dans son âme quelque chose de ces inspirations romaines si vivement recherchées de nos sombres républicains. Destrem était véritablement fanatique de la liberté, il croyait qu'elle suffisait à la gloire et au bonheur de la nation, et pour qu'elle put s'établir en France, aucun sacrifice ne lui aurait coûté.

La plupart de ses collègues, aux Cinq-Cents, pensaient comme lui. (Fabre, de l'Aude, Mémoires d'un pair de France^ ex-membre du Sénat Conserimteur).

A la séance du 9 vendémiaire an VIII, Destrem fit part à ses collègues d'un fait qu'il jugeait au moins insolite, et sur lequel il désirait des explications :

Destrem, par motion d'ordre. — Hier, je fus instruit qu'il venait d'être imprimé chez Baudouin une lettre circulaire de convocation aux représentants, pour une séance extraordinaire dont le jour et l'heure ne sont pas indiqués. Elle est ainsi conçue :

(( Citoyens représentants, vous êtes invités è. « vous rendre à la salle des séances du Conseil»

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« pour y assister à la séance extraordinaire qui Cl s'y tiendra le... à... heures du...

« Signé : Les membres de la com' (( mission des inspecteurs, »

Je suis loin de chercher à répandre le soupçon sur le but d'une telle convocation extraordinaire ou d'un tel moyen de convocation ; mais je pense que nous devons prendre des renseignements et des éclaircissemens à ce sujet ; car je ne crois pas que la commission des inspecteurs ait le droit d'ordonner des convocations pareilles ; il n'y a que le président qui a le droit de convoquer le Conseil.

Vezin. — Je ne crois être obligé de rendre aucun compte de ce qui fait l'objet de la motion de mon collègue, avant que le Conseil ait reçu de plus grands éclaircissements. Je demanderais que l'imprimeur, le commis et le porteur môme de la circulaire fussent fnterrogés ; on verrait qu'il ne faut qu'un mot pour satisfaire toute la sollicitude du préopinant.

Destrem. — Je ne m'oppose pas à ce qu'on interroge les personnes qui viennent d'être indiquées ; mais puisqu'il dit que d'un seul mot il peut nous tirer de l'inquiétude où nous sommes, je demande qu'il veuille bien nous prononcer ce mot. (Moniteur, 10 vendémiaire).

Vézin et Beaupré, ce dernier secrétaire de la Commission des Inspecteurs, eurent besoin de plus d'un mot pour « satisfaire la sollicitude » du Conseil, car il fallut une discussion assez longue, discussion à laquelle Destrem ayant dit ce qu'il avait à dire ne prit aucune part, pour que l'assemblée passât à l'ordre du jour ; le débarquement de Bonaparte ne fut connu des Conseils que le 21 vendémiaire, douze jours par consé-

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:quent après rincident qui vient d'être noté ; mais il faut se rappeler que la conjuration >est bien antérieure au retour de Bonaparte puisqu'elle date, au moins, du mariage de Joubert et de son départ pour Novi ; il faut se rappeler encore que, dans quelques jours, le premier acte effectif des conjurés sera de convoquer à domicile les Anciens pour une séance extraordinaire, et, parmi les Anciens, ceux-là seulement dont on se croira sûr ; enfin, les explications de Vezin gagneraient à ce que Vezin ne fut pas devenu, après le 19 brumaire, délégué des Conseils dans les départements, tribun, chevalier de l'Empire, conseiller à la cour de Montpellier et député au Corps législatif. Toujours est-il qu'il résulta des expli- <;ations de Beaupré que l'ordre de faire imprimer ces convocations, venait de Lucien Bonaparte.

Le 15 brumaire, banquet offert par les Conseils à Bonaparte et à Moreau dans le temple de la Victoire (église Saint-Sulpice). Ce fut assez froid ; c'est là, je crois, que quelqu'un dit de Bonaparte :

— Tâchons de faire en sorte que ses lauriers ne lui fassent pas le tour de la tête.

