ACTE II, SCÈNE VI. 2o
LA baronne, à M. Turcaret.
Monsieur, voilà le garçon que je veux vous donner.
Il paroît un peu innocent.
LA BARONNE
Que vous vous eonnoissez bien en physionomie !
J'ai le coup-d'œil infaillible (A Frontin. )
Approche , mon ami. Dis-moi un peu , as-tu déjà quelques principes ?
Qu'appelez-vous des principes ?
Des principes de commis; c'est-à-dire, situ sais comment on peut empêcher les fraudes ou les favoriser ?
Pas encore, monsieur; mais je sens que j'apprendrai cela fort facilement.
Tu sais , du moins , l'arithmétique ? tu sais faire des comptes à pai'ties simples ?
Oh ! oui , monsieur ; je sais même faire de» parties doubles. J'écris aussi de deux écritures, ttuatôt de l'une et tantôt de 1 autre.
M. TURCABET.
De la ronde , n'est-ce pa9 ?.
ao4 TUR CARET.
De la ronde , de l'oblique.
Comment de l'oblique ?
Eh! oui , d'une écriture que vous connoissez
là... d'une certaine écriture qui n'est pas légitime. m., turgaret, à la baronne.
Il veut dire de la bâtarde.
Justement ; c'est ce mot-là que je cherchois.
m. turcaret, à la baronne.
Quelle ingénuité ! . . . <Ce garcon-là , madame , es,t bien niais.
la baronne.
Il se déniaisera dans vos bureaux.
Oh! qu'oui, madame , oh! qu'oui. D'ailleurs, un bel esprit n'est pas nécessaire pour faire son chemin. Hors moi et deux ou trois autres , il n'y à parmi nous que des génies assez communs. Il suffit d'un certain usage , d'une routine , que l'on ne manque guère d'attraper. Nous voyons tant de gens ! Nous nous étudions à prendre ce que le monde a de meilleur; voilà toute notre science.
LA BARONNE
Ce n'est pas la plus inutile de toutes.
m. turcaret, à Frontin., Oh çà ! mon ami , tu es à' moi , et tes gage» courent dès ce moment.