IV. — Premier internement à Saint-Martin-de-Ré
Partis de Paris le 23 nivôse, dans cette voiture à cinq places réqirsitionnée aux messageries, Talot, Félix Lepeletier, Charles Hesse et Destrem arrivent à Saintes, le 7 pluviôse au soir, soit quinze jours après. En route, à quelques lieues de Saintes, Charles Hesse avait été frappé d'une attaque d'apoplexie ; M. le Comte de Martel consigne ce renseignement dans la brochure qu'il a publiée il y a une trentaine d'années sur :
ISaffaire de la machine infernale (Lachaud, éditeur) et je sais par expérience que M. de Martel n'avance rien que d'après des documents. L'arrivée des déportés donne lieu à une correspondance assez volumineuse.
Voici d'abord, d'après les archives de la préfecture de la Charente-Inférieure, quatre lettres du sous-préfet de la Rochelle :
Au maire de Saint-Martin, Ile-de-Ré 11 pluviôse, an IX. — Citoyen, le commandant du stationnaire de La Rochelle, qui vous remettra cette lettre, a, à son bord,,. les quatre déportés Destrem, Talot, Charles de Hesse et Félix Lepelletier. Vous voudrez bien les faire recevoir à la citadelle, et recommander qu'ils soient surveillés avec soin.
Au même, 12 pluviôse, an IX. — Citoyen, le commandant du stationnaire de cette ville, qui vous remettra cette lettre, a été chargé de.con- . duire à la citadelle de TIle-de-Ré, les citoyens Hugues Destrem. Michel Louis Talot, Félix Lepelletier et Charles Hesse. Ils seront particulièrement sous la surveillance du commandant d'armes, qui est invité par le préfet, à les laisser
jouir de la faculté de se promener dans la ville de Saint-Martin et de communiquer avec les habitants pendant le jour. L'intention du gouvernement paraît être que Ton n'ajoute à la peine qu'ils éprouvent par aucune rigueur ; vous ^tes, par conséquent autorisé, et je vous invite même à leur être autant utile que vous le pourrez.
Au même, 21 pluviôse, an IX. — Citoyen, le préfet, par sa lettre du 19 de ce mois, m'autorise à accorder aux citoyens Félix Lepelletier, Charles de Hesse, Hugues Destrem et Louis Talot, la faculté de demeurer dans la ville de Saint- Martin, où ils resteront sous votre surveillance spéciale et sous celle du commandant d'armes. Vous voudrez donc bien, en conséquence, vous concerter avec le citoyen Dubreton/chef de brigade, pour il 'exécution de cette mesure, et je vous prie de m'accuser la réception do la présente.
Au préfet, 4 germinal an IX. — Citoyen préfet, par voire lettre du 2 de ce mois, vous m'annoncez l'arrivée du C. Fournier, d'Ajaccio. pour être enfermé à la citadelle de l'Ile-de-Ré. Vous ne •me prescrivez pas de veiller à ce qu'il soit traité de la même manière que le sont le*s autres détenus. Je dois vous demander si vous voulez qu'il jouisse de la liberté provisoire que vous avez accordée aux citoyens Hesse, Félix Lepelletier, Talot et Destrem. Jusqu'à ce que j'aio reçu votre réponse, il ne lui sera pas permis de sortir de la citadelle.
Le préfet de la Charente-Inférieure, c'est, à ce moment, Guillemardet, conventionnel, puis membre des Cinq Cents, puis ambassadeur en Espagne sous le Directoire. Peut- ■être avait-il des instructions de Fouché ; pourtant la lettre qu'il lui adresse le 9 pluviôse, indique qu'il a pris sur lui de laisser
aux quatre déportés la faculté de sortir de la citadelle, pendant la journée. Peu après, comme on Ta vu, il leur est permis de se loger dans la ville de Saint-Martin. Voici la lettre de Guillemardet à Pouché :
/ re Section PREFECTURE
Bureau de la Police LIBERTE — EGALITE
Faire nnc note; le Saintes, le 9 pluviôse an IX
ministre prononcera. de la République française
— une et indivisible.
Le préfet du département de la Charente-Inférieure au ministre de la police générale.
Citoyen ministre, Je vous annonce que les citoyens Talot, Félix Lepelletier, Charles Hesse et Destrem sont arrivés à Saintes le 7 du courant, au soir, et qu'ils ont été remis à ma disposition par l'officier de gendarmerie chargé de leur conduite. D'après les intentions du 1 er Consul, et vos instructions, j'ai désigné l'Isle de Rhé pour le lieu de leur résidence, et le même officier de gendarmerie doit les accompagner jusqu'à cette destination, le sous-préfet de la Rochelle a. d'après mes ordres, préparé les dispositions nécessaires pour leurs passages, ils seront remis entre les mains du commandant de la citadelle, que je charge de veiller à leur sûreté.
Je n'ai pas cru devoir leur refuser une faculté qui a été accordée jusqu'à présent aux déportés envoyés dans les Isles de ce département, qui est celle de pouvoir circuler pendant le jour dans la ville de" leur résidence. Si, à cet égard, je n'avais pas rempli les vues du gouverment, je vous prie de me prescrire plus formellement la nature de détention que je dois leur faire subir. Je désire savoir aussi, si le gouver-
nement pourvoira à leurs dépenses, comme pour les déportés par la haute cour de Vendôme, ou si elles seront à leurs charges respectives.
Salut et respect,