Le Pèlerin, 4e année, p
des Pèlerinages 3^3
pour ne pas s'élancer avec ardeur vers ce sanctuaire où tout le monde sera content !
Ne pouvez-vous aller au sanctuaire en personne, on vous autorise, on vous engage même à y envoyer quelqu'un à votre place. Le pèlerinage « par procuration » est une des ingénieuses nouveautés de ce tempsci. Pour les gens qui aiment à faire leur salut sans se déranger, on a même prôné officiellement le pèlerinage « d'intention » . On part en esprit avec les autres, on imagine qu'on supporte avec eux les fatigues du chemin, on croit qu'on dort mal dans de mauvais lits, on suppose qu'on se plonge tout poudreux dans quelque piscine très froide et l'on rêve qu'on est guéri.
« C'est, dit l'auteur d'une sorte de catéchisme du pèlerin, la pratique que Florence de Werquigneul, abbesse à Douai, avait inculquée à ses religieuses. Chaque année, le 25 août, le monastère tout entier partait ainsi spirituellement pour Lorette. Après diverses étapes, marquées chaque jour par des prières spéciales au lieu où elles se figuraient être arrivées, les pieuses voyageuses, sans quitter leur couvent, arrivaient le 7 septembre en vue de Lorette, chantaient le Te Deum, visitaient le lendemain la sainte maison, faisaient leurs dévotions, repartaient après l'octave de la Nativité, et terminaient leur pèlerinage spirituel le 29 septembre l. »
i . Le Pèlerin sanctifiant sa dévotion et sanctifié par elle, l'abbi* Fanien. Arras, Sueur-Charruey, 1874, in-12, p. 20.
Le petit livre, auquel j'emprunte ce piquant récit de voyage, signale une troisième manière de jouir des bénéfices d'un pèlerinage sans sortir de chez soi :
« On peut, dit-il, faire un pèlerinage en envoyant au sanctuaire vénéré ses offrandes en argent ou en nature. » (P. 20.)
Le Pèlerin enregistre un curieux exemple de cette manière de procéder :
« Il s'agit d'un jeune homme qui depuis longtemps ne pouvait plus prendre aucune nourriture qu'à l'aide de la sonde, et encore que des liquides. Le samedi, 19 août, il se mit à déjeuner tout seul, et très bien, vers neuf heures du matin. On questionna, à notre retour, la personne qui avait été chargée de prier et de faire une offrande à son intention : l'heure de la guérison était l'heure même où cette offrande avait été faite à la grotte. »
Ce qui gâte fort le récit, c'est que le narrateur de cette cure « au tronc » ajoute :
a J'attendrai pour vous en reparler que la guéri son se soit soutenue et achevée, car il reste à celui qui en a été favorisé une affection de la poitrine '. »
Tel qu'il est présenté, ce cas rentre dans la catégorie