‹ Le dossier des pèlerinages, suitè de L'arsenal de la dévotionChapitre 104 sur 117 · Le Pèlerin, i'e année, p · texte numérisé non relu

Le Pèlerin, i'e année, p

Si l'on ajoute à ces pèlerins d'une loi douteuse, ainsi qu'à la foule considérable des prêtres et des enfants, les pèlerins que dirige un but tout intéressé, on s'étonnera, non pas que certains sanctuaires soient périodiquement assiégés par un chiffre si élevé d'individus, mais bien plutôt qu'ils n'en attirent pas un plus grand nombre.

L'esprit des masses est éminemment faible et le merveilleux, sous quelque forme qu'il se produise, exerce sur lui une influence aussi profonde que indiscutable. Ceux qui mettent les pèlerins en mouvement sont payés de longue date pour le savoir. Aussi ne négligentils rien pour persuader aux naïfs qu'ils trouveront dans le sanctuaire qu'on leur désigne le remède à tous leurs maux.

« Les pèlerinages, avoue l'auteur du Mois des pèle • rins, ont leur côté intéressé. On les entreprend presque toujours, soit pour obtenir une grâce spirituelle dont l'âme ressent un grand besoin, soit même une grâce temporelle : guérison, succès, cessation d'un fléau, etc. Il nous est parfaitement permis de donner ce but secondaire et tout personnel à nos pieuses excursions. Dieu lui-même nous y invite par les grâces exceptionnelles, par les prodiges sans nombre qu'il se plaît à accorder aux pieux visiteurs des sanctuaires. Qui rend certains pèlerinages si célèbres, si ce n'est l'éclat des miracles qui s'y sont accomplis? » (P. 18.)

Puisqu'à l'éclat des miracles s'attache la célébrité,

des Pèlerinages 341

c'est-à-dire le succès des sanctuaires, le moyen de les rendre tous courus est assez indiqué. Aussi voyonsnous rassemblée générale des comités catholiques du Nord, formuler, dans sa grande session de 1875, le vœu suivant :

« Les comités sont invités à faire tous leurs efforts pour ranimer la dévotion des pèlerinages locaux. L'assemblée signale comme moyen d'arriver à ces résultats la publication et la propagation de petites notices sur les vertus du saint vénéré dans le pèlerinage, le culte dont il a été l'objet, les miracles qui se sont opérés dans le sanctuaire !. »

Des miracles ! des miracles ! Voilà ce qu'il importe de servir à l'insatiable appétit des foules. De là toutes les surprenantes histoires dont sont farcis les petits livres et les journaux de sacristie.

« Un ouvrier (de TArdèche) se casse un bras ou une jambe, accident qui annonce ailleurs plusieurs mois d'inaction et de misère; le pauvre ouvrier console sa famille en lui disant : « Trois jours seulement de » perdus; un pour aller au Saint Père (saint François » Régis), un pour obtenir une guérison, et un troisième j> pour revenir. » Et en effet il vient, sacrifiant sa dernière épargne pour les frais de son voyage; sa venue

1. Assemblée générale des comités catholiques du Nord et du Pas-de-Calais, 1875, in-8°, p. ibj.

peut être littéralement comparée à la victoire de César, car il n'a pas plus tôt vu le saint que le mal fuit épouvanté devant son vainqueur1. »

Ainsi, le temps seulement d'aller et de revenir et c'est une affaire faite. En touchant le seuil des sanctuaires privilégiés, soudain les boiteux marchent, les aveugles voient, les muets parlent, les sourds entendent. Que dis-je! le seul fait de se rendre au sanctuaire vous guérit quelquefois en route. Le mieux s'accentue à mesure qu'on avance2. Accourez donc, bonnes gens, quoi que vous souhaitiez d'impossible, on vous le servira. Il y aura des miracles pour tous les désirs et pour toutes les bourses; pour les petits comme pour les grands, pour les jeunes comme pour les vieux ; et, ainsi que l'annonce le curé de Notre- Dame de l'Épine, dans son prospectus :

« Les grâces seront nombreuses et tout le monde sera content3. »

Tout le monde sera content! Il n'y a rien à ajouter à cela. Qui serait assez peu soucieux de ses intérêts

Page 1