On s'observait :

Si les Jacobins s'étaient fait un genre de point d'honneur de n'être pas de ce banquet, ils avaient néanmoins senti la nécessité d'y envoyer leurs espions. Je ne me rappelle que le nom de deux : Destrem, de Toulouse, l'hercule du Conseil des Cinq-Cents, homme de six pieds de taille, et d'une corpulence à proportion, et

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Groscassan-Dorimon... (Gombes-i^ounous, Notice, sur le 18 Brumaire^ par un auteur qui peut dire : quod vidi tester).

Briot et Destrem se sont trouvés au repas du 15, mais on n'a vu ni Jourdan, ni Augereau. Le dîner a été court, silencieux et peu gai. Bonaparte s'est échappé comme un éclair après les toasts. Les instruments de musique ont fait tous les frais de la conversation. Au reste, la plupart des convives avaient dîné, dit-on ; on s'est mis à table par bienséance, et, en général, il y avait dans ce repas, une tenue diplomatique, un air de contrainte qui prouve qu'on peut se réunir volontairement au même banquet, rompre le même pain et n'avoir pas la même opinion politique, être convives sans être intimes.

{Gazette de France, 17 brumaire, an VIII).

Nous voici arrivés à la séance de TOrangerie de Saint-Cloud. Elle devait s'ouvrir à midi, mais les tapissiers n'avaient point terminé l'aménagement de la salle ; et elle ne commença que vers deux heures, contrairement à l'assertion du procès-verbal, lequel — au rebours du compte-rendu assez correct du Moniteur — est mensonger d'un bout à l'autre, €t à un point surprenant.

Les représentants étaient presque tous arrivés dans la matinée ; ils erraient dans le Palais ou dans le parc, attendant que les locaux fussent prêts. On déjeûnait un peu partout, chez les cabaretiers ; « on mangeait aussi chez le Suisse du château » (Albert Vandal). Dans quelques jours, quand les députés exclus seront obligés de se mettre en sûreté, un journaliste réactionnaire prétendra que les républicains des Cinq-Cents

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s'étaient gfisés, dans la matinée du 19 ; il écrira :

Destrem, surtout, s'était complètement enluminé ; avant la séance, il entra dans la salle, la toque sur l'oreille, regardant insolemment d'un côté et d'autre, en disant comme Danton :

ce. Voyez, j'ai encore ma tête sur les épaules. » — « Ce n'est pas ce que tu as de mieux »>, lui répondit son collègue M... (UAmi des Lois, 27 brumaire).

Dans quarante-huit heures, le général Aug'ereau, le représentant jacobin Augereau supportera sans protester, que Ton serve au public cette anecdote :

... Voici un trait que nous tenons d'un des membres du Conseil, dont la véracité nous est connue :

Nous lui témoignions notre surprise de ne pas voir Augereau sur la liste des congédiés. u Augereau, dit-il, par politique ou par conviction, parait revenu de son erreur ». Peu d'heures avant la séance du 19, Destrem et compagnie allèrent le trouver : — ((Tu ne seras pas un faux-frère lui dirent-Us ; nous avons pour nous les faubourgs et un grand nombre de patriotes dont nous sommes sûrs ». — (( N'y comptez pas, dit Augereau ; tant que je vous ai cru les amis de la République, j'ai été de votre parti. Je vois que vous n'êtes que les amis d'une faction, je me retire. )> Et Destrem de se retirer aussi. (Gazette de France, 21 brumaire, an VIII.)

Laissons cela. Retenons seulement de ces témoignages d'ennemis, que Destrem, dès le matin de la journée du 19, était à son devoir.

