‹ Le double veuvage, comédieChapitre 174 sur 252 · ACTE III, SCÈNE V. 2i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V. 2i

qu'il me traite durement. Nous avons eu autrefois ensemble un petit commerce d'amitié. Il étoit laquais de mon grand -père; il me portoit sur ses bras. Nous joujons tous les jours ensemble; nous ne nous quittions presque point. Le petit ingrat ne s'en souvient plus.

Je me souviens je me souviens Le passé

est passé ; je ne songe qu'au présent.

LA BAROSSE, au marquis.

De grâce , monsieur le marquis , changeons de discours. Vous cherchez monsieur le chevalier?

1E MARQUIS

Je le cherche partout , madame ; aux spectacles, au cabaret , au bal , au lansquenet : je ne le trouve nulle part. Ce coquin se débauche ; il devient libertin.

■LA BARONNE

Je lui en ferai des reproches.

LE MARQTJI5.

Je vous en prie Pour moi, je ne change

point : je mène une vie léglée ; je suis toujours à table, et Ton me fait crédit chez Fite et chez La Morlière J , parce que l'on sait que ]e dois bientôt hériter d'une vieille tante , et qu'on me. voit une disposition pins que prochaine à manger sa suc-

x Autre traiteur du temps.

LA BAKONHE.

Vous n'êtes pas une mauvaise pratique pour les traiteurs.

LE MARQUIS

"Non, madame, ni pour les traitants. IN'e^t-ce pas , monsieur Turcaret? Ma tante, pourtant, veut que je me corrige ; et , pour lui faire accroire qu'il y a déjà du changement dans ma conduite , je vais la voir dans l'état où je suis. Elle sera toute étonnée de me trouver si raisonnable ; car elle m'a presque toujours vu ivre.

LA BARONNE

Effectivement , monsieur le marquis , c'est une nouveauté que de vous voir autrement. Vous avez; fait aujourd'hui un excès de sobriété.

LE MARQUIS

J'ai soupe hier avec trois des plus jolies femmes de Paris. ï^ous avons bu jusqu'au jour; et j'ai été faire un petit somme chez moi , afin de pouvoir me présenter à jeun devant ma tante.

LA BARONNE

Vous avez bien de la prudence.

LE MARQUIS

'Adieu, ma toute aimable!.... Dites au chevalier qu'il se rende un peu à ses amis. Prêtez -le nous quelquefois , ou je viendrai si souvent ici que je l'y trouverai. Adieu, monsieur Turcaret. Je n'ai point de rancune , au moins (Lui présentant la main.) Touchez là : renouvelons notre ancienne

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