ACTE I, SCÈNE IV. i
Sera le principal sujet de notre divertissement ; et la manière dont je m'y prends pour tirer de l'argent d'elle , est une espèce de comédie que je veux me donner.
THÉRÈSE
Madame, si vous pouviez tirer beaucoup d'argent de ma tante , et ne vous guère moquer d'elle ! il faut avoir pitié des affligées.
LA COMTESSE
Quand on lui annonça la mort de son mari , je m'aperçus que cette mort n'affligeoit que son visage.
DOUANTE.
Quoi qu il en soit, je vous prie de I épargnée ; car enfin , si son affliction est fausse , la mort de mon oncle est peut-être véritable . et mon oncle avoit l'honneur d'être votre intendant.
LA COMTESSE
Oh ! il s'est enrichi à mes dépens, je veux rire aux dépens de sa veuve ; après tout, c'est une extravagante; elle veut déshériter sa nièce, qui est ma filleule ; en un mot, elle hait celle que vous aimez : pourquoi la ménager? seroit-ce parce qu elle a de l'amour pour vous ?
DOUANTE.
Si elle a de l'amour pour moi . fc'esi un ridicule inexcusable.
LA COMTT5SE.
Un ridicule moins excusable, c'est l'cm; ment quelle eut hier de prendre le deuil. Made- Théâtr*. Comédies. 7. a
moiselle , dites -moi un peu comment elle a pu trouver ici à la campagne tout le crêpe dont elle s'est chargée ?
LA SUIVANTE
J'ai su ce matin de Frosine qu'elle gardoit dans sa cassette un habit de deuil tout prêt pour la mort de son mari. Elle dit qu'une femme régulière (doit en user ainsi pour pouvoir célébrer sa douleur dès le premier moment du veuvage.
LA COMTESSE
Et vous ne voulez pas que je me moque d'une telle vision ? çà, Dorante, allez prendre le deuil aussi , pour lui prouver que vous êtes sûr de la mort de votre oncle.
THERESE
Je vais aussi prendre le noir pour rendre la chose plus touchante