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A la séance, jusqu'au moment de rentrée de Bonaparte dans la salle, il ne prend pas la parole ; du moins les comptes-rendus ne mentionnent pas d'intervention dé lui pendant cette première partie des débats. Quand Bonaparte fait son apparition avec les grenadiers qui l'accompagnent, Destrem est parmi les députés qui se jettent sur le conspirateur et qui rinterp€llent :

— C'est donc pour cela que tu as vaincu ?

s'écrie-t-il indigné.

Et i^ le frappe du poing, ainsi que c'est son droit à ce moment ; ainsi que sa légitime indignation l'y invite. Le rédacteur de la Gazette de France indique clairement la voie de fait, dans une phrase précautionneuse ; car il craint s'il met par trop les points sur les i, d^ choquer Bonaparte :

On annonce que lorsque Buonaparte entra au Conseil des Cinq-Cents, Destrem fut, non pas amicalement, mais {amilièrement lui frapper sur répaule, en lui disant : — (c C'est donc pour en venir là que vous avez remporté tant de victoires ? ))

Ce n'était pas encore là le jeu des poignards ; mais un coup de la main de Destrem, équivaut à im coup de poing d*un autre, et puis Ton connaît le proverbe : (( Jeu de main, jeu de... ». {Gazette de France, 22 brumaire).

Lucien Bonaparte qui, du haut de son siège présidentiel assiste à la scène, a remarqué, dans le tumulte énorme, le geste de Destrem ; il en écrit à une femme qu'il nomme : « Ma chère Eulalie », « la lettre, dît le vicomte de Beaumont-Vassy, qui en

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donne le texte dans les mémoires secrets du XIX* siècle, était sous enveloppe et l'enveloppe a été perdue. La lettre a été pliée en quatre et les plis en sont fatigués »* L'auteur ajoute en note que ce document lui a été communiqué par M. P. Simpson.

Voici le passage qui nous intéresse :

... Ils entourent, ils pressent N... {sic) qui, très pâle demande à, parler, a expliquer sa présence, mais n'en obtient que des vociférations et des injures : « Téméraire ! vous violez le sanctuaire des lois ! » s'écrie Bigonnet en le prenant au collet et en le secouant avec force ; — « Voilà le fruit de tes victoires I » lui dit Destrem en le menaçant du poing...

Combes-Dounous, député partisan de la Conjuration, présent à la scène, est tout à fait précis ; c'est parmi les récits de contemporains, le plus important que Ton connaisse :

Bonaparte entra dans le Conseil des Cinq- Cents, son chapeau d'une main, une cravache de Tautre, escorté par quatre grenadiers du Corps législatif uniquement armés de leurs sabres.

La distance de la porte d'entrée de l'Orangerie jusqu'à la tribune n'était que le tiers de la lon-^ gueur de la salle. J'étais placé entre la tribune et la Dorte, au second rang des représentants, et par conséquent très à portée de ce qui se passa en ce moment. Beaucoup de curieux, collés contre les murs de l'Orangerie ou acculés dans les embrasures des croisées du côté du parc, laissaient peu d'espace entre eux et les représentants pour arriver à la tribune. Il en résulta que Bonaparte ne put avancer que len-

