‹ Le dossier d'un déporté de 1804: (Hugues Destrem, membre de l'Assemblée Législative et duChapitre 16 sur 33 · PREFECTURE DE POLICE · texte numérisé non relu

PREFECTURE DE POLICE

Paris, le 14 nivôse an IX de la République française une et indivisible.

Le concierge de la maison d'arrêt du Temple Tecevra du C. Boachon, officier de paix, Hugues Destrem, venant du Dépôt établi près la préfecture de police.

Le préfet de police :

Signé : Dubois.

Pour copie conforme à l'original, signé :

Marrais.

Signalement : Destrem, Hugues, âgé de 47 ans, natif de Fanjeaux, département de l'Aude, propriétaire, domicilié à Toulouse, département de la Haute-Garonne, logé à Paris, rue St-Denis, n° 55, taille de 1 mètre 78 centimètres, cheveux gris blanc, sourcïïs châtains, front moyen, yeux gris, bouche moyenne, menton rond, visage ovale et plein.

C'est le moment que choisit Joseph Despaze, poète satirique, pour accorder sa lyre. Ce jeune homme. chante :

l'élite des pervers, d'audace redoubla ; elle cita les grecs, admira leur civisme, de la poudre des temps retira l'ostracisme , •élut Briot, Destrem, "Duplantier, Aréna, Santonax, que jamais un forfait n'étonna.

Et encore : .

et d'éternels discours, chef-d'œuvres de délire qu'on entend, malgré soi, mais qu'on n'ose pas

[lire, introduit récemment dans le temple des lois JBriot, Briot lui-seul, en fait trente par mois ; Destrem, digne rival de ses succès immenses, harangue sur la guerre, écrit sur les finances, au peuple, aux tribunaux prétend ouvrir les

[yeux ; dénonce ces voleurs, qui font tant d'envieux.

Mais ici, Eugène Despaze appréhende que le courage de son acte n'apparaisse pas très clairement, et il ajoute en note :

Destrem, digne rival de ses succès immenses... • Il est du nombre des exilés. (Les quatre Satires ou la fin du XVIII* siècle, par Joseph Despaze, 5 e édition, an IX).

Un autre poète, le citoyen Grouzet, lit le 12 pluviôse an IX, à l'Institut national, une ode sur l'attentat d|u 3 nivôse.

Quoi, toujours tes fureurs, implacable Angleterre, par des forfaits nouveaux étonneront la terre ? veux-tu changer ce globe en un vaste cercueil ? et, de la pâle mort usurpant le domaine seule sur le néant, jalouse souveraine, couronner ton orgueil ?

En résumé, le citoyen Crouzet s'en prend sagement à la perfide Albion ; il n'accuse qu'elle de l'explosion du 3 nivôse. Il dédie, on ne sait trop pourquoi, son ode au citoyen sénateur, le général Kellerman.

Page 1