ACTE II, SCÈNE V. io
LA BARONNE
Que vous êtes fou ! En vérité , vous me faites pitié.
M. TURCARET, « part.
Comment donc! au lieu de se jeter à mes genoux et de me demander grâce , encoi-e dit-elle que j'ai tort, encore dit-elle que j'ai tort!
LA BARONNE
Sans doute.
Ah ! vraiment , je voudrois bien , par plaisir , que vous entreprissiez de me persuader cela.
LA BARONNE
Je le ferois , si vous étiez en état d'entendre raison.
Eh! que me pourriez-vous me dire, traîtresse?
LA BARONNE
Je ne vous dirai rien. . . Ah ! quelle fureur .r
H. turcaret, essayant de se modérer.
Eh bien ! parlez , madame, parlez : je suis ae sang-froid.
LA BARONNE
Écoutez-moi donc — Toutes les extravagances que vous venez de faiie sont fondées sur un faux rapport que Marine. . . '
m. turcaret, l'interrompant
Un faux rapport ? Ventrebleu ! ce n'est point. . .
ig6 TURCARET.
LA BARONNE, l'interrompant à son tour.
Ne jurez pas , monsieur ; ne m'interrompez pas : songez que vous êtes de sang-froid.
Je me tais. . . Il faut que je me contraigne.
I A BARONNE
Savez-vous bien pourquoi je viens de chasser Marine ?
Oui ; pour avoir pris trop chaudement mes intérêts.
LA BARONNE
Tout au contraire; c'est à cause qu'elle me reprochoit sans cesse l'inclination que j'avois pour vous. « Est-il rien de si ridicule, me disoit-elle à « tous moments , que de voir la veuve d'un colocc nel songer à épouser un M. Turcaret , un homme « sans naissance, sans esprit, de la mine la plus t( basse?...
Passons , s'il vous plaît , sur les qualités ; cette Marine-là est une impudente.
LA BARONNE
?< Pendant que vous pouvez choisir un époux « entre vingt personnes de la première qualité, « lorque vous refusez votre aveu même aux pre 5- « santés instances de toute la famille d'un mar- « quis dont vous êtes adorée , et que vous avez la « foiblesse de sacrifier à ce M. Turcaret? »