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lement et qu'il rie fut vu des Jacobins, postés, •comme je l'ai dit, dans la région voisine de la tribune, que lorsqu'il fut assez près d'eux. A peine son aspect frappa leurs regards, qu'ils tentèrent une sorte d'irruption sur sa personne, en poussant les clameurs et les vociférations les plus forcenées : A bas le tyran ! à bas le dictateur ! à bas le Cromwell ! Parmi ceux qui firent le plus d'efforts pour fendre la presse* arriver jusqu'à lui et l'atteindre, mes yeux distinguèrent bien, entre autres, l'hercule Destrem, Aréna, Grandmaison, Bertrand (du Calvados), Boulay- Paty et Marquezy-le-Chauve. Quand il se vit aussi violemment assailli, Bonaparte se replia «ur les quatre grenadiers qui le suivaient. Ces quatre hommes, qu'il avait choisis parmi les plus grands et les plus robustes, le dégagèrent, le placèrent au milieu d'eux et lui firent un rampart de leur corps. Sans tourner le dos, ils rega- ,^nèrent la porte, semelle à semelle, et à reculons, pendant que les dogues des Jacobins, s'avançant à mesure qu'ils reculaient, redoublaient leurs efforts pour l'atteindre, en continuant de vociférer contre lui. Ils en furent empêchés par la foule des curieux effrayés de cette épouvantable scène, et qui, en mouvement pour sortir augmentèrent de beaucoup la presse. Sans cette circonstance, il est très probable que les Jacobins l'auraient arraché aux soldats qui lui servaient d'égide et que le 19 brumaire eût été pour lui les Ides de* Mars, Ces factieux avaient sans doute des armes ; je le savais de «cience certaine ; mais quand on a dit dans le procès-verbal des Cinq-Cents qu'on avait vu des pistolets et des poignards, on a altéré la vérité pour se livrer aux fictions de la haine. Autant que personne, j'avais l'œil ouvert sur ces horribles détails, et je n'ai vu ni pistolets, ni poignards dans la main d'aucun Jacobin. Le seul qui joignit les voies de fait aux apostrophes furibondes, c'était Destrem, qui, dominant ceux qui le pressaient par sa grande taille, avait la liberté de ses bras et détachait contre Bonaparte de

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vigoureux coups de poing, qui venaient expirer contre les épaules des grenadiers, sans arriver jusqu'à lui. {Notice sur le 18 Brumaire par un auteur qui peut dire : quod vidi testor).

Quant à Bonaparte « sa poitrine s'oppresse, sa vue se trouble... Plus tard, il se rappellera seulement qu'un grand député l'opprimait de sa haute taille et le serrait de très près, poitrine contre poitrine... »

fait remarquer M. Albert Vandal.

Bonaparte une fois jeté à la porte, la séance reprend ; cent motions se croisent ; celle de Talot est à retenir pour notre récit :

Talot. — Représentants du peuple... vous ne pouvez voter plus longtemps dans une telle position ; vous devez retourner à Paris. Marchez-y revêtus de votre robe, et votre retour y sera protégé par les citoyens et les soldats ; vous reconnaîtrez à leur attitude qu'ils sont les défenseurs de la Patrie. Je demande qu'à l'instant vous décrétiez que les troupes qui sont actuellemnt dans cette commune font partie de votre garde. Je demande que vous adressiez un message au Conseil des Anciens, pour l'inviter à rendre un décret qui nous ramène à Paris.

Destrem. — ... J'appuie l'avis de Talot ; les circonstances ne vous permettent point de rester ici : il faut retourner à Paris, ou aller ailleurs pour y retrouver de l'indépendance.

Un message au Conseil des Anciens est mis aux voix et adopté.

Destrem. — Cela ne peut suffire ; vous avez des mesures urgentes à prendre ; sans entrer dans le détail de la validité de la nomination et des observations faites sur votre garde et celui qui doit la commander, je demande que vous déclariez la permanence. (Moniteur),

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J'ai rencontré dans certains relations du 19 brumaire, et notamment dans : Napoléon, sa famille et ses contemporains, par ***, (1840, 4 volumes), un détail que je ne trouve dans aucune brochure contemporaine de l'événement ; au moment où Tofflcier commandant la troupe qui procéda à l'expulsion des représentants, criait que « le général avait donné l'ordre de faire évacuer la salle », Destrem lui aurait répliqué :

— Qui le fera ?

Mais j'ignore d'après quelles sources ou quels souvenirs l'auteur a noté l'incident, et je ne sais si son récit mérite créance.

Le 19 brumaire an VIII, vers cinq heures du soir, la Vie politique de Hugues Destrem est terminée. A partir de ce moment, et jusqu'à sa mort, il n'est plus qu'un proscrit.

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